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“The Constant gardener”
La Cité de Dieu, premier film de Fernando Meirelles connu hors de son Brésil natal, était un film âpre et explosif sur l’univers des “favelas” de Rio. Cette âpreté est toujours présente dans The Constant gardener, tiré d’un roman de John Le Carré, la violence aussi. Mais, peut-être parce qu’il s’agit d’un film anglais (avec d’excellents acteurs anglais), ces deux caractéristiques sont cette fois plus contenues. Elles ne nous agressent pas, mais elles font naître une indignation et une rage impuissante qui ne lâchent pas le spectateur, même longtemps après avoir vu le film.
Le roman est décrit par certains comme celui dans lequel Le Carré aurait mis le plus de sa colère. La réalisation de Fernando Meirelles, nerveuse et toute à l’urgence du moment, offre un excellent véhicule à cette colère, mais c’est aussi sa manière de raconter qui vient s’accorder efficacement à celle du romancier.
Le cinéaste laisse cette fois le Brésil pour une Afrique qui est la proie de toutes les cupidités. Comme dans son premier film, il s’intéresse surtout aux petites gens : ceux “qui ne comptent pour personne, parce que personne ne viendra les compter”, pour citer l’un des personnages du film. Meirelles les filme caméra sur l’épaule et, à ses cadrages (celles de son preneur d’images, César Charlone, plusieurs fois récompensé) on devine sa sympathie et son respect pour ces gens. Pour une fois dans ce genre d’histoire, les gens du coin font autre chose qu’apporter les boissons. On devine aussi une fascination pour le continent lui-même : de temps à autre l’écran est rempli d’un paysage africain accompagné d’une musique signée Alberto Iglsias, et c’est presque un moment de grâce.
Fernando Meirelles nous parle d’un continent et de populations qu’on assassine, les coupables désignés étant des compagnies pharmaceutiques. Celles-ci ont beau être fictives dans le film, leurs motivations et leurs méthodes n’en sont pas moins proches de la réalité décrite dans certains reportages ou articles de presse. Il est aussi beaucoup question de leurs complices : chefs d’États ou ministres corrompus, organismes d’État complaisants et fonctionnaires disposés à regarder ailleurs, parfois à leur corps défendant. Parce que toutes ces horreurs génèrent d’immenses bénéfices, qu’elles rapportent des devises, qu’elles créent des emplois, etc.
Ce n’est pas par hasard que le couple Ralph Fiennes – Rachel Weisz est appelé à incarner cette situation. Lui, est diplomate, un type bien, qui tient surtout à sa vie tranquille et qui est tout à ses plantes – c’est le jardinier du titre. Elle, est une activiste des droits des populations. Ils sont mariés, très amoureux, et le film commence au moment où elle se fait assassiner dans les environs d’un lac quelque part au Nord du Kenya.
Curieusement, une des clés de la réussite de ce thriller politique se trouve dans la crédibilité de ce couple si dissemblable. À travers de nombreux retours en arrière, on les découvre dans des moments émouvants de vraie complicité et on n’a aucun mal à croire à ce mariage.
Du coup, cette quête de la vérité dans laquelle se lance Justin Quayle (Ralph Fiennes) devient elle aussi crédible. On comprend son amour grandissant pour la disparue, d’autant plus qu’on découvre en elle un être d’exception et qu’elle revient toujours à l’écran. Évidemment, on partage aussi son indignation devant la vaste conspiration qu’il met à jour.
Sans explosions ni poursuites en voiture, ce film n’est pas un thriller destiné aux grandes foules. C’est un film réfléchi, avec des choses à nous dire et qui les dit très bien et très fort. Reste à savoir combien ils seront à entendre.
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