Publicité
“Le tourisme et le BPO promettent beaucoup sur le moyen terme”
Par
Partager cet article
“Le tourisme et le BPO promettent beaucoup sur le moyen terme”
● <B>Peut-on parler de reprise durable sur la base des derniers chiffres de la comptabilité nationale publiés par le Bureau central des statistiques ?</B>
Effectivement, on peut parler de reprise de relance plus durable dans la mesure où cette reprise va être basée sur une croissance très prometteuse de l’industrie touristique. Il y a eu malheureusement cette année-ci le problème du chikungunya. Toutefois, nous sommes en droit d’attendre une belle performance du secteur touristique dans les années à venir.
Les conditions sont réunies pour favoriser la croissance dans ce secteur. Les décisions prises au niveau de l’accès aérien ont donné des résultats positifs. L’ouverture graduelle du ciel aux nouveaux transporteurs ouvre de nouvelles opportunités pour le tourisme.
Cela devra toutefois être accompagné par l’augmentation de la capacité de l’hébergement si l’on veut assurer une croissance plus durable. Il faut favoriser d’autres projets hôteliers. Il ne sert à rien d’avoir une plus grande capacité aérienne si les touristes ne trouvent pas des chambres d’hôtel pour passer leurs vacances chez nous.
Je constate que le pays fait beaucoup de progrès dans le business process outsourcing (BPO) également. On a pris du temps avant de décoller. Nous avons perdu entre cinq à six ans en raison des difficultés de départ. Nous avons graduellement appris le business. Maintenant, le secteur commence à décoller. Il y a eu beaucoup de réalisations positives dans cette activité ces derniers temps. Le tourisme et le BPO promettent beaucoup sur le moyen terme qui, à mon avis, seront les drivers de l’économie.
<I>“Sur le plan de l’emploi, au risque de généraliser quelque peu, le secteur privé dans son ensemble n’a pas été très transparent et démocratique au niveau des recrutements et des promotions.”</I>
● Quels sont les signes de cette montée en puissance du BPO dans l’économie ?</B>
Il y a effectivement beaucoup de signaux concrets que nous constatons, d’ailleurs, chez nous, chez Cim Financial Group. C’est assez normal que Maurice ait pris un peu de temps avant de se faire connaître sur la carte mondiale du BPO. Avant qu’un client vous accorde un contrat de sous-traitance, il a besoin de voir vos références. Or, il fallait créer ce track record.
Nous constatons aujourd’hui que les sociétés de BPO se développent et recrutent beaucoup de gens. Auparavant, le secteur comprenait principalement des centres d’appel. Aujourd’hui, ce segment ne représente pas plus de 50 % de l’industrie, et probablement bien moins. En fait le PBO est vaste. Il existe des créneaux très divers allant du simple data processing jusqu’au high added value, utilisant des professionnels dans beaucoup de domaines.
Mais le BPO fait face à deux problèmes majeurs. Le manque de formation et le phénomène de débauchage du personnel risquent fort de nuire à la croissance promise de cette activité.
● <B>Le gouvernement a mis en place un vaste programme pour restructurer l’économie. Les réformes sont-elles suffisamment audacieuses pour atteindre les objectifs fixés ? </B>
Le dernier budget est celui qui m’a le plus marqué depuis que je suis la présentation des budgets. Je fais une exception sur celui présenté par l’ancien ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, il y a vingt temps lorsqu’il avait baissé de moitié la taxe directe.
Le budget de cette année-ci remet en question plusieurs vaches sacrées. C’est vrai, toutefois, qu’il y a eu une mauvaise communication autour des mesures budgétaires et que le budget lui-même a été mal vendu à la population par le gouvernement.
Mais dans l’ensemble, il y a des messages très clairs pour favoriser la reprise économique. Un taux de taxe à 15 % et des mesures pour faciliter le business sont au fait des signaux positifs très forts qu’on envoie aux investisseurs.
