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La «commission rogatoire» de l'express sur l'affaire BAI: treize premières questions à Dawood Rawat

1 mai 2015, 09:34

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La «commission rogatoire» de l'express sur l'affaire BAI: treize premières questions à Dawood Rawat
Me Shakeel Mohamed, relayant un souhait du Chairman Emeritus du Groupe BAI Dawood Rawat, a présenté le projet d’une commission rogatoire qui devait être tenue en France devant un juge français. Dawood Rawat, a-t-il déclaré, était prêt à répondre à «toutes les questions».
 
 
Pour une opinion publique avide de comprendre, c’est une offre qui a paru pleine d’intérêt ! Le directeur des Poursuites publiques a, depuis, statué que cette commission rogatoire n’était pas de circonstance, puisque s’appliquant plutôt à un témoin qu’à un «suspect» comme Dawood Rawat. La commission rogatoire n’aura donc pas lieu. Les questions demeurent, cependant, têtues et entières et elles sont d’importance puisque jusqu’ici, il n’y a eu qu’un long déferlement de soupçons, d’accusations et de «faits» qui n’ont jamais (sauf, très partiellement, lors de la conférence de presse de Me Yousuf Mohamed le 17 avril 2015) été sujets à contradiction, à une remise en cause ou à une version différente.
 
 
L’express estime que le pays, mais surtout ses lecteurs, ont le droit de connaître le point de vue de Dawood Rawat sur les questions principales qui taraudent l’opinion publique, traumatisée par cet immense scandale financier et ses conséquences pour la nation. La rédaction de l’express publie donc aujourd’hui ses premières questions à Dawood Rawat, en l’invitant à y répondre dans le même état d’esprit que celui qui l’aurait animé en commission rogatoire. Nous espérons qu’il jouera le jeu. Il a, d’ailleurs, aussi le choix de ne pas répondre… Nous invitons, d’autre part, notre public lecteur à nous envoyer ses propres questions, au cours des prochaines semaines, parfois, pourrait-on escompter, sinon espérer, en réaction à des réponses de Dawood Rawat lui-même.
 
 
Seule la rédaction de l’express jugera de la pertinence des questions posées et des réponses suscitées et donc de ce qui est publiable ou pas. Par ailleurs, dans des situations où une question/réponse est jugée trop technique ou trop longue, la rédaction se réserve le droit de la publier seulement dans une section spécialisée dans lexpress.mu. 
 

Nos questions

 
  • En termes de financement politique, qui avez-vous, personnellement ou à travers vos compagnies, alimenté et pour combien, chacun, au cours de ces dernières années ?
 
  • Le 27 février 2015, la Banque centrale écrivait à la Bramer Bank, lui indiquant une insuffisance de capitaux de Rs 3,5 milliards et insistait pour une injection de capitaux frais de Rs 350 millions avant le 30 mars 2015. Maintenant que la Bramer Bank n’est plus et sachant que cette somme représente, semble-t-il, des prêts faits à des «related par ties» qui n’étaient pas en état de rembourser, pourriez-vous nous expliquer pourquoi ces prêts ont été faits au départ et donner votre point de vue en la circonstance ? Les «related party loans» pouvaient- ils être remboursés ? La Bramer pouvait-elle continuer ses opérations et trouver Rs 3,5 milliards ou était-ce inévitable de perdre votre licence bancaire ?
 
  • Les difficultés de la Bramer Bank, outre l’insuffisance de capitaux, proviennent aussi de la vente importante de ses actions sur la Bourse par des institutions parapubliques (2,5 millions d’actions entre janvier et mars, soit 57 % du total – selon Capital) en parallèle avec «des retraits massifs (de dépôts) sous une inspiration conjuguée (incluant des retraits prématurés des institutions parapubliques)» (voir paragraphe 5 du communiqué de la BAI du 11 avril 2015). Est-ce que ces fonds, notamment gouvernementaux, étaient, selon vous, légitimement présents à la Bramer avant le 10 décembre, ou, eux-mêmes, le résultat d’une «inspiration conjuguée» ? Étiez-vous conscient du «risque financier» d’une trop grande dépendance de certains clients, dans ce cas des fonds de l’État, notamment par rapport à vos modestes fonds propres (seulement Rs 1,3 milliard au 31.12.2014) ? Étiez-vous conscient du «risque politique» qui allait avec ?
 
