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“La croissance de la demande profitera au ‘seafood hub’”

20 septembre 2006, 00:00

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● <B> Quelles ont été les lignes directrices de la conférence sur le thon à Vigo, Espagne, à laquelle vous avez participé ?</B>

Ce sont surtout les contraintes, les opportunités et les menaces auxquelles les opérateurs sont confrontés, dans un environnement globalisé, qui y ont été discutées. C’est surtout le niveau des stocks qui est extrêmement critique pour l’avenir de cette industrie dans son ensemble. Il y a certains pays en Asie qui essaient de brasser de plus en plus de volumes, et nous avons vu qu’une telle pratique porte préjudice à l’industrie de thon en raison d’une mauvaise gestion de stocks. Nous devons faire face à ce qu’on appelle l’illegal, l’unreported et l’unregulated fishing (IUU). C’est un véritable fléau. Il y a des bateaux qui pêchent sans enregistrer leurs prises ou alors qui font des déclarations qui ne sont pas conformes aux normes internationales. Les stocks sont en train d’être pillés par certains opérateurs sans que l’on arrive à leur mettre la main dessus. C’est un problème majeur pour l’industrie. L’autre problème majeur est la hausse des coûts des opérations avec la flambée de prix du pétrole. La solution, c’est d’être plus efficace, plus efficient. à Maurice nous avons une industrie relativement jeune, qui a encore tout à apprendre. Notre défi, c’est de poursuivre notre chemin sans commettre des erreurs.

● <B>Ce problème d’IUU existe-t-il aussi dans l’océan Indien ?</B>

Oui. C’est un problème qui existe partout. Si le poisson qui est pêché, n’est pas répertorié, on a du mal à faire une évaluation des potentiels réels des ressources halieutiques. Le gouvernement mauricien se penche déjà sur ce problème pour un meilleur contrôle de notre zone économique exclusive.

● <B>Justement comment les éuropéens nous considèrent ?</B>

Ils nous considèrent comme partenaire, Maurice faisant partie des états d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, Nos produits sont très bien reçus sur les marchés où nous sommes présents, la France, le Portugal, l’Italie, l’Espagne, et les états-Unis. Nous avons aucun souci au sujet de la qualité de notre produit, qui est très bien apprécié par nos clients en Europe et ailleurs, mais malheureusement on fait face à d’autres concurrents, comme la Thaïlande, les Philippines, le Mexique, le Salvador et l’équateur, qui sont très présents en Europe. Il y a une compagnie thaïlandaise qui se propose de traiter 1 200 tonnes de thon par jour, une production quotidienne équivalente à celle des cinq usines de Maurice, et de la capacité de traitement des Seychelles, du Kenya et de Madagascar.

Mais il y a, comme vous avez dit, également des opportunités...</B>

La demande globale du poisson est sans cesse croissante. Cela ne peut que profiter au secteur seafood. Les consommateurs cherchent une source de protéine alimentaire autre que la viande. On a vu les problèmes rencontrés avec la viande bovine, maladie de la vache folle, et la viande de poulet, la grippe aviaire. Devant cette croissance continuelle, il aurait fallu que les stocks soient bien gérés. Or, tel n’est pas le cas. On sent que les stocks sont surexploités car le rendement diminue. Le pire pour Maurice serait que demain nos eaux ne puissent pas alimenter les usines en poisson. Les stocks peuvent s’épuiser. Il faut un meilleur suivi pour éviter la surexploitation des zones de pêche afin que les producteurs puissent assurer la demande.

● <B> Quelles sont les indications de la baisse des stocks ?</B>

On sait qu’il y a une surexploitation des zones de pêche. On sait qu’il y a beaucoup d’IUU. D’après les statistiques, disponibles des bateaux français et espagnols qui pêchent dans l’océan Indien, la moyenne de prises est en train de diminuer. Environ 20 % des prises de thon se font dans l’océan Indien. Faut-il pêcher 17 % ou peut-on aller jusqu’à 23 % ? C’est difficile à dire. Même les plus grandes instances internationales, comme la Food and Agricultural Organisation, n’arrivent pas à se prononcer de façon précise sur le rendement qu’on peut soutenir. Ce qui est vrai, c’est que les prises diminuent. Il faudrait regarder dans une boule de cristal quant à l’avenir de l’industrie globale car nous ne pouvons pas prévoir de façon précise l’évolution de la ressource.