Le Board of Investment (BOI) a été un échec depuis sa création en raison de la lourdeur bureaucratique à laquelle les opérateurs étaient confrontés avant de lancer et développer des activités. Avec un taux d’impôt de 15 % et les mesures au niveau de la facilitation du business, je suis optimiste que nous allons pouvoir renverser la vapeur. D’ici un an, on fera, j’en suis convaincu, un bilan très positif en termes de nouvelles sociétés créées. J’étais très pessimiste pour l’économie il y a quelques années surtout avec la fin de l’Accord multifibre et le démantèlement annoncé du régime sucrier. J’affiche aujourd’hui un optimisme prudent par rapport à l’évolution de l’économie.
● <B>Quelles sont les principales conditions à réunir pour réussir ces réformes ? </B>
Il faut avant tout s’assurer de la solidarité ministérielle. La situation actuelle est tellement dure qu’il est impératif que tous les ministres accordent leur soutien au Premier ministre et au ministre des Finances.
Le ministre des Finances n’est pas gâté par la conjoncture internationale. Vu que l’Inde et la Chine affichent des taux de croissance de 8 à 10 pour cent et que ces pays pourraient continuer à réaliser ces taux pendant de nombreuses années encore, la pression sur les prix des matières premières sur le marché international est en hausse constante. Il n’a aucun contrôle sur ces éléments. C’est pour cela qu’il est important d’avoir la solidarité ministérielle.
● <B>Quelles sont les perspectives d’une transformation qualitative de la croissance vers une économie basée sur les services à valeur ajoutée?</B>
À part les deux secteurs mentionnés plus haut, il existe toujours un potentiel important dans le secteur offshore. On n’a jamais suffisamment reconnu l’importance de ce secteur et on ne lui a pas accordé la place qu’il mérite au sein de notre économie. L’offshore emploie plusieurs milliers de personnes directement et indirectement. La valeur ajoutée à l’économie se chiffre à environ Rs 10 milliards lorsqu’on tient compte des revenus générés par les sociétés de gestion, les opérations offshore des banques et par les cabinets de comptables et d’avocats qui opèrent dans cette activité.
C’est un gros business. L’offshore est déjà un des piliers de l’économie. Mais c’est un secteur qui est encore fragile. Il y a beaucoup d’opportunités au niveau de l’administration des fonds. On peut aussi administrer des fonds qui sont basés ailleurs.
Au niveau du BPO, il est crucial d’avoir un cadre légal et des instances appropriées pour la protection de données. Le Data Protection Act a déjà été voté, mais il n’est pas encore opérationnel. Lorsque nous approchons les clients européens, par exemple, ils exigent certaines garanties par rapport à la sécurité de données. Nous ne pourrons pas réaliser le potentiel réel de l’offshore et du BPO si nous n’avons pas l’encadrement juridique et institutionnel nécessaire.
● <B>Il y a également la reconfiguration de certaines industries telles que le tourisme. Quelles sont les chances de réussite dans ces créneaux ?</B>
On a évoqué le tourisme médical dans le cadre de la reconfiguration de l’industrie du tourisme. L’activité démarre timidement. L’infrastructure n’existe pas encore. L’Inde connaît un énorme succès dans ce domaine car elle possède de grandes compétences dans la médecine de pointe. Il nous faut accueillir des projets de cliniques privées pour se faire un nom dans ce domaine.
Nous avons fait quelques pas dans la bonne direction en ce qui concerne le shopping tourism. L’incident autour de la marque Ralph Lauren a démontré qu’il y a un potentiel à exploiter.
Il y a également quelques projets d’éco-tourisme. Le tourisme en provenance du Golfe connaît un certain succès. Il faudra un parcours professionnel dans le nord du pays. Il y a, d’autre part, des opportunités dans le secteur d’éducation tertiaire. Singapour est devenu un centre d’éducation d’excellence car il a pu attirer de grandes universités de renom.
