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“Le CEB et le public ne doivent pas subventionner les producteurs privés”
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“Le CEB et le public ne doivent pas subventionner les producteurs privés”
● <B>Quels sont les grands axes du plan de redressement financier du CEB ?</B>
Lorsque j’ai assumé la présidence du CEB l’année dernière, celui-ci n’avait pas une stratégie à long terme et était géré au petit bonheur. J’ai immédiatement suggéré la mise en place d’un plan de redressement axé sur le long terme, le moyen terme et le court terme.
Notre objectif pour le long terme est de réduire notre dépendance sur les produits pétroliers. Nous allons de l’avant avec la construction d’une station de production d’énergie à base de charbon à Pointe-aux-Caves. Nous suivons de près d’autres initiatives de production d’énergie à partir de sources renouvelables telles que l’éolienne et les déchets.
Dans le court et moyen termes, nous essayons de réduire au maximum les gaspillages dont le CEB a été victime pendant de nombreuses années. Nous avons aussi pris une décision concernant les heures supplémentaires, item qui nous coûte dans les Rs 100 millions chaque année.
Le CEB a émis avec succès des obligations afin de lever des capitaux dans des conditions extrêmement intéressantes. La direction a aussi gelé certaines dépenses superflues, dont la construction d’un nouveau quartier général à Ebène.
● <B>Cela devrait provoquer des grincements de dents chez beaucoup d’employés …</B>
Les réformes se font généralement dans la douleur. Il y aura tout le temps des têtes brûlées qui viendront alimenter les craintes autour des changements. Les réformes que nous sommes en train d’introduire sont dans l’intérêt des employés, du CEB et du pays en général. Ils se font dans la transparence. Rien n’est fait en catimini.
D’ailleurs, le conseil d’administration et le management de l’organisme ont accepté, au mois de février, d’accorder une hausse salariale de 15 % aux employés. Nous avons aussi revu les conditions de travail de notre personnel. Personne ne peut nous accuser de mauvaise foi sur ce chapitre.
Nous entretenons de bons rapports avec les trois syndicats du CEB. Malheureusement, il y a quelques irresponsables qui sont en train de s’opposer aux changements et à la discipline. En tant que président d’un organisme qui offre un service essentiel à la population, je ne peux tolérer ce type de comportement.
Nous avons agi sur les heures supplémentaires parce que nous avons constaté beaucoup d’abus. Il y avait des employés qui jouaient aux cartes ou qui faisaient la sieste pendant les heures supplémentaires pour lesquelles ils sont payés. Il faut que les overtime soient justifiés.
Certaines personnes, qui plus est, n’ont trouvé d’autres moyens que de saccager les machines qui contrôlent les heures supplémentaires. L’affaire a été référée à la police. La réforme est en cours. L’intérêt du CEB et des consommateurs doit primer.
● <B>Où en êtes-vous avec l’affaire des fausses factures du CEB ?</B>
Nous sommes un Etat de droit. Ceux qui ont commis des délits doivent payer pour leurs méfaits. Dans ce cas précis, il y a eu des personnes qui ont triché sur les factures afin de faciliter l’admission de leur progéniture dans certaines écoles. Ce sont des gens qui ont les moyens d’acheter des factures à Rs 8 000 dans le but d’obtenir un avantage par rapport aux autres familles qui n’en ont pas. Si l’enquête de la police établit qu’il y a eu la complicité des employés du CEB, ces derniers devront assumer les conséquences de leurs actes.
● <B>En dénonçant les abus et les gaspillages au CEB, n’êtes-vous pas en train de jeter le blâme sur le management de l’organisme?</B>
Le CEB avait besoin d’une personne très ferme à sa tête. Le management est là pour mettre en pratique ce que le Conseil d’adminis- tration a décidé. Le Conseil définit les grandes lignes de l’action de l’entreprise en question.
Il est essentiel que le président soit quelqu’un qui agit avec fermeté et qui bénéficie du soutien nécessaire du gouvernement. Cela a manqué dans le passé. Le CEB a aujourd’hui quelqu’un d’intransigeant à sa tête. Je suis confiant que cette politique de fermeté va être payante. Le public et le gouvernement sont les seuls juges de notre action.
● <B>Le CEB avait rehaussé ses tarifs au début de l’année. Quelles sont les retombées de cette mesure ?</B>
Cette augmentation de tarifs nous permet de souffler un peu dans le court terme. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Déjà, aujourd’hui (NdlR : vendredi), le prix du baril du pétrole est passé à $78. Le CEB achète de l’huile lourde à travers la State Trading Corporation (STC). Nous avions songé, à un moment donné, en importer directement de l’étranger. Mais puisque le gouvernement a obtenu un arrangement intéressant avec l’Inde, nous avons revu nos plans. Nous sommes satisfaits de cet accord d’approvisionnement. Nos spécifications sont respectées. Nous avons les garanties auprès de la STC que nous allons recevoir les produits à temps.
