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25 idées et réflexions autour de la gravure

15 janvier 2006, 20:00

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L?atelier de gravure international a débuté le 9 janvier dans une ambiance qui promettait beaucoup. Il a donné naissance à une exposition qui a été lancée vendredi au Mahatma Gandhi Institute (MGI). Elle se tient durant toute cette semaine.

Mais rendons-nous d?abord dans les coulisses où pendant toute une semaine, 25 artistes ont cohabité pour capturer cette technique qu?ils maîtrisent déjà. Ateliers de travail dans lesquels les artistes ont décidé d?apprendre des autres. C?est en y assistant que nous sommes parvenus à décrypter le mouvement et les réflexions qui se cachent derrière les ?uvres créées.

L??uvre, aussi petite soit-elle, de Danielle Grosbusch, la Luxembourgeoise, est un appel au renouveau. Une technique particulière : la sérigraphie agrémentée de la gravure. Et une inspiration : la montagne du Corps-de-Garde. ?J?aime le style des vieux maîtres?, dira-t-elle en créant cette ?uvre.

Plus loin, l?artiste Thuraya Al Baqsami du Koweït, étale son talent. Elle laisse venir le flux dans ses doigts qui lui dictent qu?elle sera l??uvre qui naîtra en ce jour d?atelier de travail. ?Cette technique, explique-t-elle, je l?ai développé en travaillant avec des enfants handicapés. À l?intérieur de moi, il y a tellement d?images, tellement de choses qui me viennent. Il faut juste savoir les saisir à temps?.

Elle badigeonne de l?encre sur un feuillet transparent. La transperce ça et là d?un visage féminin et s?en est fait. Elle applique une page au-dessus de l??uvre. Puis applique la pression. L?imprimerie sera un reflet de son identité.

Rester fidèle à sa propre perception

Simples. Parfois loufoques. Parfois réalistes. Les 25 artistes étrangers et mauriciens ont baigné dans une atmosphère propice à la créativité. L?éveil s?est opéré comme un charme. Mais fait remarquable : chacun d?eux est resté fidèle à sa perception de la gravure.

Mais ce travail ne serait pas éblouissant sans la présence d?artistes mauriciens. Des êtres portant dans leur art, de la recherche, de l?attention, de la créativité et de l?authenticité. À l?instar de Gérard Foy, qui s?y est pris à la dernière minute tout comme Krishna Luchoomun pour nous créer une imprimerie sans pareil.

?Enn pwason ek enn bwat?. Gérard Foy nous demande de trouver ces éléments dans son ?uvre. Difficile déchiffrage. Ce poisson dont il parle, s?est incrusté dans le papier. Où se trouve la boîte ? Il faut l?imaginer. Elle se cache dans cette masse bleuâtre, marron et rouge qui en ressort. En un mot : création. À partir d?une boîte de conserve, il s?est permis de dérouler le métal afin d?y peindre au-dessus. Il l?affirme d?ailleurs : ?C?est le résultat qui donne l?idée. Je sais avec quelle matière je vais travailler mais je ne sais jamais ce qui va en sortir??

Comme une reproduction qui parle pour l?artiste. L?atelier démontre qu?il y a bien évolution en matière de réflexion. Neermala Luckeenarain, chargé de cours au MGI, nous émerveille avec son saisissant tableau démontrant des empreintes de pieds. Une démarche fort louable pour se mettre en quête de son identité. Ou encore la photogravure de Krishna Luchoomun, qui s?est laissé porté par cette influence, celle des icônes dont il a changé quelques éléments. Magnifique gravure.

Rishi Jogoo fait aussi forte impression. Avec un thème Dance, où il fait naître une gravure semi-figurative. Dans des tons de rouge intense et de vert contrastant. Le peintre laisse fuser ses sens sur ce papier qui semble si frêle sous cette épaisse couche d?encre. Car la gravure, qu?elle soit de la sérigraphie, photogravure, lithographie ou autre, elle se façonne toujours à travers de l?encre.

Cette exposition est un appel à l?identité. Et s?étale sur une semaine. Elle démontre en un éclat, l?intensité et la ferveur qui ont animé ces 25 artistes. Jour et nuit, ils ont créé, prouvé et affirmé un fait. Tant qu?il y aura des événements comme cela, l?art tiendra le flambeau.

DEVOIR ARTISTIQUE

L?art interdit des femmes arabes?

■ Elle vient d?un pays où la société est régie par une longue série de règles. Thuraya Al Baqsami donnait, mardi 10 janvier, un séminaire sur les Trois tabous dans l?art des femmes arabes.

Observez ses travaux. Ce sont toujours les silhouettes féminines qui reviennent, masquées par le voile porté par les femmes musulmanes. Ce tchador qui couvre les lèvres. Mais ce séminaire a tourné en un réel témoignage d?une femme qui n?a d?autre choix que d?obtempérer.

Les artistes arabes n?ont pas le droit de reproduire dans leurs ?uvres, des scènes englobant le sexe, la religion ou la politique. Comme le dit Thuraya Al Baqsami, un grand nombre d?entre elles a émigré. Quittant leur pays afin de pouvoir s?exprimer ailleurs. Préférant une liberté d?expression qui leur était défendue.

Pour celles qui ont choisi de demeurer dans ce pays, tous les moyens sont bons pour masquer des éléments touchant de près à ces tabous. Les ?uvres, se tiennent, muettes. Montrant de façon abstraite, une réflexion ayant trait aux tabous. Ce qui explique que l?art de ces femmes arabes émerge vers un mouvement très simplifié. Limpide non. Mais profond de par leurs significations. Thuraya Al Baqsami attache une définition à ce genre de mouvement : le pouvoir du symbolisme.

Elle en a profité pour mettre la lumière sur le cas de cette artiste égyptienne, Inji Iflaton, qui a été emprisonnée pour avoir exprimé ses opinions politiques ouvertement. Thuraya Al Baqsami a aussi peint de façon abstraite pour montrer tout son désarroi quant à la souffrance, la torture et l?emprisonnement de ces confrères du Koweït. Mais ces tabous, ce sont des réalités. La guerre tue toujours. Les préjugés aussi. Ce que souhaite l?artiste, c?est que les femmes arabes puissent tout effacer et prétendre être enfin libres.

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