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3 vérités sur la réforme
1 La réforme vit encore
Les voix alarmistes sont chaque jour plus nombreuses à son chevet. On la dit moribonde, mourante, agonisante. La réforme de l?industrie sucrière, paraît-il, s?éteint lentement. Trop de temps perdu, trop de zigzags. Et une mort soi-disant promise, par overdose de tergiversations. Le diagnostic est sévère, pessimiste. Mais il rencontre un écho grandissant. Dans les conseils d?administrations des établissements sucriers, sur les bancs de l?opposition au Parlement, on se ronge ses freins. Car « l?heure est grave », nous dit-on. Première urgence : renouer le dialogue. Pourtant, contrairement aux apparences, le dialogue entre l?État et les sucriers n?est pas rompu. Simplement, les pourparlers se font plus discrets. Terminées les réunions officielles annoncées à grands renforts de communiqués de presse. Pour négocier heureux, négocions caché : le slogan est en vogue à l?hôtel du gouvernement.
Hier, le chef du gouvernement s?adressait à la Mauritius Sugar Producers? Association (MSPA). Aujourd?hui, ses ministres des Finances et de l?Agro-industrie jouent les émissaires. Quand Ramgoolam lui-même n?entretient pas des contacts personnels avec les patrons d?usine. Ainsi, au cours de la semaine passée, trois réunions entre le Premier ministre et certains sucriers ont été organisées. Durant celles-ci, Ramgoolam s?est tantôt fait assister de deux conseillers, dont son special advisor, Andrew Scott. Lors d?une des réunions, particulièrement houleuse, Ramgoolam a également appelé le vice-premier ministre Rashid Beebeejaun à ses côtés. Tandis que l?absence d?Arvin Boolell, le ministre de l?agro-industrie suscitait l?interrogation des sucriers présents.
On ne discute plus de chef d?État à regroupement de producteurs, mais de Premier ministre ou ministre à businessman. Comme si Navin Ramgoolam avait fait le deuil d?un consensus global. Trop ambitieux. Quitte à court-circuiter au passage le processus qui s?engluait avec les interlocuteurs de la MSPA.
Le manager d?une propriété sucrière du Sud confirme que les ponts ne sont pas coupés. « Sur la question de l?énergie, les contacts sont permanents. C?est un dialogue à trois avec l?État, le Central Electricity Board et les quatre usines concernées par la centralisation. »
Personne ne boude dans son coin : fin d?un mythe. La seconde idée reçue veut que la réforme disparaisse avec l?amendement annoncé du plan stratégique, la fameuse Multi-Annual Adaptation Strategy (MAAS).
Sous ce nom barbare se cache la feuille de route de la restructuration de l?industrie sucrière.Celle-là même qui, l?année dernière, a réussi à mettre d?accord l?État, les sucriers et l?Union européenne autour d?un même projet.
Un consensus trop beau pour être vrai. Dix-huit mois plus tard, Navin Ramgoolam vient d?annoncer son intention de modifier le plan de réforme.
Après tout, « pa la Bible sa ! », a-t-il rappelé, comme pour mieux désacraliser l?accord passé. Le président de la MSPA, Jean Li Yuen Fong répond en écho : « L?État est souverain, il peut, à n?importe quel moment, amender le plan. Ça, je le conçois parfaitement. Mais à condition de ne pas remettre en cause l?esprit de la réforme. De toute façon, ce n?est plus l?heure des chamboulements majeurs, sachant qu?un nouveau consensus devra voir le jour. »
En clair, une nouvelle partie s?annonce. Le train de la réforme sucrière, déjà en retard, s?autorise une énième halte. Mais ce n?est justement qu?une halte. Pas un arrêt complet.
2 Un nouveau deal État-sucriers
On s?achemine vers un nouveau point d?équilibre. Autour de la MSPA, on cite volontiers les propos qu?aurait eus le Premier ministre à leur égard : « Si vous vous servez de l?opinion publique, j?arrête de négocier. Négociez comme des hommes ! » Dans l?industrie, plusieurs groupes, surtout les plus avancés dans le processus de centralisation, à savoir, Belle-Vue, Médine, Savannah et Fuel, ont saisi l?importance de ne pas quitter la table des négociations. Du coup, une sélection naturelle parmi les interlocuteurs du gouvernement est en train de se produire. Dans un camp, figurent ceux qui veulent progresser dans les négociations et le processus de centralisation. Et dans l?autre, les entreprises comme St-Felix ou Mon-Trésor-Mon-Désert ou Riche-en-Eau qui contemplent une sortie de la réforme en passant par la case liquidation. Le Premier ministre affirme toutefois qu?aucun employé du secteur ne sera licencié sans bénéficier d?un Voluntary Retirement Scheme (VRS). Mais au moins deux usines, dont St-Félix, sont déterminées à passer par le Termination of Contracts Service Board pour procéder au licenciement économique de leurs employés. Qui du coup, bénéficieront d?une formule de compensation bien inférieure à un VRS.
« Ce n?est pas encore d?actualité. Mais ça le deviendra en l?absence d?accord.
