Publicité
“Hellboy”
Encore un super héros, et on peut se demander s’il faut vraiment s’en étonner. Après tout, chaque époque a eu des héros, nés de l’imaginaire, lesquels reflétaient à la fois, les aspirations de la société les ayant engendrés et les peurs qui la hantaient. Toute époque, surtout si elle incertaine, a donc besoin de héros. Ceux de l’antiquité étaient des guerriers conversant avec les dieux, la deuxième moitié du XXe siècle eut recours aux Superman, Batman, X-Men, Spider-Man, etc. On se demande ce qu’en penseront ceux des époques futures. Et, pour peu que ces gens n’aient d’autres préoccupations autrement urgentes, que penseront-ils d’un super héros sujet comme le dieu Thor, à des emportements ou des accès d’humeur qui sont d’autant plus regrettables qu’il est doué d’une force titanesque ? Un super héros d’autant plus improbable – et donc intéressant – qu’il n’a rien d’humain ; c’est un véritable démon tout rouge avec des cornes, venu tout droit des flammes de l’enfer.
C’est ainsi que commence Hellboy, film américain du réalisateur mexicain Guillermo Del Toro. Une bande de nazis tentant en 1944, d’invoquer les puissances du Mal à la rescousse du IIIe Reich, sont arrêtés in extremis dans leur funeste entreprise par l’arrivée d’un détachement de l’armée US. La voie donnant accès au monde des ténèbres – une sorte de “portail” comme dans Stargate – est refermée, mais un bébé démon très mignon avec sa couleur rouge, ses cornes, une queue et un bras en pierre parvient quand même jusqu’à notre monde. D’abord effrayé, il est recueilli par un savant, le docteur Bruttenholm (John Hurt), sous les regards attendris des soldats comme dans les films d’antan.
Il s’agit encore une adaptation de bande dessinée. Mais, pour une fois, il ne s’agit pas d’une création des DC Comics. Le personnage est né sous la plume ou le pinceau, il est plus probable que ce soit la souris) de Mike Mignola en 1994, la série du même nom étant publiée aux éditions Dark Horse. Ce qui nous fait un super héros “fin de XXe siècle”, avec tout ce qu’on peut supposer d’ironique dans le ton par rapport à ses prédécesseurs d’il y a trente ans ou plus.
Forces occultes et paranormal
L’œuvre serait apparemment très populaire à l’étranger, se distinguant, outre le ton et le personnage, par un graphisme assez particulier. On peut deviner que c’est ce dernier aspect entre autres, qui a séduit Guillermo Del Toro. Selon les propos mêmes du cinéaste, rapportés par un critique, Blade 2, son avant-dernier film, n’était qu’une sorte de “répétition générale ”, une démonstration destinée à faire voir aux studios de quoi il était capable en s’attaquant au genre. De fait, tout le côté visuel de Hellboy est fidèle à la bande dessinée d’origine de par les effets de contraste entre couleurs vives (tirant sur le rouge) et un noir des plus denses, sans parler des décors, gothiques à souhait, avec en plus un côté très souligné qui sert merveilleusement le sujet comme l’esprit du film.
En suivant, bien des années plus tard, l’agent John Myers (Rupert Evans) du FBI, nouvellement affecté à une section ultrasecrète, nous découvrons que le gouvernement américain a toujours pris la menace des forces occultes très au sérieux. Ainsi, la section à laquelle est affecté l’agent Myers se spécialise dans le paranormal. Elle est très organisée et des plus efficaces, intervenant quotidiennement et en toute discrétion contre des créatures maléfiques appartenant toutes à des catégories rigoureusement répertoriées. Menée par le professeur Bruttenholm, devenu un vieux bonhomme sur le point de mourir, cette section comprend des agents humains normaux et surtout trois agents très spéciaux : Abe Sapien (Doug Jones), humanoïde amphibie, capable de lire dans les pensées ; la belle Liz Sherman (Selma Blair), qui a le pouvoir de déclencher des incendies par la pensée, Hellboy (Ron Perlman), devenu un magnifique démon au grand cœur, acquis à la cause du Bien, mais donnant du fil à retordre à son entourage à cause de son tempérament. En effet, il est amoureux de Liz, et jaloux, en plus. Ses accès d’humeur qui mettent à mal le matériel du département ainsi que ses escapades qui attirent l’attention malvenue du public, font le désespoir de son père adoptif. On est bien proche du ton de Men In Black ou de Ghostbusters, et les méchants ne sont pas en reste non plus. Il y a le moine russe, Gregori Rasputin (Karel Roden), deux fois ressuscité et décidé plus que jamais à faire régner les forces du Mal sur notre monde ; Ilsa (Bridget Hodgson), son amante, une nazie ayant traversé le temps jusqu’à notre époque ; Kroenen (Ladislav Beran), un tueur mort-vivant expert en arts martiaux et Sammael, un démon monstrueux tout en tentacules qui se dédouble à chaque fois qu’on le tue.
Les bonnes réparties teintées d’humour pince-sans-rire fusent à tous les instants. Les scènes d’action, bagarres, poursuites, etc. sont spectaculaires mais invitent le public à ne pas les prendre au sérieux. Et les effets spéciaux habilement réalisés ont la délicatesse de ne jamais sortir du cadre du récit. Celui-ci met du temps à démarrer, le temps pour tout le monde d’être présenté et pour le sujet d’être exposé.
Ce qui nous amène presque à la moitié, peut être aux deux tiers du film. Le scénario souffre assez de cette disproportion, qui est au détriment du dénouement de l’histoire. Mais on n’a pas le temps de s’en apercevoir, la prestation de Ron Perlman faisant oublier toutes les faiblesses du film. Incarnant dans Hellboy, certains personnages de ses rôles précédents, jouant de sa stature colossale et de son faciès, l’acteur porte magnifiquement son personnage, au sens propre comme au figuré.
D’abord, il fallait quelqu’un de son gabarit pour porter le déguisement du personnage. Ensuite, il fallait ce visage pour un personnage se ponçant les cornes bien au ras avec le même naturel nonchalant que celui d’un dur à cuire de cinéma se donnant un coup de peigne dans les cheveux tout en ayant l’esprit ailleurs. D’autant plus qu’il n’y a pas plus dur à cuire qu’un démon venu de l’enfer, sauf que celui-ci a un cœur d’or et qu’il est en plus rongé par les tourments de l’amour.
Plus que les moments où Hellboy y va du coup de poing (en combattant un monstre dans le métro devant des badauds pas trop pressés de vider les lieux, on retiendra surtout ces moments où il tente maladroitement de rétablir les liens avec celle qu’il aime, prêt à toutes les concessions. Ou quand il l’espionne dans les rues, désemparé à l’idée qu’elle pourrait lui préférer l’agent Myers et qu’il raconte ses misères à un gamin. Auprès de lui, les autres du côté des bons font assez pâle figure, même s’ils ne sont que des faire-valoir.
Un critique affirme que Hellboy servira de référence pour les films de super héros à venir. C’est assez possible, du moins souhaitable. On peut, en attendant, dire que Guillermo Del Toro a apporté une nouvelle façon d’aborder le genre et que son super héros est définitivement des plus sympathiques.
<B>Gilles noyau</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents