Publicité
Cinq raisons qui rendent la Coupe du monde différente
Par
Partager cet article
Cinq raisons qui rendent la Coupe du monde différente
1. Un jeu plus défensif
Lors des deux dernières Coupes du monde, la moyenne de buts par match s'est élevée à seulement 2,3 en moyenne. C'est environ 0,5 but de moins que la moyenne des quatre plus grands championnats européens (Allemagne, Angleterre, Espagne, Italie).
En fait, la Coupe du monde provoque habituellement plus de morts qu'on n'y voit de buts. Et ce même si le tournoi accueille invariablement des équipes –comme l'Arabie Saoudite 2002 ou le Togo 2006– qui ne sont pas à leur place et font figure de victimes expiatoires.
La Coupe du monde est tout simplement un tournoi très défensif. Les équipes les moins fortes tendent à se masser devant leur but afin d'éviter l'humiliation. C'est pourquoi il peut s'avérer intelligent de n'allumer sa télévision qu'une fois le premier tour fini.
2. Un grand joueur pourra décider du sort de la compétition
Il faut un génie pour déverrouiller des défenses si cadenassées. Diego Maradona a gagné la Coupe du monde pour l'Argentine presque à lui tout seul en 1986, de même que Zinédine Zidane a porté la France jusqu'en finale en 2006. À cette altitude, l'impact des superstars est encore plus important que dans les championnats.
Lionel Messi pour l'Argentine, Neymar pour le Brésil et Cristiano Ronaldo pour le Portugal auront moins d'automatismes avec leurs coéquipiers lors de la Coupe du monde que dans leurs clubs. Cela rend leur rôle individuel plus important.
3. Les systèmes seront plus simples
Lors de la Coupe du monde, un sélectionneur a beaucoup moins de temps pour exercer ses joueurs dans un système tactique qu'un entraîneur de club. Cela signifie qu'il ne peut pas rechercher la complexité –sauf si, comme le sélectionneur espagnol Vicente del Bosque, des joueurs d'un même club (dans le cas présent, Barcelone), qui jouent déjà ensemble dans le même système, se taillent la part du lion de sa sélection.
La plupart des coachs opteront pour la simplicité. Le sélectionneur des Pays-Bas, Louis Van Gaal, a récemment expliqué qu'il n'aurait l'ensemble de ses joueurs à disposition que pendant une semaine avant le départ pour le Brésil et que, pour cette raison, il devrait les faire jouer avec un milieu axial défensif plutôt qu'offensif. «Je n'ai juste pas le temps de les intégrer dans le vieux système Ajax, un 3-4-3 avec un vrai numéro 10», a-t-il dit. «On ne peut pas faire ça en une semaine. Ce style de jeu est juste trop compliqué, l'équilibre entre les différentes positions trop précis.»
4. Les adversaires seront étudiés au microscope
Les sélectionneurs ont peu de temps pour faire travailler un système à leurs joueurs, mais beaucoup pour étudier leurs adversaires.
Il suffit d'imaginer la vie quotidienne d'un coach qualifié pour la Coupe du monde. Depuis le tirage au sort de décembre 2013, lui et ses analystes de données (une confrérie en vogue dans le football) ont eu six mois pour identifier les plus microscopiques faiblesses de leurs adversaires du premier tour. Les entraîneurs de clubs peuvent aussi étudier leurs adversaires, mais de manière plus précipitée: dans une saison à 60 matchs, les messages qu'ils peuvent faire passer sur ceux-ci à leurs joueurs sont plus réduits.
Cela fait du football de sélections l'équivalent d'une partie d'échecs. Avant le Pays-Bas-Allemagne de l'Euro 2012, des analystes de données allemands ont mouliné des chiffres sur leurs adversaires et ont noté un point clef: les défenseurs néerlandais étaient souvent trop éloignés les uns des autres.
5. Les joueurs lutteront contre la fatigue
Les internationaux de l'épuisant championnat anglais, notamment, vont arriver à la Coupe du monde éreintés par leur saison en club (vous vous rappelez comment des piliers de la Premier League comme Wayne Rooney, Robin Van Persie et Fernando Torres ont fait flop en 2010?). Les équipes qui atteindront la finale devront jouer sept matches en à peine plus d'un mois.
Cela signifie qu'il est presque impossible, pour n'importe quel participant, de jouer sur le même tempo qu'un club dominateur comme le Bayern Munich, où il est pratiquement obligatoire pour un joueur de sprinter dès qu'il passe le ballon. Le climat brésilien –spécialement dans les villes du nord et aussi à Manaús, dans l'Amazonie– va aussi user les joueurs. Ce n'est pas un hasard si le football brésilien traditionnel se joue sur un tempo saccadé: si vous tentez de courir à cent à l'heure par ce climat, vous finirez à l'hôpital.
Une équipe peut affronter ce défi de l'épuisement de deux façons. Elle peut s'efforcer d'être scientifiquement pionnière en terme de préparation physique, comme l'a fait Jürgen Klinsmann avec l'Allemagne en 2006 (et comme pourrait le faire sa sélection américaine cette année). Ou elle peut prendre son temps, ralentir le jeu et accélérer quand cela devient nécessaire.
Les Italiens excellent dans ce domaine, ce qui leur permet de frapper dans les dernières minutes quand l'autre équipe décline. Les sélections qui tenteront de jouer à fond dès le coup d'envoi, comme l'Angleterre le fait traditionnellement, risquent elles de connaître une panne de batterie.
Simon Kuper - Slate.fr
Publicité
Publicité
Les plus récents