Chaque jour rapproche un peu plus les usines comme Riche-en-Eau et Mon- Trésor-Mon-Désert, d?une crise financière », observe le manager d?une propriété sucrière du Sud. Un autre cadre de l?industrie estime, lui, que ces « sorties » créeront un autre point d?équilibre dans l?industrie. « Le volume d?investissement va probablement baisser dans les quatre clusters. C?est ce qui explique pourquoi, notamment, on n?entend parler désormais que de la mise en place de deux unités de raffinerie de sucre. Alors qu?on en évoquait quatre jusqu?ici. » D?autres encore estiment que la sortie de la réforme de certaines usines signifiera que l?ouverture du capital des quatre clusters ne se passera plus dans les mêmes conditions. En expliquant que l?investissement dans ces clusters ayant diminué, les planteurs et employés se verront invariablement proposer une plus petite proportion du capital. Jean Li Yuen Fong, de la MSPA, parle avec la voix de la sagesse. « Après avoir fait tout ce travail, mobilisé autant de compétences, tout jeter serait inconcevable. » C?est ce qu?on se dit au gouvernement. Et c?est également ce que se disent les quatre plus grosses usines sucrières du pays.
3 Les aides de l?Union européenne ne sont pas perdues
À la délégation de la Commission européenne (CE) à Maurice, les choses sont claires : le gouvernement peut modifier la Multi Annual Adaptation Strategy (MAAS) sans perdre les 127,5 millions d?euros (Rs 5,6 milliards) de mesures d?accompagnement spécifiques à la réforme sucre que le pays peut recevoir sur la période 2007-2010. « La MAAS est un document flexible. Le gouvernement peut tout à fait en modifier certaines parties. Tant qu?elle respecte l?esprit général de la réforme », explique une source proche de la délégation.
Qui révèle d?ailleurs que malgré les apparences, le gouvernement ne semble pas encore tenir une position de rupture sur la réforme. « Aucune communication officielle n?est parvenue à la délégation locale ou à Bruxelles pour nous informer que le gouvernement souhaite proposer un nouveau plan de réforme. »
Mais la question demeure. Jean Li Yuen Fong de la MSPA se la pose : « Si l?on n?applique pas la MAAS, aura-t-on quelque chose de l?Europe ? », avant d?expliquer que des changements drastiques à cette stratégie « hypothéqueraient l?aide de l?UE. ». La question ne se pose pas réellement en ces termes. Les indications en provenance de la délégation de la CE le confirment.
Sur papier, Maurice a déjà perdu une tranche d?aide de 4,5 millions d?euros (Rs 199 millions) parce qu?au 31 septembre des engagements pris sur le nombre d?usines fermées ainsi que sur les Voluntary Retirement Schemes et les plans de formation pour les employés du secteur n?ont pas été respectés.
En décembre, les mêmes critères d?évaluation détermineront cette fois-ci le décaissement d?une aide de 36 millions d?euros (Rs 1,6 milliard) pour le financement de la réforme pour la période 2007-2008. Autant dire qu?il est urgent d?avancer sur ces deux dossiers ! « Nous pensons que le gouvernement et l?industrie sont en mesure de trouver un terrain d?entente jusqu?à la fin de l?année. Si des avancées concrètes sont notées d?ici décembre.
Et si nous constatons que les décisions sont appliquées, Maurice ne perdra aucune des deux aides », promet-on à la délégation de la CE. Et pour la suite ? La délégation prévient toutefois : si Maurice tient à tout prix à présenter un nouveau document, il faudra qu?un autre processus d?évaluation soit mis en place. Ce qui signifiera pour Maurice une suspension des aides de l?Union européenne, en attendant que la nouvelle stratégie soit évaluée.
Si le gouvernement, dans ce cas de figure, propose une stratégie jugée cohérente par l?UE, le pays pourra se voir attribuer le montant des mesures d?accompagnement qui lui ont été allouées sous l?ancienne MAAS. Mais il se sera juste écoulé un temps précieux, pendant lequel la réforme se sera faite sans aides de l?UE.
À la délégation de la CE toutefois, on ne veut surtout pas en arriver là. « L?Europe tient à aider le pays, à financer le coût social de la réforme.
C?est pour cela que nous souhaitons qu?un consensus soit trouvé au plus vite afin que nous passions à l?exécution de la réforme et à son financement. »
L?ENERGIE, ENJEU MAJEUR
Belle-Vue, Médine, Savannah et Fuel. Ces quatre établissements sucriers survivront à la centralisation. Chacun sera équipé d?une centrale thermique utilisant de la bagasse et du charbon pour produire de l?électricité.
Cette énergie fera tourner la filière canne, notamment la distillerie (éthanol) et la raffinerie (sucre blanc). Le surplus d?électricité sera revendu au CEB.
L?affaire serait presque entendue si ça ne coinçait pas sur la taille des centrales. Les sucriers, en effet, visent des installations d?au moins 40 mégawatts (MW). De son côté, l?État propose la mise en place de centrales moins puissantes, capables de produire une vingtaine de MW.
Les sucriers s?en remettent au b. a-ba de la compétitivité : plus la production est forte, plus le coût unitaire est faible. Mais l?État ne l?entend pas de cette oreille. Pour lui, plus le secteur sucre fabriquera de l?électricité, moins il y aura de place pour d?autres sociétés qui lorgnent sur ce marché?
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