● <B>Maurice pourra-t-elle réussir dans sa tentative de devenir un centre d’affaires régional ?</B>
Beaucoup va dépendre de l’accès aérien et des fréquences de vols. Nous avons un retard par rapport à Nairobi dans ce domaine, bien que nous offrons une meilleure qualité de vie aux investisseurs. La venue de nouveaux transporteurs comme Comair pourra aider à améliorer notre accès à l’Afrique.
Nous devons aussi pouvoir fournir une main-d’œuvre de qualité et compétitive. Les entreprises étrangères ont des difficultés à recruter des professionnels ici. Il nous faudra résoudre au plus vite le problème de la formation.
Par exemple, si nous voulons monter en gamme dans le BPO, il nous faudra former plus de gens à tous les niveaux de cette activité.
Mais l’attrait de Maurice par rapport à l’investissement dépend de la facilité avec laquelle les gens peuvent faire du business ici. Le nouveau cadre régulateur des affaires et le régime fiscal léger sont des arguments solides de vente pour promouvoir le pays auprès des investisseurs étrangers. Toutefois, il nous faut une solution urgente au problème de manque de personnel formé pour les différentes activités que l’on veut développer.
En même temps, il nous faudra encourager les professionnels étrangers à venir travailler à Maurice. Les pays comme Singapour et Hongkong accueillent à bras ouverts les cadres étrangers. Ici, les Mauriciens ont tendance à être un peu xénophobes. Ils pensent que les étrangers vont venir prendre leur travail. C’est là un faux problème.
● <B>Dans quelle mesure la démocratisation de l’économie aidera-t-elle à réussir sa transformation ?</B>
La démocratisation de l’économie est un sujet très sensible tant sur le plan politique que sur le plan ethnique. Il faut trouver un équilibre à ce débat. Dans le secteur touristique, par exemple, il y a eu des groupes qui ont pris un pari énorme pour développer le secteur, mais qui sont aujourd’hui ciblés quand l’on parle de démocratisation.
Le groupe Beachcomber a été le pionnier de ce secteur, et y a investi, même quand les autres n’y croyaient pas. Il a pris des risques énormes dans les années 70 et 80, et a même récupéré certains hôtels qui se trouvaient en difficulté, tels le Mariya et l’ancien Pullmann. Il a donc atteint une certaine taille, ce qui attire des critiques.
D’autre part, il a développé une expérience solide dans ce secteur au fil des années, et si le groupe peut réaliser un chiffre d’affaires dépassant les Rs 6 milliards, le pays est largement gagnant au niveau de la rentrée de devises ainsi que de la création d’emplois.
Il y a deux aspects à la question de la démocratisation de l’économie. Il y a la propriété et l’emploi.
Il faut accorder des chances à tout le monde, et élargir la richesse économique tout en respectant le droit à la propriété. Sur le plan de l’emploi, au risque de généraliser quelque peu, le secteur privé dans son ensemble n’a pas été très transparent et démocratique au niveau des recrutements et des promotions.
Je prévois des changements notables au niveau de la propriété des entreprises. Les gros groupes sont en train de revoir leur stratégie. De plus en plus, ils veulent se concentrer sur leur core business et essayent de sous-traiter les activités périphériques. Ce mouvement peut générer beaucoup de nouveaux marchés pour les petites et moyennes entreprises.
Je pense aussi que la venue d’entrepreneurs et d’investisseurs étrangers favorise considérablement la démocratisation aux deux niveaux.
Il y a beaucoup de changements qui s’opèrent aussi dans le monde des affaires à Maurice. Depuis quelques années, il y a plusieurs acquisitions et de changements de contrôle. Il y a même certains holdings familiaux qui se remettent en question. D’ici dix ans ans, le paysage des entreprises à Maurice aura connu de profondes mutations.
<I>Propos recueillis par</I> <B>Akilesh ROOPUN</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents