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Swadicq Nuthay,économiste et Chief Executive, AfrAsia Capital Management: «Certaines faiblesses structurelles du pays n’ont pas été traitées dans le Budget 2015-16»
1 avril 2015, 02:44
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Swadicq Nuthay,économiste et Chief Executive, AfrAsia Capital Management: «Certaines faiblesses structurelles du pays n’ont pas été traitées dans le Budget 2015-16»
L’économiste Swadicq Nuthay regrette que la productivité et la compétitivité, qui sont des éléments-clés dans la stratégie de développement économique de Maurice, n’aient pas été abordées dans le dernier discours du Budget.
Quelle lecture faites-vous du premier Budget de l’alliance Lepep ?
On dit bien que c’est à ses fruits qu’on juge l’arbre. Dans l’ensemble, ce Budget, qui contient beaucoup de bonnes idées, a de grandes ambitions. Mais il faudrait attendre l’ébauche du Finance Bill pour avoir davantage de précisions et des détails par rapport à certaines mesures annoncées.
Cependant, le succès d’un Budget dépend surtout de la mise en place des mesures et des réformes annoncées dans le discours. Du reste, le ministre a proposé la création d’au moins 25 comités pour assurer la mise en application de ces mesures, ce qui est une très bonne chose. Je note toutefois que certains points – tels que la productivité et la compétitivité – qui sont à la base même de nos faiblesses structurelles, ne sont pas traités dans le discours.
Ce premier exercice budgétaire s’appuie sur des investissements massifs, plus de Rs 120 milliards dans des méga-projets pour doper la croissance projetée d’atteindre 5,7 % en juin 2017. Estimezvous que cet objectif soit réalisable, compte tenu de la conjoncture économique locale et internationale ?
Un des objectifs de la construction de ces smart cities et technopoles est de relancer le secteur de la construction et aussi de booster la croissance. C’est un concept qui a déjà fait ses preuves dans plusieurs pays d’Europe, d’Amérique et d’Asie. L’Inde mise aussi beaucoup sur le succès de ces smart cities pour générer un dynamisme économique et doper la croissance dans plusieurs régions.
Mais c’est un projet à long terme. Le gouvernement s’appuie essentiellement sur le secteur privé et les investissements directs étrangers. Mais pour y arriver, nous avons besoin de créer les conditions propices à la réalisation de ces méga-projets et favoriser la demande. Est-ce que l’accès à ces smart cities sera ouvert aux étrangers ou sera-t-il restreint aux Mauriciens ? Pour le moment, on n’est pas bien éclairé.
Le gouvernement privilégiera le secteur des PME comme nouveau pôle de croissance, susceptible de générer des emplois de demain. Or, tous les Budgets qui ont été présentés ces dix dernières années ont fait la part belle aux entrepreneurs sans pouvoir booster le secteur. Dans quelle mesure le Budget 2015-16 sera-til différent pour faire de Maurice une nation d’entrepreneurs ?
L’idée de mettre la SME Bank et toutes les institutions concernées sous un seul toit est une excellente initiative. Cela aidera grandement les entrepreneurs, notamment dans leurs démarches administratives.
En parallèle, je suis d’avis que ce serait encore mieux si nous pouvions créer des pôles de compétitivité qui réuniraient des chercheurs, des entrepreneurs et autres institutions éducatives. Le but : promouvoir le développement d’un secteur des PME qui serait à la pointe de la technologie et aurait une forte valeur ajoutée.
Maurice peut s’inspirer du programme «Pôles de Compétitivité» de France, qui réunit des entreprises, des instituts de recherche et des organisations éducatives, afin de développer une synergie et une collaboration autour d’un thème commun pour que des firmes partenaires aient l’opportunité d’être les meilleures dans leurs domaines respectifs. Cela aiderait à booster la croissance économique et l’emploi. Il faudrait accroître des efforts au niveau de l’innovation en apportant du support à des activités industrielles avec un fort potentiel de technologies de pointe. En parallèle, nous avons aussi besoin d’améliorer tout le côté enforcement de la protection de la propriété intellectuelle et améliorer la visibilité de Maurice sur le plan international.
Pour faire de Maurice une nation d’entrepreneurs, il faut des gens qui sont capables de think out of the box. Le succès dépend de la capacité de nos institutions à encadrer les entrepreneurs afin de se lancer dans des nouveaux pôles de développement.
Le nouveau gouvernement projette d’abolir 70 permis et licences qui sont devenus, avec le temps, obsolètes, afin de relancer les investissements et dynamiser la croissance. Cette mesure estelle suffisante pour créer un environnement propice à faciliter les investissements privés ?
Maurice est aujourd’hui à la 28e place du Ease of Doing Business sur un classement de 189 places. On bouge dans la bonne direction mais il y a encore beaucoup de chemin à faire. La lourdeur, voire la lenteur administrative, reste un handicap pour l’appareil productif.
