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1954 part? d?un bon pied !

18 juillet 2004, 20:00

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La première usine de chaussures en toile

Le jeudi 8 juillet 1954, le Hwa Keong Rubber Manufacturing Co. Ltd inaugure sa manufacture de chaussures en toile. Située à la rue Réserve, Cassis, la nouvelle usine emploie 300 personnes. Elle peut produire 3 000 paires de chaussures par jour. L?administrateur en est M. Eting Tien et le directeur M. Edouard Yee Cheong, un autre industriel connu pour sa fabrique de meubles en rotin.

Accueillant ses invités venus participer à l?inauguration de la nouvelle usine, M. Eting Tien rappelle que le nouveau gouverneur, Sir Robert Scott, ne cesse, depuis son arrivée, de souligner la nécessité de développer des industries secondaires à Maurice. Il espère que son entreprise constitue un pas dans l?accomplissement de ce souhait. Les difficultés ne manquent pourtant pas dans la mise sur pied de cette fabrique de chaussures. Ses directeurs comptent sur le soutien des autorités pour leur faciliter la tâche et les soutenir dans leur entreprise. Il compte aussi sur la collaboration intelligente de ses ouvriers et ouvrières, des Mauriciens pour la plupart. Les promoteurs ont beaucoup investi et pas seulement en termes financiers. Ils n?ont qu?un désir : que le public mauricien leur fasse confiance ainsi qu?à leurs produits.

Les invités présents procèdent ensuite à la visite de la manufacture. Parmi eux, on relève la présence de Sir Robert et de Lady Scott, du maire de Port-Louis et de Mme Victor Ducasse, du consul de France, M. Calabrèse, du commissaire de l?Inde et de Mlle Sahay, du procureur général, M. Roger Espitalier-Noël, du commissaire du Travail, M. James Sterling, de l?aide de camp du gouverneur, le capitaine Hewitt, de MM. G. Bond, René Maigrot, Raymond Hein, Claude Noël, F. Audibert, René Humbert, R. Rama, Ebrahim Dawood, Jean Ah-Chuen, Chan Yu Tin, Kathrada, Derek Taylor, Jacques Ribet, André Dupavillon.

Chaussez du ?Made in Mauritius?

Sir Robert Scott rappelle que Maurice importe un nombre considérable de chaussures en toile et que c?est une bonne chose que celles-ci puissent être fabriquées sur place.

Les invités reçoivent les explications voulues sur les équipements et matériaux utilisés ainsi que sur les procédés de fabrication. Le caoutchouc vierge est importé de Malaisie. Il est préparé dans une machine à cylindres de cinq tonnes. Le four-vulcanisateur traite une centaine de paires de chaussures à la fois. La manufacture dispose d?une collection de 50 modèles différents. Les échantillons disponibles suscitent l?appréciation des invités. Ils soutiennent la comparaison avec les chaussures en toile importées.

Un malade mental au volant d?une voiture

Notons que quelques jours avant l?inauguration de la manufacture, M. Yee Cheong a vécu un incident peu ordinaire. Il se dirigeait vers la rue Magon quand sa voiture fut heurtée au carrefour des rues Royale et Corderie par un véhicule venant en sens inverse (le trafic sur la rue Royale à Port-Louis se faisait alors dans les deux sens). Le véhicule, venant en direction opposé, zigzaguait dangereusement. M. Yee Cheong eut beau garé son véhicule autant que possible à gauche de la Chaussée, il ne put éviter la collision. Interrogé après l?impact, l?autre conducteur ne put fournir le moindre renseignement. Il paraissait hagard et divaguait. Il fut alors conduit à la police de Fanfaron et de là à l?hôpital des maladies mentales.

Un prêt de Rs 3,5 m. à la Colonial Steamship

Les choses se précisent également au nouveau de la liaison interîles et du cabotage dans l?océan Indien. Le mardi 6 juillet 1954, le Conseil législatif approuve une demande de prêt de la Colonial Steamship au gouvernement central. L?emprunt s?élève à Rs 3,5 millions. Il servira à l?acquisition d?un navire moderne pour assurer la liaison Maurice-Rodrigues. Il s?agit du futur ?Mauritius? qui restera en service jusqu?aux années 1990. Le 15 mars 1980, le gouvernement prendra livraison d?un Roll-on/Roll-off destiné à remplacer le ?Mauritius I?. Son premier voyage (en Afrique du Sud) sera fatal au ?Mauritius II?. Il coulera à la mi-avril suivant au large de Durban. Fort heureusement son équipage sera recueilli par le pétrolier ?Al Faradhi? et pourra rentrer sain et sauf par avion à Maurice le 20 avril 1980.

Il fallut alors repartir à zéro et en attendant le ?Mauritius I? continua à assurer le service. Les appels d?offres en vue de l?acquisition du ?Mauritius III? seront lancés à la fin de juillet 1985. Ce navire sera construit en Chine, grâce à un accord de financement avec le gouvernement chinois. Il sera baptisé ?Mauritius Pride? et deviendra opérationnel au début des années 1990. Le ?Mauritius I? sera alors vendu, après plus de 35 ans de bons et loyaux services.

Projet d?achat du ?Irish Willow?

Mais nous n?en sommes pas encore là puisqu?en juillet 1954 il est seulement question des débats au Conseil législatif précédant l?approbation du prêt de Rs 3,5 millions à accorder à la Colonial Steamship. Ce prêt a pour but de pourvoir au remplacement du ?Floréal?. Au départ, il est question d?acheter le ?Irish Willow?, un navire de 2 000 tonnes, alors affrété par une compagnie maritime. Ce navire a été construit en 1948 dans un chantier naval de la Tyne, un fleuve de 128 kilomètres de long, dans le nord de l?Angleterre et traversant entre autres la ville de Newcastle. Le coût de construction du ?Irish Willow? fut de £ 192 000 en 1948. En 1954, il valait Rs 2,5 millions. Un navire moderne d?un tonnage identique coûterait Rs 3 millions. Les propriétaires du ?Irish Willow? ne veulent pas le vendre pour moins de £ 145 000 et la Colonial Steamship leur a fait une offre de seulement £ 115 000. Des Indiens sont également intéressés à acheter ce navire.

