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“Le Secret de Brokeback Mountain”
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“Le Secret de Brokeback Mountain”
Sept nominations et trois Oscars, dont celui du Meilleur réalisateur, pour un film qui n’a pas hésité à briser quelques tabous et à montrer un autre visage du western, ce filon apparemment inépuisable du cinéma américain.
Le Secret de Brokeback Mountain est l’histoire d’un amour impossible entre deux cow-boys, s’étalant sur vingt années, que Ang Lee raconte le plus sobrement du monde, par touches délicates et sur un fond musical dont la sobriété lui a valu une nomination aux Oscars. Leur relation n’étant pas aux normes de leur société, Jack et Ennis ne peuvent la vivre pleinement et doivent s’aimer loin du regard et du contact des autres.
De plus, ils sont des cow-boys, donc des hommes rudes issus des classes ouvrières. Leur éducation est des plus basiques et leurs moyens d’expression sont des plus sommaires. Mais il y a cette envie ou ce besoin de l’autre – un sentiment presque palpable, que les deux cow-boys soient ensemble ou séparés, chacun avec l’épouse imposée par les conventions. Une des réussites majeures du film est la façon dont Ang Lee parvient à imprégner de ce sentiment presque toutes les scènes de son film.
On serait tenté de dire que le cinéma gay a fait du chemin depuis La Cage aux Folles, si ce n’était que le film d’Ang Lee relève d’un cinéma bien plus universel. À tel point que par moments, on se surprend à oublier qu’on assiste à une histoire d’amour entre deux cow-boys. On cède juste à l’émotion d’un mélodrame, tout simplement.
Les paysages dans ce film sont d’une splendeur majestueuse. Ils sont magnifiquement photographiés (images : Rodrigo Prieto) et auraient fait un superbe album d’images. Mais on peut aussi dire que leur austérité est très représentative des personnages et de leur solitude. À un certain moment, dans le film, Jack dit à Ennis : “Tout ce que nous avons accompli en ces vingt années, c’est ça !” Le “ça !” en question étant une magnifique vue d’une montagne enneigée reflétée dans les eaux claires d’un lac.
Brokeback Mountain est un film grand public (même s’il n’est pas un film grand public) destiné à nous prendre par la gorge, à travers une épopée romantique et tragique. Et, curieusement, s’il y réussit, c’est en gardant toujours une certaine distance vis-à-vis du sujet, qui ressemble à de la neutralité. Ainsi, le scénario évite tout pathos, la réalisation est rigoureuse et sobre de bout en bout et le jeu des acteurs est pour la plupart du temps en demi-teinte.
L’occasion pour Heath Ledger, dans son personnage taciturne et introverti, de nous faire de beaux numéros de douleur intérieure, de solitude et de tiraillements ; performance nominée pour un film oscarisé. De son côté, Jake Gyllenhaal dans son personnage exubérant nous fait quelques beaux numéros de déchirure intérieure et de frustration.
On devine chez ces deux acteurs, un véritable travail de fond pour épurer leurs personnages, tout comme chez les interprètes des seconds rôles (Michelle Williams interprétant Alma, la femme d’Ennis et Anna Hathaway dans le rôle de Lureen, la femme de Jack, entre autres). Seconds rôles, personnages de deuxième plan, mais néanmoins assez émouvants pour emporter notre adhésion et assez intéressants pour nous faire regretter de ne pas les voir plus longtemps sur l’écran. Ce qui d’un autre côté, aurait dispersé le film ; certains choix sont difficiles.
Les histoires d’amour illégitimes ont alimenté le cinéma depuis la nuit des temps, Brokeback Mountain nous laisse avec la certitude que tous les amours sont légitimes.
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