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Jean Suzanne: «J’ai des éléments incriminants sur les détournements d’Infinity»

1 décembre 2015, 19:00

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Jean Suzanne: «J’ai des éléments incriminants sur les détournements d’Infinity»

Jean Suzanne est de retour. L’homme qui était derrière Infinity est maintenant actionnaire majoritaire de Bio-Technologies et de KPO 2.0. Blanchi par la justice après la chute son entreprise, il a demandé la réouverture de l’enquête.

Comment vont vos anciens amis?

Aucune nouvelle. Je n’en sais pas plus que ce que la presse rapporte.

Vous êtes à nouveau sur le marché après Infinity, vous avez eu des démêlés avec la justice ici et ailleurs. Pourquoi devrions-nous vous faire confiance cette fois-ci?

Je ne demande pas de me faire confiance, je demande de faire confiance à la justice qui m’a blanchi. Ce sont des faits. J’ai essuyé des accusations, j’ai fait face aux procédures de la justice et j’en suis sorti gagnant. Personne n’en a parlé, mais c’est le cas. Je suis parti après avoir gagné le procès, contrairement à d’autres. Soornack par exemple, elle est toujours recherchée. Puis, vous savez, Infinity a beaucoup contribué au développement social de Maurice. Nous avions 1 500 employés dans un secteur qui a lancé le BPO à Maurice. Grâce à Infinity, plus de 5 000 personnes ont été formées et ont pu avancer. J’ai quand même apporté plus de choses positives au pays. Quant aux faits que l’on me reproche, je n’en suis nullement responsable…

Ah bon ? Il doit bien y avoir un responsable pour tous ces détournements…

Évidemment. J’ai été blanchi, mais il n’en est pas moins vrai qu’il y a eu un vol et pas de coupable pour l’instant. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’à ma demande, cette enquête a été rouverte. Certes, je suis responsable de ne pas avoir veillé de près à ce que mon staff faisait mais je lui faisais confiance. J’ai déjà approché le CCID et j’ai des éléments incriminants concernant plusieurs personnes. Les procédures ont déjà été entamées. Comme je l’ai dit, il faut faire confiance à la justice…

Des noms ?

On les connaît déjà. Des personnes ont été poursuivies. Elles ont été relâchées aussi mais pas parce que leur innocence a été prouvée. Leur défense a évoqué le fait que l’enquête prenait trop de temps. Mais avec les documents et preuves que j’ai, la justice ira nettement plus vite. Les procédures pour la réouverture ont déjà démarré. Pour moi, il est indispensable que la lumière soit faite sur cette affaire.

Pourquoi avoir attendu plus de deux ans avant de vouloir faire la lumière ?

Vous croyez qu’il est simple de se remettre d’un tel coup ? La chute d’Infinity était dure. Tous les jours, il y a des compagnies en difficulté et des employés qui volent. Il y a eu un acharnement  contre moi. Il fallait que je me repose, que j’analyse cette fin, que je me ressource avant de revenir. J’ai été blanchi, mais s’il y a eu de l’argent détourné, c’est qu’il y a des coupables qui sont dans la nature. Il faut qu’ils soient sanctionnés. Il fallait aussi que je rassemble tout, et surtout, trouver la force de faire face à tout ce qui se prépare…

Après analyse, vous avez su d’où vient le problème ?

Comme tout le monde le sait, entre 2005 et 2010, j’ai accepté le poste de conseiller de Navin Ramgoolam. C’était un faux pas. Du jour au lendemain,je suis passé d’un symbole de réussite à une cible politique, alors que je n’étais là que pour donner des conseils et des idées sans m’occuper de l’opérationnel. Le gros problème était politique. D’ailleurs, si vous saviez ce que je pense de Ramgoolam, vous…

Attendez… Comment peut-on avancer une raison politique à la chute lorsque vous-même vous étiez un conseiller?

Un Premier ministre est une institution, et de ce fait, il est inattaquable. Pour l’atteindre, il faut s’attaquer à ceux qui sont autour de lui. Si on arrivait à me faire passer pour un voleur, cela prouverait que le Premier ministre avait des fréquentations douteuses. Et le PTr traîne cette étiquette depuis un certain temps déjà, bien avant toutes les affaires qui ont éclaté… Je ne dis pas que mon poste de conseiller a été l’unique cause de la chute, mais cela l’a précipitée. Ajoutez à cela la crise économique de 2009 et vous avez un cocktail explosif pour un crash qui a été instrumentalisé par l’opposition et une partie de la presse. Nos clients, qui étaient principalement des groupes européens, ont été frappés en plein, et nous avons évidemment ressenti les répercussions. Le chiffre d’affaires a baissé et…

… et vous avez bénéficié d’un Stimulus Package. L’avez-vous remboursé ?

Rembourser quoi ? Le Stimulus Package est certes une aide remboursable, mais ce n’est pas l’argent du contribuable! C’est une aide mise en place par le FMI pour que les entreprises puissent faire face à cette crise, et pour en bénéficier, il y avait une série de critères à respecter. Il fallait avoir une activité internationale. Il fallait aussi que l’impasse difficile de la compagnie soit directement liée à la situation économique et troisièmement, le carnet de commandes devrait laisser supposer que le prêt serait remboursé. Infinity répondait à tous ces critères et…

… et l’avez-vous remboursé ?

Oui. Mais attendez. N’allez pas croire que lorsque le Stimulus Package a été attribué, Infinity a eu un chèque de Rs 139 millions. Cela ne se passe pas comme ça. Des debentures au montant de l’aide ont été émises. Un tiers est honoré par la MTSP sous forme de prêt à 0%, un tiers est prêté par la banque à un taux de 5% et le troisième tiers devait être mis par moi, l’actionnaire majoritaire. Et il y a un panel de conseillers mis en place pour gérer les dépenses. Au lieu de m’écouter et investir là où il fallait, ils ont préféré payer les passifs de la compagnie. Évidemment, cela n’a généré aucun revenu et Infinity s’est retrouvée dans la même situation de difficulté avec Rs 139 millions de dettes en plus. Le panel de conseillers m’a demandé de vendre le bâtiment. Je l’ai fait, j’ai tout repayé et encore une fois, rien n’a été investi. Donc, j’avais des dettes et plus de bâtiment. Il était impossible de continuer. Si ce panel m’avait écouté, Infinity serait peut-être toujours vivant.

Vu votre passé, faites-vous partie de ceux qui pensent qu’il faut absolument une connexion politique pour réussir en affaires ?

Non. En tout cas, j’espère que cela n’est pas le cas. Regardez mon cas. Mes connexions ont eu l’effet inverse de ce que les gens pensent. Le seul avantage est que lorsque vous demandez un rendez-vous, vous l’avez. Et je ne vais pas nier que cela permet de se faire un carnet d’adresses assez conséquent. Mais dès que la politique pointe son nez, l’adversité vient en même temps…

… et le train de vie aussi ?

Quelqu’un s’est-il intéressé à mon train de vie avant 2005 ? Non. Si vous l’aviez fait, vous auriez vu que j’ai toujours été comme ça. J’aimais déjà les belles voitures, les bijoux et tout ce qui va avec. Ma vie n’a pas commencé avec mon poste de conseiller et le salaire de Rs 40 000 qui allait avec, et elle ne s’est pas arrêtée avec non plus.

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