Le secrétaire financier, M. Hinchey explique qu?il est important que la Colonial Steamship puisse disposer de la somme voulue pour faire rapidement une soumission acceptable si une offre intéressante s?offre à elle. Cette compagnie a besoin d?une somme minimale de Rs 2,5 millions pour l?achat d?un navire et le modifier pour qu?il puisse transporter passagers et marchandises. Elle n?a pas pour l?instant les moyens d?investir même partiellement à l?acquisition d?un navire moderne ou d?occasion.

Le mauvais souvenir du Secunder et du Silverlord

Le Dr Edgar Millien s?insurge contre ce projet de prêt dans lequel le gouvernement est le seul à supporter tous les risques. La Colonial Steamship n?aura qu?à rembourser le prêt si l?exploitation du navire acheté aux frais de l?Etat laisse des profits.

M. Venkatasamy partage cet avis. Il rappelle les mauvais résultats du ?Secunder?. Le gouvernement ne fut pas plus heureux avec le navire frigorifique de pêche ?Silverlord?. Ce navire connut tant de déboires que le public finit par le surnommer le ?Silverloss?. Il ne comprend pas comment le gouvernement peut investir Rs 3,5 m. dans une entreprise aussi hasardeuse. Il reconnaît qu?il faut assurer la liaison Maurice-Rodrigues. Cela a été fait dans le passé par les navires de la K.P.M. (une compagnie maritime néerlandaise). On pourrait lui demander de rendre à nouveau ce service qui serait alors subventionné.

Seewoosagur Ramgoolam est d?avis qu?il ne faut pas condamner à l?avance un projet certes hasardeux mais indispensable. Le gouvernement a le devoir d?approvisionner la population rodriguaise et d?assurer une liaison maritime régulière entre Port-Louis et les îles lointaines du territoire mauricien. Les subsides à accorder à une compagnie étrangère coûteront au moins Rs 400 000 par an.

André Nairac est du même avis. Il émet des doutes que la K.P.M. ou même une autre compagnie maritime consente à assurer un tel service à la place des autorités mauriciennes. Ramgoolam précise alors que la K.P.M. a déjà fait savoir qu?elle n?était pas intéressée à assumer une telle responsabilité. Le ?Floréal? sera bientôt hors d?état de naviguer, à moins de subir des réparations onéreuses et sans garanties. Il faut prendre une décision car la liaison maritime Maurice/Rodrigues et îles lointaines doit être assurée quels qu?en soient le coût et l?incertitude pour le gouvernement de rentrer dans ses fonds.

Des escales de six jours à Port Mathurin

MM. Osman et Razack Mohamed s?insurgent contre ce ?worst business?. Comment une compagnie peut-elle faire une acquisition sans investir un sou? M. Mohamed rappelle que le ?Secunder? appartenait à son grand-père et que le gouvernement mauricien acheta ce navire, âgé alors de 40 ans.

M. André Raffray rappelle que le ?Floréal? a eu à faire une escale de six jours à Port Mathurin en raison du manque d?équipements portuaires. Aucune compagnie maritime au monde ne peut se résoudre à de si longues escales. La ?Colonial Steampship? emploie des Mauriciens. L?argent qu?elle dépensera ne quittera donc pas Maurice. Ce qui ne sera pas le cas si l?on doit recourir aux services d?une compagnie étrangère.

Lenteur excessive du Floréal

Renganaden Seeneevassen rappelle que la ?Colonial Steamship? est la seule compagnie à avoir accepté de se charger de la liaison Port-Louis/Port-Mathurin. Il en va de l?approvisionnement régulier de 18 000 Rodriguais. Le ?Floréal? est excessivement lent. Le voyage retour peut durer jusqu?à quatre jours et pendant ce temps il est difficile de nourrir le bétail à bord. Le pourcentage des pertes est alors très élevé. Le recours à la compagnie K.P.M. n?est pas raisonnable, d?une part, parce que cette compagnie n?est pas intéressée et, d?autre part, ses navires sont trop grands pour pouvoir mouiller au large de Rodrigues. Il n?y a pas d?alternative et le public doit en savoir gré à la ?Colonial Steamship? de bien vouloir accepter cette responsabilité. Il rappelle que deux représentants du gouvernement siégeront au conseil de direction de la ?Colonial Steamship? et pourront, de ce fait, défendre les intérêts de l?Etat.

Le secrétaire financier Hinchey résume les débats. Il précise que si la ?Colonial Steamship? ne met pas un sou dans l?achat d?un nouveau navire c?est parce qu?elle ne peut le faire, ayant essuyé des pertes répétées en continuant d?assurer à perte la liaison maritime Maurice/Rodrigues avec le ?Floréal?. La motion est mise aux voix et elle est acceptée par 19 voix contre 4 (Millien, Mohamed, Bissoondoyal et Venkatasamy) et 5 abstentions (Chaperon, Taylor, Forget, Beejadhur et Osman).

Terminons cette chronique par un dernier rappel de l?actualité maritime d?il y a un demi-siècle. Le ?Silverlord?, le bateau de pêche de la ?Indian Ocean Trading Co.?, est enfin vendu à une compagnie britannique. Un bel éléphant blanc qui disparaît alors de l?horizon mauricien.

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