  • Une note interne confidentielle adressée au Senior Management de la Bramer Bank le 1er avril 2015 disait : «…the Board of directors of the bank has decided that no premature encashment of deposits shall be allowed with immediate effect». Cette note fuitait dans la presse et circulait librement sur les réseaux sociaux et s’ajoutait à des retraits divers, y compris d’ex-ministres après le 11 décembre et même de directeurs de la Bramer Bank. Cet événement par lui-même était suffisant pour ébranler la confiance et provoquer des retraits massifs déstabilisateurs et potentiellement ingérables. Êtes-vous d’accord ?
 
  • Avez-vous profité, oui ou non, de vos relations amicales ou autres avec l’ancien Premier ministre pour mater/convaincre vos régulateurs ou est-ce qu’ils ont été convaincus, d’eux-mêmes, par vos arguments et vos thèses ? Pouvez-vous nous relater les thèses que vous avez élaborées aux régulateurs et qui les ont convaincus ?
 
  • Vers février/mars 2015, il a été rapporté que la BAI voulait transférer des fonds importants du Kenya ou de l’Inde afin de résoudre (au moins momentanément) les problèmes de liquidités. Est-ce vrai et pouvez-vous nous indiquer les preuves que cet argent était bien liquide et disponible ?
 
  • Les rumeurs, au cours de ces dernières années, étaient que vous étiez même disposé, pour résoudre vos problèmes, à vendre le contrôle majoritaire de vos entreprises et prendre de nouveaux par tenaires, notamment à la BAI et à la Bramer. Des noms prestigieux ont circulé, mais rien ne s’est concrétisé. Pourquoi ? Le stade de «due diligence» a-t-il jamais été atteint ? Si oui, est-ce que c’est à ce niveau que ça a bloqué ou était-ce une question de prix ?
 
  • En 2005, le directeur de la Financial Services Commission d’alors, Me Iqbal Rajahballee, était limogé après avoir tenté de poser des questions sur les opérations de la BAI. Le contentieux était-il déjà cette notion financière de base de concentration de risque dans les «related parties» ? Même si votre interprétation était différente de celle de votre régulateur (la BAI a investi jusqu’à 85 % de son portefeuille dans ses compagnies «soeurs», par exemple en 2009), cela ne vous inquiétait-il pas que vous soyez le seul assureur avec cette interprétation plutôt ensoleillée ? Pouvez-vous vraiment prétendre qu’une telle interprétation était pour maximiser le retour sur investissement de vos clients plutôt que d’assurer un développement volumétrique accéléré et tous azimuts de votre groupe afin, par ailleurs, de vous hisser dans la cour des «grands» ? Connaissez-vous le principe financier de base de répartition de risque ou croyez-vous normal de réinvestir la grande majorité de l’argent de vos clients dans vos propres affaires de groupe ?
 
  • Si le but était de maximiser le retour sur investissement de votre portefeuille BAI, comment expliquez-vous votre approche systématique, depuis 2007 déjà, d’offrir des rémunérations garanties largement supérieures à ce qui se pratiquait dans le marché mauricien (mettons 8 % «for arguments’ sake»), elles-mêmes largement déconnectées par rappor t à ce que vous rapportait votre por tefeuille d’investissement ? Admettant vos propres chiffres (paragraphe 12 du communiqué du 11 avr il 2015), vos Rs 33 milliards d’investissements rapportaient environ 1 % ( alors que les Rs 5 milliards de «valeur» estimée sur les actions de la Bramer rapportaient, au 31.12.2014, Rs 79,9 M, après taxe, soit un Return on investment de 1,6 %). En attendant un «retour à meilleure fortune», comment ce déficit de cash d’un minimum de 7 % sur le gros de vos investisseurs (Super Cash Back Gold) se faisait cou - vrir autrement que par de nouveaux souscripteurs appâtés par des intérêts anormaux (par exemple, en 2014, il y avait 2 711 clients nets de plus pour environ Rs 2,8 milliards) ? Était-ce bien responsable ?
 
  • Nous n’avons pas vu les comptes consolidés au niveau de Klad Investment de 2012. Ils ont bien été brandis en conférence de presse du ministre de la Bonne gouvernance, mais ils n’ont jamais été circulés. Le rapport PwC n’est pas disponible non plus. Selon le ministre de la Bonne gouvernance, l’auditeur du groupe, c.-àd. KPMG, indiquait déjà un déficit d’actifs de Rs 10 milliards pour le groupe en 2012. À quelle échéance était-il prévu de «renverser la vapeur» entre le rapport de vos actifs (1 % ) et le coût de vos passifs (mettons 6 % en moyenne), notons qu’à 5 % d’érosion (plutôt que de retour) net sur investissement, le groupe saigne du cash par environ Rs 1,5 milliard par an) ? Et sur quel retour sur investissement comptiez-vous pour rattraper la situation à terme ? Y a-t-il un scénario «réalisable et crédible» que vous pourriez nous partager ?
 
