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À fond les « funds » !
Il ne sert à rien d?avoir de grandes ambitions sans se doter des moyens adéquats pour les réaliser. Le slogan « AMIGO (« Attractive, Modern, Inclusive, Green and Open ») Mauritius » de Rama Sithanen, bien qu?un peu mièvre, a toutefois le mérite d?énoncer clairement les objectifs du gouvernement. L?ambition n?étant rien sans les moyens, le ministre des Finances accompagne donc celle-ci d?une série de fonds de financements.
Nous ne pouvons que nous féliciter du volontarisme affiché. Notamment avec la création du « Human Resource Development, Knowledge and Arts Fund », du « Maurice Ile Durable Fund » et du « Food Security Fund » qui disposeront de plus de trois milliards de roupies. Chacun de ces fonds ? et d?autres encore créés dans le cadre de ce budget ? permettra à sa manière d?assurer un meilleur avenir à nos enfants, en leur offrant ici un accès amélioré à la formation, et là des opportunités d?emplois, ou encore un environnement préservé grâce à une stratégie nationale de développement durable.
Mais malheureusement, il ne suffit pas d?aligner des milliards pour réussir à atteindre les objectifs que le gouvernement se fixe. La courroie de transmission entre les ressources financières et la mise en ?uvre des projets spécifiques doit plus que jamais fonctionner efficacement. Il faut absolument que le gouvernement accorde une attention particulière à une série d?éléments pour ne pas s?exposer à subir des échecs prévisibles.
Deux séries de considérations doivent être prises en compte. Elles sont d?abord humaines, ensuite institutionnelles. Prenons l?exemple de l?Observatoire de l?énergie qui sera, notamment, chargé de rassembler puis de disséminer les informations sur l?utilisation judicieuse des carburants dans le commerce, l?industrie, le tourisme et les ménages. Disposons ? nous de suffisamment de compétences pour gérer cet observatoire et recueillir, analyser et traiter les données techniques ? Nous ne le pensons pas.
Il faudra donc, dans un premier temps, s?assurer que cet observatoire s?adjoigne les services de personnes compétentes. Sans le capital humain pour gérer ces fonds et décider comment et à quoi leurs finances seront allouées, nous nous exposons à laisser moisir des milliards dans des tiroirs, faute de savoir les utiliser intelligemment.
La deuxième série de considérations est institutionnelle. Pour transcrire « AMIGO Mauritius » dans la réalité, il va falloir que nos institutions chargées de contribuer à l?opérationnalisation des ces « funds » redoublent d?efficacité. Nous nous permettons de dire que ce n?est pas gagné ! Ces « funds » dont nous parlons auront, dans beaucoup de cas, besoin de locaux, d?équipements et d?investissements, parfois lourds, en matériel. En conséquence, il faudra, par exemple, que le « Central Procurement Office » puisse travailler dans des délais raisonnables et réduits afin d?attribuer les contrats d?achats d?équipements.
Ailleurs, le « Manufacturing Adjustment and SME Development Fund » de Rs 500 millions devra compter sur le bon fonctionnement institutionnel de la SEHDA ou d? « Enterprise Mauritius » pour pouvoir toucher efficacement les entreprises locales qui ont besoin d?aide. Sans devoir se dépêtrer avec des directions paralysées par des guerres internes et des ingérences politiques.
La litanie a été récitée depuis longtemps : nous sommes un petit pays, sans grands moyens (financiers) il nous est donc impossible de nourrir de grandes ambitions.
La croissance aidant, nous disposons désormais de ces moyens qui nous faisaient défaut il y a encore deux ans. Il faut juste qu?on sache les utiliser maintenant?
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