Publicité
Élan de générosité sans précédent
Paris a étoffé, son dispositif en faveur des victimes du tsunami qui a frappé l’Asie du Sud le 26 décembre, parallèlement à une mobilisation exceptionnelle de particuliers, d’entreprises et de collectivités locales.
Le montant de l’aide officielle française est passé de 45 millions d’euros à 48,8 millions d’euros, selon le ministère des affaires étrangères lundi, et l’aide privée qui arrive par le canal des principales organisations humanitaires semble d’ores et déjà équivalente. Ce montant se décompose en aide d’urgence d’un montant de 25,8 millions d’euros répartie entre le Sri Lanka, la Thaïlande, les Maldives et l’Indonésie. Ce montant a été affecté aux différentes agences des Nations unies (17,6 millions d’euros) ainsi qu’au Comité international de la Croix-Rouge (5 millions d’euros). Un montant de 23 millions d’euros est consacré à la prévention des risques sanitaires, indique le communiqué.
Jacques Chirac a demandé lundi au gouvernement de poursuivre un “effort maximum” pour porter assistance aux victimes et insisté sur la nécessité de coordonner l’aide internationale.
Le ministre de la santé, Philippe Douste-Blazy, s’est rendu lundi à Colombo, au Sri Lanka, pays durement touché par le raz-de-marée géant, avec 15 tonnes de médicaments et de matériel de purification de l’eau.
Il a souligné sur Europe 1 l’importance du rétablissement de l’eau potable compte tenu du “risque majeur d’épidémies, en particulier de choléra et de typhoïde”. “Donc, c’est des antibiotiques d’un côté pour prévenir et, surtout, de l’eau potable. Voilà ce que la France a pu faire”, a-t-il dit, soulignant la présence à ses côtés des présidents de deux sociétés, l’une pharmaceutique et l’autre de purification de l’eau.
<B>85 millions d’euros</B>
Dans le même temps, Paris va dépêcher le porte-hélicoptères Jeanne-d’Arc et la frégate Georges-Leygues en Asie pour une aide médicale d’urgence, a confirmé la ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, sur i-télévision.
Les deux bâtiments devaient appareiller mardi de Djibouti avec à leur bord 5 tonnes de médicaments, 80 000 litres d’eau et quelque 6 000 rations alimentaires, précise dans un communiqué le ministère de la défense, qui souligne qu’un millier de militaires français participent actuellement à l’effort international en Asie.
Le bilan provisoire des victimes françaises s’élève à 22 morts et 99 disparus, mais Renaud Muselier, secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, n’a pas exclu dimanche que le bilan des Français tués ou disparus “soit bien supérieur à 150”. Les autorités sont sans nouvelles de plusieurs centaines de personnes.
Une vingtaine de blessés, français et étrangers, victimes du tsunami ont été ramenés lundi matin en France à bord d’un avion de l’armée de l’air française, a annoncé le ministère de la défense.
Avant de partir pour le Sri Lanka, Philippe Douste-Blazy avait estimé que l’aide européenne et internationale souffrait d’un manque de moyens logistiques en Asie, où une course contre la montre s’est engagée pour secourir des millions de sinistrés menacés par la faim et les épidémies.
Il avait prôné la création d’un “SAMU mondial” pour mieux coordonner la réponse à ce type de crises humanitaires. Lors du premier conseil des ministres de l’année, Jacques Chirac a également prôné la mise en place au niveau européen et mondial d’une “force humanitaire de réaction rapide prête à se déployer en cas de catastrophes naturelles”. “Cette tragédie humaine d’une ampleur inégalée continue de produire ses dramatiques effets. On ne peut encore mesurer l’étendue du désastre humanitaire qu’elle aura provoqué”, a déclaré le chef de l’Etat, dont les propos étaient rapportés par le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé.
Avant de recevoir les vœux du gouvernement et de présider le conseil des ministres, Jacques Chirac avait observé une minute de silence en mémoire des victimes des raz-de-marée. Les drapeaux de l’Elysée ont été mis en berne en signe de deuil.
A l’aide gouvernmentale, s’ajoutent les dons des personnes privées, notamment par le biais d’Internet, qui sont en constante augmentation grâce à un élan de solidarité rarement égalé en France. Au total, l’aide française atteint ainsi près de 85 millions d’euros.
<B>Mobilisation de la société civile </B>
L’aide financière continue à progresser non seulement grâce aux dons privés mais aussi à travers la mobilisation soutenue des entreprises et collectivités locales.
Les principales organisations humanitaires françaises ont déjà reçu plus de 35 millions d’euros de dons par chèques et via Internet, la Croix-Rouge française ayant recueilli à elle seule 20 millions d’euros en une huitaine de jours. Médecins sans frontières, qui a reçu “plus de 4 millions d’euros” de particuliers et d’entreprises, assure “n’avoir rien vu de tel ces cinq dernières années”. Mêmes réactions du Secours catholique (dons de 4 millions) et de Médecins du monde, qui, avec des dons d’un montant de 1,8 million d’euros, parle d’une “générosité exceptionnelle des Français”.
