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Hamidi Soulé Saadi: «Maurice, La Réunion et Rodigues ont tous été formés d’un volcan père»

10 janvier 2017, 11:02

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Hamidi Soulé Saadi: «Maurice, La Réunion et Rodigues ont tous été formés d’un volcan père»

Maurice, Comme plusieurs autres îles de l’océan Indien, est d’origine volcanique. Pourtant, les volcans sont toujours aussi mystérieux. Découvrons les secrets de ces géants de la nature avec Hamidi Soulé Saadi, volcanologue à l’observatoire du Karthala, aux Comores, qui était récemment chez nous.

Vous êtes volcanologue. Parlez-nous un peu de votre métier.

Il s’agit avant tout d’avoir une très bonne connaissance de la science des volcans, leur fonctionnement, entre autres, dans le but de pouvoir prévenir leurs éruptions, d’évaluer les risques qu’ils posent. Dans le cas du Karthala, nous avons l’Observatoire volcanologique du Karthala, logé au centre national de documentation et de la recherche scientifique des Comores, qui se charge de la surveillance et de la recherche sur le Karthala. L’observatoire dispose d’une équipe qui travaille sur deux aspects. Le premier est technique, ce qui consiste à assurer la maintenance des équipements et la récupération des données. Ensuite, il y a l’aspect scientifique, qui consiste en l’analyse et l’interprétation des données pour la surveillance et la recherche.

Vous avez donc étudié les volcans de la région ?

Oui, surtout le Piton de la Fournaise à l’île de la Réunion et le Karthala aux Comores car ce sont là les deux volcans actifs dans l’océan Indien.

Avez-vous aussi étudié les volcans de Maurice ?

Non, parce qu’ils ne sont pas actifs. Il y a bien sûr d’autres volcanologues qui s’intéressent plus aux volcans dormants ou éteints mais je m’intéresse surtout aux volcans en pleine activité, comme le Piton de la Fournaise et le Karthala.

Quelle est la différence entre un volcan éteint et un dormant ?

Le premier est un volcan où on n’observe plus d’activité depuis une très longue période. Sur les faits, la chambre magmatique en dessous du volcan n’est plus alimentée. Donc, il ne peut plus se manifester. Par contre, pour un volcan dormant, le mécanisme en profondeur est toujours actif mais n’entre pas en éruption. Toutefois, le volcan peut redevenir actif en surface après une longue période de dormance.

«Le point chaud qui a créé les îles des Mascareignes est actuellement sous la Réunion.»

Puisque toutes les îles des Mascareignes ainsi que cellesde l’archipel des Comores sont d’origine volcanique, pourquoi n’y a-t-il que deux volcans actifs dans la région ?

Les îles des Mascareignes – Maurice, Réunion et Rodrigues – ont toutes été formées du même point chaud, ce que l’on peut appeler un volcan père. Ensuite, le mouvement de la plaque tectonique, sur laquelle se trouvent les îles, a fait que celles-ci se sont progressivement éloignées du point chaud à mesure qu’elles se formaient. Cela a été le même processus pour les Comores, avec un point chaud différent.

Où se situe le point chaud qui a créé les îles des Mascareignes ?

Il est actuellement sous la Réunion, qui est la plus jeune île parmi les trois. C’est là où le volcan est actif, c’est-à-dire la Fournaise. Car il est alimenté par le point chaud.

Puisque le mouvement des plaques tectoniques a bougé Maurice et Rodrigues d’au-dessus du point chaud, qui est, depuis, devenu la Fournaise, doit-on comprendre qu’il ne peut plus avoir d’éruption volcanique à Maurice ?

Par la logique des choses, oui. Les volcans à Maurice devraient donc être éteints. Mais je ne peux pas me prononcer avec certitude dessus car je n’ai pas suffisamment étudié les volcans de Maurice.

Y a-t-il des facteurs qui mènent à une éruption volcanique ?

Non, il n’y a pas de facteurs externes qui influencent une éruption. Ce sont plutôt des facteurs liés au mécanisme interne propre aux volcans. Normalement, les volcans ont un cycle qui peut être déterminé après des études poussées de l’alimentation, du rythme de fonctionnement de la chambre magmatique et de l’historique du volcan. Ainsi, on peut établir une chronologie sur de longues périodes qui peut nous aider à déterminer la fréquence des éruptions.

Entre le Karthala et le Piton de la Fournaise, quel volcan est le plus dangereux ?

Normalement, le Piton de la Fournaise est le plus actif mais je dirai qu’il présente moins de risque car il est un peu isolé par rapport aux concentrations de populations. Au pire, on peut avoir une destruction de la route mais il n’y a que très peu de risque de perte de vies humaines. Par contre, le Karthala est un volcan très à risque car il surplombe un peu toute l’île. Toute activité du volcan avec coulée de lave est susceptible d’affecter une ville ou un village autour du Karthala…

On entend de plus en plus parler de séisme, comme tout récemment aux îles Fiji. Les volcans en sont-ils l’une des causes ?

Oui. On peut avoir des séismes d’origine volcanique mais ce sont en général des séismes de faibles magnitudes et ils surviennent avant ou pendant une éruption. Si on peut recevoir des séismes en dehors des périodes d’activités des volcans, ils seront de très faible magnitude. Par contre, les séismes plus forts et plus dangereux sont souvent d’origine tectonique, c’est-à-dire, des failles tectoniques à proximité des frontières de plaques.

Peut-on voir l’émergence d’une nouvelle île d’origine volcanique dans l’océan Indien ?

C’est tout à fait possible géologiquement. Mais encore une fois, ce sont des procédés qui se font sur les temps géologiques, qui peuvent donc se réaliser sur plusieurs millions d’années. Donc, ce n’est certainement pas nous qui la verrons.

 

Fiche Info

Karthala

Culminant à 2 360 mètres au-dessus du niveau de la mer, le volcan Karthala occupe près de deux tiers de la surface de la Grande Comore, la plus grande île de l’archipel. Il est très actif et sa dernière grande éruption remonte à 2007. C’est une fissure au fond de l’océan qui a enclenché la formation du volcan de 6 000 mètres en partie immergé. Le cratère du volcan comorien est l’un des plus grands au monde, avec 4 kilomètres de diamètre du Nord au Sud et 3 kilomètres d’Est à l’Ouest. Le Karthala est par ailleurs l’un des plus jeunes volcans au monde. On estime son âge à 130 000 ans. L’observatoire volcanologique du Karthala fait le suivi quotidien de l’activité du volcan depuis 1988. Depuis 2006, le Karthala est aussi classé site Ramsar pour ses zones humides autour du cratère.

Piton de la Fournaise

Le Piton de la Fournaise est plus élevé que son voisin le Karthala, à 2 632 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il est aussi considéré comme étant le volcan le plus actif au monde, avec une éruption en moyenne chaque neuf mois. La dernière remonte à septembre 2016. Le point chaud qui alimente le volcan existe depuis plus de 65 millions d’années et a créé, entre autres, l’archipel des Maldives, celui des Chagos et les îles des Mascareignes. Le volcan du Piton de la Fournaise est l’un des plus étudiés au monde depuis l’installation du centre volcanologique du Piton de la Fournaise en 1979. Il est aussi une attraction touristique et le public peut assister au spectacle de projection et de coulée de lave.

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