  • Pouvez-vous expliquer la rationalité des «management fees» payés à vous-même et à vos compagnies familiales, notamment à travers des ponctions directes sur le chiffre d’affaires plutôt que les profits ? Ces «fees» étant généralement payés pour des services rendus, estimez-vous, au vu des résultats, que la «valeur» créée dans le groupe les justifie ?
 
  • Vous-même et votre famille, vous vous êtes substantiellement enrichis au cours de ces dernières années. Le communiqué de la BAI du 11 avril, au paragraphe 18, déclarant vouloir «considérer tous les moyens pour protéger et préserver les droits de tous nos clients, employés, partenaires, ainsi que les membres du public», considériez-vous comme votre devoir moral de vendre vos biens, au moins les plus superflus, pour en canaliser le produit vers vos «stakeholders», afin qu’ils souffrent moins qu’autrement ?
 
  • Pensez-vous que votre groupe a fauté quelque part ? Si oui, où et comment ? Si non, accréditez-vous la thèse d’une vendetta politique et pourquoi ?

 

L’avocat de Dawood Rawat irrité

 

«L’Express n’a pas le droit de poser des questions à mon client !» C’est ce que nous a déclaré hierl’avocat-politicien Shakeel Mohamed.Il était interrogé sur «la commission rogatoire de l’express» (parue dans notre édition d’hier et consultable surlexpress.mu). C’est lui qui, au retourde France, avait émis l’idée d’une«commission rogatoire» pour son clientDawood Rawat, actuellement en mauvaise santé.

 

«Je ne vois pas comment l’express peut venir poser des questions. Oui, mon client était d’accord pour une commission rogatoire devant la justice française, mais pas devant vous. Qui êtes-vous pour vous substituer à une cour de justice ? Je ne crois pas que vous ayez une quelconque autorité», a sèchement répondu Me Mohamed. Or, il semble oublier que plus d’un Mauricien attend en toute légitimité des explications du Chairman Emeritus de la BAI.

 

«Aucun journaliste ne m’a jamais contacté pour avoir la version de mon client», a aussi ajouté Me Mohamed. Ce qui n’est pas vrai. Depuis l’éclatementde la sphère BAI le 2 avril,l’express ne cesse de multiplier les efforts afin de rechercher la versiondes faits de la BAI et de son chef.

 

Comme l’idée d’une commission rogatoire a été rejetée par le DPP, qui a statué que celle-ci n’était pas de circonstance, nous écrivions dans notre édition d’hier : «L’express estime que le pays, et surtout ses lecteurs, ont le droit de connaître le point de vue de Dawood Rawat sur les questions principales qui taraudent l’opinion publique, traumatisée par cet immense scandale financier et ses conséquences pour la nation. La rédaction de l’express publie donc aujourd’hui ses premières questions à Dawood Rawat, en l’invitant à y répondre dans le même état d’esprit que celui qui l’aurait animé en commission rogatoire. Nous espérons qu’il jouera le jeu. Il a, d’ailleurs, aussi le choix de ne pas répondre... Nous invitons, d’autre part, notre public lecteur à nous envoyer ses propres questions, au cours des prochaines semaines, parfois, pourrait-on escompter, sinon espérer, en réaction à des réponses de Dawood Rawat lui-même.»

 

Parmi les treize questions initiales de l’express à Dawood Rawat, relevons celle-ci : «Pouvez-vous expliquer la rationalité des ‘management feespayés à vous-même et à vos compagnies familiales, notamment à travers des ponctions directes sur le chiffre d’affaires plutôt que les profits ? Ces ‘fees’ étant généralement payés pour des services rendus, estimez-vous, au vu des résultats, que la ‘valeur’ créée dans le groupe les justifie ?»

 

Malgré son agacement, Shakeel Mohamed nous a dit qu’il relaiera les questions à Dawood Rawat. Cependant, quand nous avons de nouveau pris contact avec lui, il nous a déclaré attendre que son client l’appelle avant. À l’heure où nous nous mettions sous presse, toujours pas de réponse de la part du grand patron de la BAI ou de son avocat.

 

En attendant une éventuelle réponse de Dawood Rawat, les lecteurs de l’express sont invités à poser leurs propres questions sur lexpress.mu.

 
 
 
 
Envoyez vos questions supplémentaires par voie postale : L'express, rue des Oursins, Baie-du-Tombeau, ou par e-mail : [email protected]
 

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