De leur côté, les entreprises françaises se mobilisent. Le groupe bancaire BNP Paribas a annoncé plus de 600 000 euros d’aide, le numéro trois mondial des vins et spiritueux Pernod-Ricard 700 000 euros, le groupe d’assurances AXA 1 million d’euros.
Danone, numéro un mondial de l’eau en bouteilles par le volume et numéro un en Indonésie sous la marque Aqua, a pour sa part déjà fait parvenir aux sinistrés de ce pays 50 000 bouteilles d’eau et 10 000 boîtes de biscuits. Le groupe veut en outre faire parvenir aux sinistrés de toute la zone Asie 10 millions de bouteilles d’eau via les ONG.
Enfin de nombreuses villes ont lancé des opérations pour recueillir des dons, telles Nîmes (Gard), qui a recueilli 50 000 euros, Cambrai (17 000 euros en cinq heures) ou encore Vénissieux (Centre-Est), qui, en plus d’un don de 70 000 euros, s’engage pour les cinq années à venir à aider les victimes des raz-de-marée.
L’aide française s’ajoute à celle de nombreux Etats occidentaux, au premier rang desquels se trouve le Japon, suivi par les Etats-Unis et l’Australie, mais aussi des pays comme la Norvège et la Suède, dont de nombreux touristes ont péri dans le séisme.
Vers un moratoire sur la dette</B>
Le ministre des affaires étrangères, Michel Barnier a cependant reconnu, dans un entretient sur la radio Europe 1, mardi 4 janvier, un manque de coordination au niveau européen rappelant qu’il proposait depuis plusieurs années la création d’une “force européenne de protection civile”. Soulignant qu’il fallait “tirer des leçons de cette tragédie pour l’avenir”, il a estimé nécessaire la création d’un “petit état-major commun qui mobiliserait et utiliserait les moyens de protection civile existant”.
Interrogé sur la proposition d’une “tsunami contribution” proposée par l’ancien ministre socialiste Bernard Kouchner, il a reconnu que “c’était une bonne idée de mobiliser les banques, la micro-finance en évitant les circuits internationaux” et a plaidé pour un “développement durable” concernant la reconstruction de la zone affectée.
La mobilisation internationale exceptionnelle a déjà permis de recueillir pour 2 milliards de dollars de promesses d’aide publique. Mais les énormes difficultés logistiques et l’ampleur des destructions ajoutent à la complexité de l’opération humanitaire, en Indonésie notamment, pays le plus touché avec au moins 94 000 morts dans le nord de l’île de Sumatra. Par ailleurs, la Grande-Bretagne va proposer au G8, le groupe des pays les plus industrialisés, d’établir un “moratoire immédiat” sur la dette des pays touchés par les tsunamis du 26 décembre, a annoncé mardi le ministre des finances Gordon Brown. “Nous proposons un moratoire immédiat sur les remboursements de la dette des pays touchés”, a déclaré Brown dans un entretien à la BBC (radio).
Les raz-de-marée consécutifs au violent séisme survenu le 26 décembre au large de l’Indonésie ont fait plus de 145 000 morts et des milliers de disparus dans les pays riverains de l’océan Indien, selon des bilans encore provisoires publiés lundi.
INDONESIE
Le sommet de Djakarta vise à unifier l’opération de secours en Asie </B>
■ La conférence internationale qui doit se tenir aujourd’hui dans la capitale indonésienne sur l’aide aux pays frappés par les raz de marée mettra-t-elle un terme aux polémiques qui se sont esquissées la semaine dernière ? Pendant quelques jours, le drame de l’Asie du Sud a donné lieu à des escarmouches entre dirigeants et à des surenchères dans les promesses d’aide, qui avaient manifestement plus à voir avec les stratégies politiques qu’avec la solidarité. Le président américain, prenant avec un temps de retard la mesure de la catastrophe et du parti que pouvait en tirer son pays, avait annoncé mercredi dernier la création d’une “coalition humanitaire” dont les Etats-Unis allaient prendre la tête. L’expression rappelait l’intervention américaine en Irak. Elle donna l’impression que l’administration américaine s’engageait dans une nouvelle croisade et qu’une fois encore, l’ONU allait en faire les frais.
Plusieurs responsables américains, Colin Powell en tête, se sont assez vite efforcés de rectifier le tir et de calmer les esprits, en assurant qu’il n’était pas question d’agir contre l’Organisation des nations unies dans un domaine où elle est mieux armée que quiconque. “Les Nations unies ont la responsabilité de mener les efforts internationaux”, a assuré M.Powell. La “coalition”n’a pas pris d’autre forme que l’établissement d’une concertation entre les Etats-Unis, le Japon, l’Australie, l’Inde et le Canada. “Nous n’avons rien contre ce groupe dès lors que l’idée est de mieux organiser l’aide, affirme un diplomate français. Plusieurs organisations régionales et internationales se sont parallèlement mises en marche, des instances de l’ONU, le G 8, l’Union européenne, etc”.
<B>Le Monde News Service</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents