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Smritee Deena:«Les Mauriciens ayant étudié en Chine sont un atout pour le secteur du tourisme»

2 mars 2016, 17:07

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Smritee Deena:«Les Mauriciens ayant étudié en Chine sont un atout pour le secteur du tourisme»

Smritee Deena, ancienne étudiante en médecine de l'université de Nanchang, en Chine, estime que de nombreux secteurs gagneraient à exploiter la connaissance du mandarin de ceux qui ont fréquenté des universités de Chine. Un point de vue à faire valoir, jeudi, lors d’une rencontre entre d’anciens étudiants et l’ambassade de ce pays.

Il y a presque un an, vous revenez définitivement au pays après avoir complété six années d’études de médecine en Chine. Qu’est-ce qui vous a le plus frappée à l’aéroport sir Seewoosagur Ramgoolam ?

Il s’agit de l’absence totale de panneaux en mandarin, voire de comptoirs donnant une indication que les employés qui s’y trouvent attendent aussi une clientèle chinoise.

N’est-ce pas étrange que ce soit là l’une des premières choses à attirer votre attention ?

Ce pourrait être effectivement le cas. Mais après avoir passé six ans dans un environnement universitaire et social où la seule langue parlée était le mandarin, je suis devenue un peu Chinoise, quelque part. Je peux réfléchir et réagir comme le ferait un Chinois.

Si on compte sur la République populaire de Chine (RPC) pour augmenter le nombre de touristes dans notre pays, il nous faut en conséquence mettre l’accent sur un certain nombre de choses, dont cette prédisposition à montrer au Chinois qu’on s’intéresse vraiment à lui. Or, le souci d’installer des panneaux en mandarin est l’une des premières manifestations de l’intérêt du pays hôte à ses visiteurs. Il faut que le touriste chinois sente qu’on s’intéresse à lui et à ses habitudes culturelles.

Si on se met littéralement dans la peau des ressortissants de tous les pays pourvoyeurs de visiteurs touristiques, ne risquons- nous pas de passer à côté de l’essentiel?

J’admettrais volontiers que les six années d’études que j’ai passées en Chine m’ont sans doute amenée à porter un regard différent sur tout ce qui concerne ce pays. Mais ce n’est certainement pas la seule raison. Je ne suis pas la seule Mauricienne à avoir étudié uniquement en mandarin en Chine. Ceux qui ont opté pour cette filière représentent un atout pour le pays dans le cadre d’un renforcement des relations économiques avec la Chine. Nous pouvons apporter une contribution non négligeable à ce niveau.

Comment cela pourrait-il se faire alors qu’en réalité, vous êtes un médecin en devenir puisque vous allez intégrer incessamment le corps médical, soit dès que le Conseil des ministres aura reconnu l’université où vous avez étudié ?

Les Mauriciens qui ont fait leurs études en Chine constituent un atout pour l’île Maurice dans les différents secteurs - économique et social - nécessitant une maîtrise, sinon une connaissance, du mandarin.

Vous semblez faire une distinction entre les Mauriciens qui ont étudié dans des universités de la RPC ayant pour langue d’enseignement l’anglais et les autres universités où le médium est le mandarin ?

S’il y a une distinction à faire, elle est dans les faits. Le ministère chinois de l’Éducation dispose d’une norme pour l’évaluation du niveau de maîtrise du mandarin de la part des étrangers. Il s’agit du Hanyu Shuiping Kaoshi. L’équivalent serait le Test of English as aForeign Language auquel les pays anglophones ont recours pour tester le niveau de maîtrise de la langue anglaise. L’attestation du Hanyu Shuiping Kaoshi permet à un étranger d’avoir accès à des universités chinoises. Ceux qui étudient dans les universités où le médium d’enseignement est le mandarin, ont disposé de facteurs supplémentaires pour approfondir leur connaissance et leur maîtrise du mandarin. Mais le débat ne devrait pas se limiter au médium d’enseignement. On devrait plutôt se concentrer sur des possibilités qu’on aurait pu mettre à la disposition de tous ceux qui ont une connaissance du mandarin.

