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“L’état a mis beaucoup d’énergie pour défendre et promouvoir l’industrie sucrière”

16 mai 2007, 00:00

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Il y a eu récemment une escalade entre le gouvernement et l’establishment du secteur privé. Quelle lecture faites-vous de cette situation? </B>

Le Joint Economic Council (JEC) représente une partie du secteur privé. Il représente les institutions du secteur privé qui représente un certain nombre de sociétés, dont les plus grosses dans les différents secteurs.

Mais le gouvernement est issu des urnes et il est détenteur de la légitimité nationale et populaire. Le Premier ministre, en tant que chef du gouvernement, personnifie cette légitimité.

Ce sont deux situations extrêmement différentes. D’une part, il y a le gouvernement avec le Premier ministre qui a une légitimité profonde. D’autre part, il y a une institution qui devrait se faire respecter en assumant sa place dans la société. Or, le JEC parle du gouvernement en faisant référence à ce qu’il appelle des incohérences et des discours démagogiques. Il accuse même le gouvernement de gouverner par caprices.

Le gouvernement représente tous les composants et groupes d’intérêt du pays. Nous n’avons jamais cherché querelle avec qui que ce soit, et encore moins avec le JEC.

Il se peut qu’il existe des divergences entre les deux parties, mais le JEC a choisi de faire des déclarations de type politicien à l’encontre du gouvernement. Et il s’étonne que le Premier ministre réagisse à ses propos. Les remarques ne sont pas du tout de nature économique.

Le JEC reproche au gouvernement le contrôle des prix. De telles pratiques existent dans plusieurs pays au monde, dont en Europe. Un pays comme l’Inde qui a aussi adopté un modèle économique libéral, a un système de maximum retail price. à Maurice où le nombre d’opérateurs est limité, il est facile de créer un cartel s’il n’y a pas de mesures pour prévenir les abus.

Comme nous importons la plupart de nos produits, il est facile pour les opérateurs de pratiquer des marges démesurées.

Qu’est-ce qu’il y a de capricieux s’il y a une politique de contrôle de prix ici ? De toute manière, il n’y a qu’une vingtaine de produits qui sont soumis à un régime de prix administrés sur plus de 8 000 articles qui sont commercialisés à Maurice.

● <B>L’establishment du monde du business reproche au gouvernement d’avoir poussé Desbro et Catovair à mettre un terme à leurs activités…</B>

Il s’agit d’une critique facile. Le JEC et aussi une partie de la presse se demandent pourquoi avoir libéralisé le prix de fer de construction quelques jours seulement après la fermeture de Desbro. Mais on peut aussi se demander pourquoi Desbro a choisi de fermer avant que les mesures ne soient annoncées.

Desbro International, comme beaucoup d’autres, savait qu’il y avait une étude en cours et qu’il allait y avoir des mesures dans le sens de la dérégulation. Si la compagnie décide de fermer et de vendre ses actifs à Murray & Roberts, c’est son choix. Pourquoi venir mettre sur le dos du gouvernement la vente de Desbro ?

Desbro a investi dans de nouvelles machines, mais celles-ci ne fonctionnaient pas convenablement et avaient un taux de rejet extrêmement élevé. C’est une des raisons pour lesquelles il y a eu une pénurie de barres de fer sur le marché. L’entreprise tient maintenant le gouvernement responsable de sa mésaventure économique.

Idem pour Catovair. Le groupe Ireland Blyth Ltd (IBL) a créé une société d’aviation il y a quelques années dans le cadre de son projet de développement à Agaléga. Au sein de l’Alliance sociale, nous nous sommes opposés à ce projet, car le développement envisagé impliquait que l’état allait céder une bonne partie de sa souveraineté nationale sur Agaléga à une société privée.

Entre-temps, IBL avait probablement déjà passé la commande pour Catovair. Agaléga ne marchant pas, ils se rabattent sur la desserte Maurice – Rodrigues. Rodrigues n’est peut-être pas une ligne profitable, et la compagnie perd de l’argent en conséquence. Aujourd’hui, IBL rend le gouvernement responsable de ses pertes.

Le JEC prend tout cela comme un package pour venir dire que le gouvernement est incohérent et que la réforme est remise en cause. C’est du non-sens de la part du JEC d’avoir une telle analyse de la situation.

● <B>Que répondez-vous aux sucriers qui accusent le gouvernement de vouloir changer les règles du jeu avec la requête pour obtenir 2 000 arpents de terres comme condition à la centralisation?</B>

D’abord, le sucre a été et reste un secteur profitable. Les sucriers disent tout le temps qu’ils perdent de l’argent. Pourtant c’est l’argent du sucre qui a financé tous les autres secteurs notamment l’industrie manufacturière, l’hôtellerie et les banques et assurances.

Le sucre n’est pas profitable uniquement en raison du capital, de l’expertise et du management des barons sucriers que nous ne leur nions pas d’ailleurs. Mais il y a eu d’autres apports très importants dont celui des petits planteurs. Ceux-ci ont continué à cultiver et à produire la canne dans des conditions difficiles. Il y a eu la contribution des laboureurs et des artisans.

Il y a eu un apport décisif de l’état depuis 1963 avec le Commonwealth Sugar Agreement jusqu’à maintenant.

L’état a mis beaucoup d’énergie pour défendre et promouvoir l’industrie sucrière. Quand l’état, sous le régime MSM-MMM a passé la loi sur les integrated resorts schemes (IRS), des terres agricoles qui ne valaient pas plus que Rs 150 000 à Rs 200 000 l’arpent ont vu leur valeur multiplier par jusqu’à 20 fois. Cela parce qu’il y a la possibilité d’y faire des IRS. C’est aussi le fait de l’état.

Maintenant lorsque le gouvernement vient demander dans le cadre de la réforme de l’industrie cannière, des terres auprès des producteurs pour ses besoins sociaux, je n’y vois rien d’injuste. Je ne parle même pas de la contribution du gouvernement dans le financement du volontary retirement scheme 2 de l’industrie. La demande de l’état est justifiée et légitime car il a été un instrument vital dans la mise en valeur de ce secteur.

● <B>La commission a fait des propositions dans le cadre de la nouvelle loi sur la concurrence. Qu’attendez-vous de cette législation?</B>

Toute loi sur la concurrence vise à réglementer les affaires de manière à promouvoir un marché libre et équitable. Si l’état laisse faire les entrepreneurs sans jamais intervenir, nous allons nous retrouver dans une situation de capitalisme sauvage. Celui qui a les assises financières les plus solides finira par bouffer les petits opérateurs. Le Competition Act sera une loi cadre qui déterminera les paramètres pour sauvegarder la compétition dans les différents secteurs de l’économie.

Nous n’attaquons pas le secteur privé, mais au contraire nous sommes en train de défendre la liberté d’entreprise. Les propositions de réglementation dans la distribution ont provoqué quelques remous. Il y a des relations d’affaires et d’actionnariat entre les différents hypermarchés et les chaînes de supermarchés. Nous savons aussi qu’il y a des négociations entre Jumbo et Shoprite. Il y a donc des risques de dominance accrue sur le marché.

En Europe, la Commission européenne a des directives qui sont très claires en matière de concentration dans la distribution du détail. Ces directives interdisent à toute chaîne et toute alliance de chaînes d’avoir plus de 30 % des parts de marché.

Sans une réglementation, les acteurs dominants pourront se regrouper d’une manière ou d’une autre pour occuper pratiquement toute la place. Ils auraient alors recours à des systèmes de centrales d’achat qui excluraient les petits fournisseurs ou alors ils leur exigeraient des conditions de business très contraignantes.

Quand des opérateurs ont un tel contrôle sur la distribution, ils peuvent jouer sur la gamme de produits en privilégiant leurs propres marques. Cela au détriment des consommateurs. Nous défendons l’idée de la compétition. Nous défendons les consommateurs, les petits producteurs et les petits fournisseurs. C’est ce que nous avons promis de faire.

Le secteur privé, ce n’est pas seulement IBL ou Rogers. Le secteur privé, c’est aussi ces milliers de petits opérateurs qui ont pris des risques et qui espèrent fructifier leurs investissements. C’est aussi notre rôle de les défendre.

<I>Propos recueillis par </I> Akilesh ROOPUN</B>

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