Publicité

“L’interprète”

8 septembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Pour une séquence de La Mort aux Trousses, Alfred Hitchcock, n’ayant pas reçu l’autorisation de tourner à l’intérieur des Nations unies, dû reconstituer le décor d’un des salons. Sydney Pollack a eu plus de chance pour L’interprète ; c’est la première fois que l’autorisation est donnée de filmer l’intérieur pour un long métrage, et le cinéaste a su admirablement en tirer parti. Rien n’égale le cachet des décors réels, et dans ce film, en plus d’être authentique, ce décor particulier impose le respect et vient renforcer le discours politique qu’on y lit en filigrane.

Sydney Pollack filme les coulisses des Nations unies comme pour un documentaire – les corridors, les salons privés, la cabine d’interprète dans laquelle travaille Sylvia Broome (Nicole Kidman), une équipe de sécurité qui fouille le bâtiment. Il nous montre aussi la salle de l’assemblée générale, mais pas comme nous la voyons dans les journaux télévisés. La scène se passe en pleine nuit, la salle étant déserte et plongée dans l’obscurité et Sylvia Broome, la traductrice et l’agent fédéral Tobin Keller (Sean Penn) y discutent.

Plus tôt dans la journée, les deux ont échangé des hostilités. Mais là, très tard dans la soirée, on sent que les deux commencent à abaisser leurs défenses, qu’il y a le début d’une sympathie mutuelle qui s’établit et que Nicole Kidman a l’air d’en savoir plus qu’elle en dit. C’est l’un de ces moments sur lesquels repose toute la dimension humaine du film. Le jeu des acteurs, tout en nuances, y est pour beaucoup ; la réalisation également, la façon dont les visages et la pose des personnages remplissent le champ, sans compter les éclairages. Mais, tout cela risque d’échapper à l’attention du public mauricien, à cause d’un détail : le lieu exact où Pollack a choisi de placer ses acteurs.

Toujours en référence à Hitchcock, on trouvera dans L’interprète l’illustration même de son propos sur le suspense “…le spectateur sait que la bombe explosera, mais pas à quel moment elle explosera.” La bombe en question fait exploser un autobus dans lequel se trouve l’opposant d’un dictateur africain. L’explosion survient avec l’effet d’un coup de poing.

La séquence qui la précède est chargée d’une tension que Sydney Pollack installe en entrecroisant une poursuite et une filature ; pas de combats spectaculaires avec effets spéciaux. Cette unique explosion démontre une authentique maîtrise. Sydney Pollack appartient à une grande époque du cinéma d’action, où le succès d’une séquence dépendait avant tout d’une maîtrise de la mise en scène, de la cinématographie et de la direction d’acteurs, c’est-à-dire de l’art du cinéma.

Il y a bien quelques lourdeurs, mais cela ne gêne pas, le film étant bien construit et les personnages attachants. L’enquête finit par se fondre dans le personnage et, avec Sean Penn tout en douleur refoulée par la mort d’une compagne, des liens de solidarité humaine finissent par s’affirmer. Thriller nerveux mais néanmoins optimiste et humaniste, L’interprète est sans aucun doute l’un des meilleurs films de cette année.

Publicité