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“Réussir ou Mourir”

28 avril 2006, 00:00

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L’histoire est librement adaptée de la biographie officielle de Curtis “50 Cents” Jackson, ancien gangster et trafiquant devenu une star du gangsta rap. Autrement dit, l’histoire d’un laissé-pour-compte du rêve américain, adulé des foules pour avoir réussi “son” rêve américain, cela en faisant d’autres laissés-pour-compte du rêve américain.

D’autres films faisant l’apologie du Ku Klux Klan ou du régime nazi ayant été acclamés comme des chefs-d’œuvre, on peut bien trouver quelque mérite à celui-ci, cautionnant ce que dans d’autres milieux on appellerait “l’esprit d’entreprise”.

On pourra s’interroger sur les raisons pour lesquelles Jim Sheridan s’est laissé entraîner dans ce projet de film. Le fait demeure que ce réalisateur irlandais connaît suffisamment New York pour nous en livrer sa vision. On sait la ville dangereuse, le cinéaste nous montre ses coins les plus sordides. Sans en faire grand état, ses images sont autant de commentaires discrets lâchés au détour d’une scène.

On appréciera par exemple l’état de délabrement des immeubles, l’absence de chauffage dans les appartements en plein hiver, ou encore le simple fait qu’on ne voit pratiquement pas de policiers patrouillant ces quartiers, mais qu’on y voit des gamins vendant de la drogue en pleine journée sur une axe principale.

Sur ce dernier point, les liens familiaux ont toujours été au cœur des films de Jim Sheridan (My Left Foot, Au Nom du Père, In America). Le cinéaste nous montre cette fois le démantèlement de ces mêmes liens familiaux : parents absents ou morts, enfants livrés à eux-mêmes et courage des grands-parents qui sont, malgré tout, impuissants. Ce dernier aspect du récit, bien que de moindre importance, est, quoi qu’on en dise, plus convaincant et plus marquant que la quête du père du héros, censée être un des aspects centraux.

Un autre aspect tout aussi central de Réussir ou Mourir est, bien entendu, le fait que Curtis “50 Cents” Jackson, interprète lui-même un jeune gangster et trafiquant pour nous raconter son passé de criminel avant qu’il ne devienne un rappeur. Probablement parce que le projet du film a été initié par 50 Cents lui-même et qu’il connaît par conséquent à fond son (propre) personnage, le rappeur s’avère des plus convaincants.

Tout aussi convaincants, Adewale Akinnuoye-Agbaje dans le rôle de Majestic, un des lieutenants du parrain et Bill Duke en grand parrain calqué sur Marlon Brando. On aimerait pouvoir en dire autant pour le reste de la distribution, notamment Joy Bryant interprétant la compagne du héros. Ce n’est pas qu’ils soient dépourvus de talent, c’est juste que le scénario ne leur fournit pas l’occasion de faire leurs preuves.

On appréciera également l’aspect documentaire du film : le fonctionnement des gangs, la drogue, les règlements de comptes entre gangs, l’usage réel de certaines chansons, etc. L’idée de faire trembler le générique avec la basse était certainement une trouvaille et on peut se réjouir du fait que le rap ne soit pas trop envahissant dans la bande originale. Tout cela a certainement un côté pittoresque, mais inquiétant aussi, à plus d’un titre, pour ce qui est de l’aspect fédérateur de ce genre de culture.

Filmé de manière réaliste, Réussir ou Mourir est un film agité, avec certaines séquences chargées de tension et d’autres qui sont très violentes, sans compter les thèmes classiques de la vengeance et de lutte pour le pouvoir. Ce qui aurait donné un bon film de gangster, s’il n’y avait pas eu ce dénouement hypocritement moralisateur. Car en fin de compte, pour un exclus qui s’en sort grâce au rap, combien restent sur le carreau (à cause du rap) ?

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