● <B>Que doit faire Maurice face à cette situation ?</B>

La solution est de développer des produits à forte valeur ajoutée. Il faut se positionner dans des secteurs niches. Il y a un projet de partenariat avec une compagnie française et un autre avec une société espagnole. Ces projets totalisent Rs 200 millions. Nous produisons des longes de thon seulement. Il va falloir attirer des opérateurs qui proposeraient ces types de projets à haute valeur ajoutée, tels que mettre en pots de verre des longes pour l’exportation. Il y aura certainement dans les prochaines années d’autres produits que nous allons fabriquer pour répondre à la demande du marché, qui évolue tellement vite. Nous allons aussi examiner les possibilités d’être présents en Afrique, au Moyen Orient, en Australie et en Chine. Pour l’instant, les Chinois ne sont pas preneurs du thon en boîtes. Ils préfèrent le poisson cru.

● <B>Avec notre zone économique exclusive de 1,9 million de km carrés, peut-on avoir un plus grand nombre d’usines de traitement sur une plus grande échelle ?</B>

Un des problèmes, c’est que nous n’avons pas à Maurice une flotte de pêche. Nous n’avons ainsi pas de capacité de pêche. Nos ressources marines sont exploitées par d’autres pays. Il y a des problèmes avec le nouveau système de paiement d’allocation de mauvais temps aux pêcheurs. Il y a certainement des pays qui seront prêts à nous aider à la formation des pêcheurs pour la pêche industrielle ou semi-industrielle. Les usines de thon sont alimentées par des bateaux français, espagnols, taïwanais et japonais.

<I>“Nos ressources marines sont exploitées par d’autres pays. Il y a des problèmes avec le nouveau système depaiement d’allocation de mauvais temps aux pêcheurs. Il y a certainement des pays qui seront prêts à nous aider à la formation des pêcheurs pour la pêche industrielle ou semi-industrielle.”</I>

● <B>Les ressources humaines font-elles défaut ? </B>

La demande globale est là. Nous avons une zone économique exclusive de 1,9 million de km carrés. La volonté du gouvernement d’épauler ce secteur est là. Tous les paramètres sont réunis pour que le seafood hub continue sur sa lancée.

Notre seul souci est que les ressources humaines mauriciennes ne sont pas prêtes à travailler le soir. Le secteur seafood est porteur. Il ne faut pas qu’on rate le coche. Nous avons besoin de Mauriciens mais malheureusement nous n’arrivons pas à trouver les ressources qu’il nous faut et nous sommes obligés de recourir à de la main-d’œuvre étrangère. Le secteur emploie 6 000 personnes mais la possibilité d’employer beaucoup plus est énorme. Chez Thon des Mascareignes, nous venons de décoller et déjà nous produisons plus que les trois autres usines implantées dans l’océan Indien. Ce serait souhaitable que d’autres industriels s’intéressent à la pêche aussi bien que la transformation du poisson.

● <B>Mais une équipe de vétérinaires européens a été dure à l’égard des certaines procédures de contrôle des produits de pêche exportés vers les marchés européens...</B>

On l’a échappé belle. Les normes européennes deviennent compliquées. L’Europe devient extrêmement exigeante par rapport aux normes du seafood. Ils ont soulevé certains problèmes au niveau des procédures de contrôle des normes phytosanitaires qui doivent être respectées pour l’accès des produits de pêche sur les marchés européens. Mais ces problèmes ont été rapidement pris en charge par le gouvernement. Si le problème n’avait pas été réglé, les usines auraient eu de la difficulté à exporter leur thon en Europe.

Maurice doit obligatoirement adhérer à toutes les normes pour justifier sa place dans un marché et une industrie globalisés. On ne peut pas se prétendre être une entreprise globale dans ce milieu sans être, sans équivoque, partie prenante de toutes les normes imposées par nos marchés-cibles. L’aspect food safety est capital pour le seafood.

<I>Propos recueillis par</I> Alain BARBÉ</B>

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