À titre d’exemple, la multiplication des interlocuteurs et la lourdeur administrative dans l’obtention d’une licence commerciale ou pour lancer une activité sont de nombreux freins pour les entrepreneurs et les investisseurs.
Dans le dernier rapport Ease of Doing Business de la Banque mondiale sur Maurice, il faut compter au moins 10 à 15 jours pour obtenir une autorisation du CEB et de la CWA respectivement, alors que pour un permis Building and Land Use, il faut compter au minimum 21 jours. C’est inconcevable qu’on en soit à ce niveau-là dans une île Maurice qui se veut moderne. Il y a encore des activités réglementées où l’obtention d’un permis prend beaucoup trop de temps. Il faudrait aussi peut-être améliorer la transparence (à travers le site Web des institutions). Si un permis est refusé, il faudrait en donner les raisons.
Le gouvernement a bâti son hypothèse de croissance sur la réussite de ses méga-projets, soit la réalisation de huit «smart cities» et de cinq technopoles. Or, le ministre des Finances a sous-estimé une détérioration des conditions économiques à l’échelle européenne (augmentation des cours du pétrole et des denrées alimentaires) qui pourrait remettre en cause sa projection de croissance. Quelle est votre analyse ?
Le pays n’est pas immunisé contre des facteurs exogènes tels que la détérioration de l’environnement économique mondial ou même une éventuelle augmentation du cours des matières premières, plus particulièrement du pétrole et des denrées alimentaires, qui vont définitivement avoir un impact sur les fondamentaux économiques du pays. Les mouvements des devises sont aussi devenus très imprévisibles et dangereux pour des petits États insulaires ouverts sur le monde comme Maurice.
Des critiques sont formulées actuellement sur la politique de dépréciation graduelle de la roupie, plus particulièrement vis-à-vis du dollar américain et de l’euro. L’opposition soutient à cet effet que les dépenses liées à la pension de vieillesse, près de Rs 4,7 milliards, seront financées par la dépréciation. Cet argument tient-il la route ?
On peut voir la chose de deux façons : le verre à moitié vide ou à moitié plein. Je m’explique. Suite à la fin de l’assouplissement monétaire et à l’annonce de la normalisation des taux aux US, le dollar américain a connu une envolée face à l’ensemble des devises. À titre d’exemple, la parité dollar/euro à plus de 16 % et celle entre le dollar et la livre sterling à plus de 9 % sur les six derniers mois.
Si on regarde le verre à moitié vide, la roupie était surévaluée par rapport à ses fondamentaux d’environ 8 %, comme je l’ai mentionné dans une récente interview de presse.
D’un autre point de vue, c’est un fait que la roupie s’est dépréciée depuis le début de l’année de 15 % face au dollar. Ceci dit, vu que plus de trois quarts de nos importations sont libellées en dollars, cela coule de source que les taxes indirectes liées aux importations vont rapporter beaucoup plus sur les recettes de l’année précédente, ceteris paribus, entre 8 % et 10 %.
Dans le passé, il y a toujours eu des tentatives de résistance au retour de la diaspora mauricienne en se basant sur le fait que l’arrivée des professionnels mauriciens de l’Australie, de l’Amérique du Nord ou de l’Europe exercerait de fortes pressions sur le marché de l’emploi et de l’immobilier. Pensez-vous que ces risques existent toujours ?
Pas du tout ! Les Mauriciens établis à l’étranger vont uniquement considérer l’option de revenir dans leur pays natal si celui-ci est en mesure d’offrir des opportunités en termes d’emploi, de logement et de lifestyle. Le développement de notre knowledge hub peut aussi affecter la décision de ceux qui ont des enfants scolarisés. Cependant, Maurice doit s’ouvrir sur l’extérieur afin d’attirer et de capitaliser sur l’expérience et l’expertise étrangère vu qu’il y a un manque de compétence dans certaines filières économiques mais aussi pour créer de la richesse.
Le premier Budget de Lutchmeenaraidoo devrait jeter les bases d’un deuxième miracle économique à l’avenir. Estimez-vous que ce miracle est dans le domaine du possible ?
Je préfère utiliser le mot succès économique car je pense qu’en économie, il faut créer les conditions économiques pour générer de la croissance, surmonter les difficultés structurelles, être à l’épreuve des chocs exogènes, mettre en place une politique économique libérale afin d’exploiter nos avantages concurrentiels, pour réussir.
C’est la mise en place d’un cadre conducive to business ainsi que la présence des fondamentaux macroéconomiques positifs. Sans oublier l’élément de confiance, qui va conduire à créer de la richesse et faire avancer le pays économiquement parlant.
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