Quels sont justement les domaines où l’île Maurice pourrait éventuellement mettre à profit l’atout linguistique de ceux qui ont étudié le mandarin?

Les possibilités sont nombreuses. Je citerai quelques domaines où cela pourrait bien se faire. La compétence acquise en Chine pourrait être utilisée dans le domaine de la traduction de documents tant par les autorités gouvernementales mauriciennes, les opérateurs chinois qui viennent installer leur base d’opération à Maurice en prévision de la mise en place de projet d’investissement en Afrique, que par les commerçants mauriciens qui traitent avec la Chine. Ils peuvent contribuer à élaborer le contenu de brochures d’agences de voyages ou d’hôtels susceptibles d’accueillir des touristes chinois et des guides touristiques. Ils pourraient aussi aider à rédiger des avis publicitaires tant pour le marché local que pour le marché chinois. Ils peuvent être utiles auprès des agences de presse qui souhaitent faire des reportages à Maurice. Ils peuvent tout aussi bien être partie prenante des campagnes de promotion de la destination Maurice en Chine. Il n’est pas interdit de penser que la Chine puisse s’intéresser à Maurice en tant que centre de production cinématographique.

Les dernières données publiées par Statistics Mauritius indiquent que le nombre de touristes en provenance de la RPC de Chine a enregistré une croissance de 41,4% entre 2014 et 2015, passant de 63 365 à 89 585 touristes. Quelles sont les incohérences de la stratégie d’accueil des touristes à Maurice qu’il faut absolument revoir?

Je ne parlerai pas d’incohérence puisque je ne prétends pas avoir suffisamment de compétence pour me prononcer sur la stratégie d’accueil du pays à l’égard de la clientèle chinoise. Des retouches à notre stratégie d’accueil de la clientèle chinoise sont cependant une nécessité.

Je suggérerai quelques retouches à ce qui existe déjà. Par exemple, le Chinois est un bon vivant. Il travaille beaucoup mais sait prendre le temps de se divertir. Il aime manger, boire et fumer. En Chine, il n’y a pas les mêmes restrictions par rapport au droit de fumer. On peut imaginer l’impact sur le touriste chinois lorsqu’il voit partout des avis interdisant de fumer en public. La question est de savoir comment harmoniser les lois de la nation par rapport aux habitudes d’une clientèleque l’on ambitionne de séduire davantage. En raison de la spécificité de l’histoire de la RPC, c’est petit à petit que cette société s’est ouverte au monde entier.

Il n’est pas interdit de penser que les touristes chinois seraient intéressés à connaître davantage les différentes facettes de notre société multiethnique. Ce ne sont pas des visites dans nos centres commerciaux qui vont les épater car en Chine, ils sont des centres commerciaux incomparables aux nôtres. L’évolution de la diaspora chinoise dans son pays d’accueil est une dimension qui intéresserait, dans une large mesure, le touriste chinois. Il est clair que si nous voulons renforcer l’intérêt des touristes chinois pour notre destination, pas mal d’initiatives peuvent être prises pour les rapprocher davantage des membres de la diaspora chinoise.

Au niveau du passe-temps, il ne faut pas négliger l’importance que le Chinois accorde au karaoké. Il ne serait pas de trop d’envisager des espaces spécifiques où le touriste chinois pourrait donner libre cours à son intérêt pour l’interprétation des chansons de son choix grâce à des instruments de karaoké. Autre chose, le Chinois préfère une inclinaison de la tête à d’autres formes de salutations qui sont communes dans notre société. Porter attention à ce type d’initiative donnerait à penser au touriste chinois qu’il n’est pas accueilli de façon superficielle.

Quid de la touriste chinoise. Y a-t-il une sensibilité à laquelle nous devrions faire doublement attention?La femme chinoise attache beaucoup d’importance à la protection de sa peau et de son teint. Contrairement à la touriste européenne, elle n’est pas venue ici pour bronzer. Il faut penser avant tout à lui offrir de quoi protéger sa peau contre les rayons du soleil.

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