● <B>Vous êtes en faveur d’une révision de l’accord avec les producteurs d’énergie indépendants. Quel en est le motif ?</B>
Quand je compare le prix auquel nous achetons l’électricité avec les independent power producers (IPP) et le coût auquel le CEB produit de l’énergie, je me permets de poser certaines questions. Je ne suis pas satisfait de certains contrats que le CEB a signés avec les IPP dans le temps.
Le contenu de ces contrats est en déphasage avec la réalité. Certains producteurs indépendants avancent l’argument selon lequel leurs banques résisteront aux changements dans les accords. Or, j’ai moi-même évoqué la question avec des banques qui ont participé au financement des projets de production d’énergie. Elles disent qu’elles n’ont aucun problème par rapport au fait que les contrats soient renégociés.
Certains producteurs privés ont toutefois démontré leur bonne volonté et sont prêts à revenir à la table des négociations. Cela va prendre du temps, mais l’important est que la volonté soit là.
C’est une aberration que les sociétés privées qui produisent de l’énergie à partir de la bagasse et du charbon, soit les sources les moins chères, puissent avoir des coûts plus élevés que ceux du CEB qui, lui, le fait à partir des produits pétroliers dont les coûts augmentent constamment. Il ne faut pas que le CEB et le public mauricien viennent subventionner les IPP. Nous allons respecter le droit des producteurs privés de réaliser des bénéfices. Mais nous allons nous assurer que cela se fasse dans l’intérêt du public.
<I>“Les réformes que nous sommes en train d’introduire sont dans l’intérêt des employés, du CEB et du pays en général.”</I>
● <B> Quelle est la position du CEB vis-à-vis des projets de production d’énergie à partir des déchets ?</B>
Le CEB a déjà exprimé son point de vue sur le sujet au High powered committee sur l’énergie que préside le Premier ministre. Il incombe au gouvernement de trancher sur la question.
● <B>Comment concevez-vous le développement du CEB dans les cinq ans à venir ?</B>
Nous faisons face à une croissance de 5 % annuellement dans la demande. Nous avons un plan d’expansion pour y faire face. Un plan sur le moyen terme qui couvre la période 2006 à 2013. Nous aurons durant cette période de nouvelles centrales qui entreront en opération. Nous comptons revoir les contrats qui nous lient avec les IPP. D’autre part, nous avons une politique pour réduire notre dépendance sur les produits pétroliers.
Le CEB a quelque 365 000 clients à satisfaire. Il brasse environ Rs 7 milliards de chiffres d’affaires chaque année. Il nous faut concevoir l’avenir d’un regard dépassionné. Il faut éviter la politique partisane. Seul l’intérêt de l’organisation et du pays doit primer lorsque nous prenons des décisions. Il est dans l’intérêt du pays d’avoir un CEB fort. La politique de réduire les coûts n’aura pas d’impact négatif sur nos investissements dans la modernisation des équipements ou de la qualité de nos services.
Nous allons en même temps aider les gens les plus démunis à avoir accès à l’électricité. Je considère l’accès à l’électricité comme un droit fondamental de tout citoyen.
● <B>Le CEB a-t-il un projet social pour aider cette catégorie de consommateurs ?</B>
Il y a quelque 30 000 familles, ainsi que certaines catégories de personnes à faibles revenus, comme des retraités ou des personnes âgées, qui bénéficient d’un tarif spécial.
Pour ceux qui ont des moyens modestes, au lieu de réclamer les coûts réels pour les nouvelles installations, nous examinons chaque cas afin de réduire les frais au maximum. De même, nous exerçons une certaine souplesse dans les délais pour le paiement des factures, lorsqu’il s’agit des personnes âgées vivant seul ou dépendant de leur pension de vieillesse.
Outre nos considérations sociales, nous accordons également une responsabilité par rapport à la protection de l’environnement. Le CEB se veut une entreprise responsable dans sa façon de gérer les problèmes touchant à l’impact de ses opérations sur l’environnement.
Nous voulons surtout établir un équilibre entre nos besoins en tant qu’entreprise et des citoyens qui sont, rappelons-le, notre clientèle. Nous ne pouvons pas déplacer nos réseaux ou nos installations, mais nous nous efforçons, dans la mesure du possible, par exemple là où les habitations se trouvent dans un périmètre proche du notre, de dialoguer avec les résidents afin de trouver un modus vivendi.
Malgré le fait que nos finances soient sous pression, nous avons dégagé des fonds pour procéder au relèvement des cheminées, construire des murs anti-son et investi des machines moins polluantes et moins bruyantes. Nous sommes en faveurs d’une cohabitation paisible, y compris avec ceux qui sont venus s’installer dans le voisinage de nos centrales après notre arrivée.
<I>Propos recueillis par</I> <B>Akilesh ROOPUN</B>
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