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Sylvan Oxenham : «Il faut inverser la tendance à la désindustrialisation»

11 avril 2015, 04:40

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Sylvan Oxenham : «Il faut inverser la tendance à la désindustrialisation»

Faire connaître les activités de l’industrie, valoriser les métiers techniques et améliorer la productivité : ce sont là quelques objectifs de l’AMM.

 

En tant que nouveau président de l’AMM, quelle sera votre contribution à l’association ?

Avec mes collègues du Conseil et de l’équipe de permanents dédiés, j’ai la ferme intention de poursuivre le travail de plaidoyer auprès du secteur public et des organisations internationales afin de faire émerger les bonnes solutions pour libérer la croissance industrielle, en synergie avec le Joint Economic Council, la Chambre de commerce et la Mauritius Export Association (Mexa).

 

Je compte également consolider la marque «Made in Moris» afin qu’elle devienne la marque de tous les Mauriciens et permette aux produits locaux de récupérer des parts de marché sur les produits importés. Je souhaite aussi participer à l’effort national de définition d’une National Export Strategy car une approche coordonnée et «ciblée» par secteurs et par pays est nécessaire pour permettre aux industries locales d’accéder aux marchés émergents.

 

J’espère aussi mener à bien le Plan national pour l’efficacité énergétique (PNEE) dans l’industrie et insuffler une vraie culture d’efficacité énergétique, tout en proposant d’autres approches pilotes sur divers sujets, dont l’innovation et l’environnement : déchets, effluents, entre autres. Finalement, je compte faire vivre notre network industriel avec des rencontres régulières pour promouvoir la coopération sur les thématiques industrielles.

 

Bien que le Budget ait promis de mettre l’accent sur la formation pour pallier le manque de main-d’oeuvre qualifiée, pensez-vous que le secteur pourra se passer des travailleurs étrangers ?

L’industrie fait face, en effet, à une situation paradoxale : nous avons d’un côté des emplois non pourvus et de l’autre des jeunes chômeurs. Toutes les mesures budgétaires, qui visent la requalification des jeunes dans des secteurs porteurs et la mise en place d’apprentissage, sont bonnes. Mais tout cela ne va pas se faire en un jour ! Il faut continuer à permettre à l’industrie (notamment exportatrice) de remplir ses carnets de commande en embauchant des travailleurs étrangers. Il faut dans le même temps s’attaquer à la réforme de notre système d’éducation supérieure et de formation professionnelle et commencer un travail qui n’a jamais été fait et qui consiste à revaloriser les métiers techniques.

 

Nous devons faire connaître les métiers de l’industrie aux collégiens et professeurs par le biais de journées de découvertes de l’industrie organisées au niveau national (par exemple, lors de la Semaine nationale de l’industrie).

 

Nous devons créer au sein des universités des métiers pour rendre les métiers techniques attractifs et valorisants ! Car aujourd’hui, être ouvrier demande un bon niveau de qualification pour faire fonctionner des automates et des machines à commande numérique.

 

En tant qu’organisme qui défend les intérêts des opérateurs du secteur, quels seront les défis auxquels l’AMM sera appelée à faire face à l’avenir ?

L’enjeu pour les entreprises industrielles locales sera de gagner à nouveau des parts de marché sur les marchés local et régional, d’améliorer leur productivité, leur compétitivité en étant plus sobres en ressources et plus innovantes. Tout cela demandera un effort national sans précédent pour renverser la tendance à la désindustrialisation. Chaque Mauricien est concerné, d’où notre campagne «Nou tou made in Moris». Il s’agit de valoriser nos produits et nos compétences intellectuelles.

 

Nous devons rétablir la confiance dans notre capacité productive, donner un nouveau souffle à la politique d’autosuffisance, y compris dans l’agro-alimentaire, où il y a un gros potentiel. Nous devons aussi faciliter la possibilité à l’export en Afrique en enlevant les barrières non tarifaires, en trouvant des solutions pour augmenter la connectivité entre Maurice et l’Afrique de l’Est ou encore en mettant en place un système d’intelligence économique pour les PME afin qu’elles puissent découvrir comment – et où – exporter leurs produits sur le marché africain.

 

Que faudrait-il faire pour permettre au secteur de faire face à la concurrence asiatique ?

La concurrence nevient pas seulement despays asiatiques mais aussid’Afrique du Sud, du Kenya,de la Turquie, d’Égypte et même d’Amérique du Sud(Brésil). Toutes les grandesnations, asiatiques y compris,ne se privent pas de mesures d’incitations à l’export. Ilnous faut aussi reconnaître lerisque pris par l’industriel parrapport à l’importateur.

 

Il faut donc permettre à l’industrie mauricienne d’être plus attractive fiscalement car il est nécessaire d’investir dans de nouveaux équipements régulièrement pour contrer la compétition importée mais aussi satisfaire les besoins de plus en plus sophistiqués de la part des clients locaux.

 

Si les marges industrielles ne sont pas suffisantes, c’est l’innovation, la montée en gamme et les nouvelles générations d’équipements qui en pâtiront.

 

Par ailleurs, faire respecter les conditions de concurrence entre les produits importés et les produits locaux est difficile...

Notre pays a libéré les barrières tarifaires trop vite (96 % des positions douanières sont sans droits de douane) sans se doter de normes obligatoires. Depuis des années, nous relevons lenon-respect par des produits importés d’obligations légales telles que le Food Act, le Metrology Act ou encore le Dangerous Chemicals Act.

 

Certains produits importés ne respectent pas l’étiquetage et les conditionnements standard, certaines matières premières dangereuses sont proscrites dans les produits locaux alors que des produits importés concurrents ne sont pas soumis aux mêmes exigences.

 

C’est pourquoi nous demandons que soit réintroduite une fiscalité qui rétablisse un level playingfield entre produits importés et produits locaux sensibles. Nous sommes très intéressés à collaborer avec le comité interministériel qui sera créé pour faire des propositions en ce sens.

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