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Hôpitaux : ces étrangers qui paient pour des soins selon un protocole fantôme…
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Hôpitaux : ces étrangers qui paient pour des soins selon un protocole fantôme…
Comment décide-t- on de qui doit payer ou non ? Les étrangers nécessitant des soins doivent-ils payer pour recevoir un traitement dans nos hôpitaux ? Nous avons mené l’enquête.
Les étrangers paient-ils les soins qu’ils reçoivent dans les hôpitaux ? Oui et non. C’est la réponse que l’on peut donner après une tournée dans différents hôpitaux de l’île. Des médecins mais aussi des cadres au ministère de la Santé le confirment : c’est la faute à un protocole flou tantôt appliqué, tantôt non.
Après sa visite surprise à l’hôpital de Poudre-d’Or, mercredi dernier, le ministre de la Santé Anil Gayan était, lui, catégorique : les étrangers ne paient pas pour le traitement reçu. Mais plusieurs témoignages venant des milieux de la santé publique indiquent que certains étrangers paient bel et bien. À titre d’exemple, le Medical Council évoque le cas d’un Malgache qui a dû payer pour sa prothèse.
Dans un hôpital des Plaines-Wilhems, le dossier d’un ressortissant français marié à une Mauricienne est, lui, en attente. En fait, le Français est hémophile etson traitement coûte cher, soit Rs 100 000 par semaine.
Autre cas : celui d’un travailleur bangladais qui a été diagnostiqué d’un problème au coeur. Après traitement, il est rentré chez lui sans rien payer alors que ce protocole inconnu en ferait bien provision. Ce que confirme un cardiologue de l’hôpital Jeetoo. En revanche, un autre médecin de cet hôpital souligne, lui, qu’un travailleur étranger a dû payer pour une opération.
Comment décide-t-on de qui doit payer ou non ? Notre enquête au sein de différents établissements de la santé publique laisse comprendre qu’un protocole fantôme est en vigueur. Ceux qui le connaissent l’appliquent, d’autres, notamment des fonctionnaires, non. Et même ceux qui la connaissent, principalement des médecins, ne savent pas trop dans quels cas le faire. Résultat : un traitement inégal envers les étrangers nécessitant des soins.
Mais que dit ce protocole fantôme ? Ceux interrogés indiquent qu’un étranger est tenu de remplir un formulaire différent de celui d’un patient mauricien. Il y laisse ses coordonnées et une copie de son passeport. Selon les soins reçus, la facture est alors réglée auprès d’un Administrative Clerk. Sauf que ce dernier n’est pas caissier mais uniquement fonctionnaire.
Le président de l’association des infirmiers explique qu’il manque de cadre légal entourant le paiement des frais par des étrangers. «Plusieurs ministres ont bien essayé de mettre ce système en place. À un certain moment, le ministère avait même évoqué un forfait de Rs 100 pour les étrangers. Mais comme les hôpitaux n’ont pas de caissiers, l’initiative n’est pas allée de l’avant», témoigne Ram Nowzadick. Ce dernier souligne qu’il faudra mettre en place un système de paiement et une grille de paiement transparente.
Reste aussi l’aspect humain. Parmi les patients de l’hôpital Jeetoo, 25 % à 30 % sont des étrangers. À l’hôpital SSR, le chiffre est nettement moindre, 20 patients en moyenne par jour ne sont pas des citoyens mauriciens. Et la plupart sont des travailleurs. «Ces travailleurs sont déjà pauvres et le système de santé dans leurs pays laisse à désirer. Leur demander de payer équivaudrait à leur demander vivre sur moins d’argent alors que leurs salaires sont souvent déjà dérisoires», relève Ram Nowzadick.
Le travailleur social Faizal Ally Beegun, qui confirme l’existence de ce protocole qui reste très vague, fait, lui, valoir que les travailleurs étrangers contribuent au National Pension Fund dès leur deuxième année de travail. Et, dans la plupart des cas, ils rentrent chez eux avant d’avoir 60 ans. «C’est de l’argent perdu qui est récupéré par l’État.»
S’il y a un cas où le paiement des soins est clair, c’est en ce qui concerne les Comores. Cela, suivant un accord en 2001. Les patients doivent soumettre leur dossier médical au ministère avant de pouvoir se faire soigner. Si leur dossier est accepté, ils bénéficient des soins gratuits pour la plupart des traitements. Et une centaine de Comoriens viennent se faire soigner par an.
Pour l’heure, les seuls soins qui sont payants sont la neurochirurgie et la cardiologie. Pour une endoscopie, au coût de Rs 40 000 à Rs 50 000 dans les cliniques, un patient comorien déboursera Rs 19 000 s’il se fait soigner dans les hôpitaux.
Le service de cancérologie fait aussi partie du protocole. Six séances de chimiothérapie et deux séances de radiothérapie coûtent en moyenne Rs 15 000 pour une durée de pas plus de neuf mois. Le paiement se fait après les soins, avec l’administration de l’hôpital.
Reste un autre argument: pourquoi passer par toutes ces tracasseries administratives pour se faire soigner alors qu’il suffit que le patient comorien se pointe à l’hôpital pour se faire soigner gratuitement !
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