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«Une perte pour la démocratie»
«Un personnage incontournable de l?échiquier politique pakistanais », «un symbole de la démocratie»? Les qualificatifs abondent, quelques heures à peine après l?annonce de l?assassinat de l?ex-Premier ministre du Pakistan, Benazir Bhutto, alors qu?elle était en campagne en vue des prochaines élections générales. Cette nouvelle a déclenché de vives réactions partout dans le monde. *
Et Maurice n?y fait pas exception. Le drame a du reste alimenté toutes les conversations, lors de la réception donnée, comble de l?ironie, pour marquer le départ de deux hauts-commissaires, celui du Pakistan, Syed Hasan Javed, et celui de l?Afrique du Sud, Ajay Bramdeo. C?était à l?hôtel Maritim, à Balaclava.
Ce sont des sentiments de consternation et de tristesse qui ont accueilli cette tragique nouvelle. Tous se disent choqués et ne peuvent s?empêcher de songer aux conséquences d?un tel acte, alors que le pays est en pleine campagne pour les législatives en janvier. Ainsi, le vice-premier ministre Rashid Beebeejaun «espère qu?une enquête approfondie suivra aussitôt pour situer les responsabilités.» Malheureusement, dit-il, l?assassinat de Benazir Bhutto «a été suivi d?actes de violence au Pakistan. Je souhaite vivement que le peuple Pakistanais retrouve vite la paix et la stabilité qui ont été sérieusement perturbées par les derniers événements».
Concernant la sécurité de la communauté mauricienne vivant au Pakistan, le vice-premier ministre se veut serein : «Le ministre des Affaires étrangères est en communication permanente avec le haut-commissaire mauricien Rashid Meerun, et jusqu?à présent la sécurité d?aucun mauricien vivant au Pakistan n?est menacée». (voir encadré).
Le ministre des Affaires étrangères, Madan Dulloo, qui explique avoir suivi de près la situation au Pakistan ces dernières semaines, ne cache pas non plus son inquiétude quant à la suite des événements. «Ce matin même, lors d?une rencontre que j?ai eue avec le haut-commissaire du Pakistan, son excellence Syed Hasan Javed, nous avions tous les deux exprimés des sentiments de satisfaction et d?espoir que les élections prochaines auront lieu dans les meilleures circonstances possibles. Même en apprenant la triste nouvelle de l?assassinat de Benazir Bhutto, nous espérons encore que tout n?est pas remis en question. Malheureusement, notre haut-commissaire au Pakistan avec qui je suis en communication permanente m?a annoncé que la situation se détériore. L?appel au calme du président Musharaff n?a pas tardé et j?espère que le calme reviendra dans les heures qui suivront.».
En ce qui concerne la visite officielle prochaine que doit effectuer le Premier ministre au Pakistan, Madan Dulloo joue la carte de la prudence : «La visite prévue dans quelques semaines du Premier ministre au Pakistan dépendra de l?évolution de la situation dans ce pays. C?est au vu de cela que nous prendrons une décision à ce sujet.»
«Simplicité»
Le haut-commissaire du Pakistan à Maurice, Syed Hasan Javed a qualifié l?assassinat de «tragédie nationale au Pakistan. C?est pour nous un choc d?apprendre l?assassinat d?un grand leader telle que Benazir Bhutto.»
Des propos qui reviennent comme un leitmotiv lors de la soirée. Pour le ministre du logement, Asraf Dulull, «c?est un symbole de la démocratie pakistanaise qui vient de nous quitter.»
L?ambassadeur de l?Egypte à Maurice, Bakary Roushdy Elammary, lui, souhaite que «toutes les factions rivales au Pakistan retrouvent le chemin de la paix.»
Il y aussi ceux qui ont rencontré personnellement l?ancienne PM. Reza Issack, député et ancien lord-maire, est de ceux-là : «J?ai eu la chance de rencontrer Benazir Bhutto lors d?une visite d?Etat du président de la République de l?époque, Cassam Uteem, au Pakistan. Je dois dire qu?elle m?avait frappé par son intelligence, sa maîtrise parfaite de l?anglais, sa grande simplicité et sa convivialité».
Pour l?ancien ambassadeur de Maurice à Islamabad, R. Jahangeer, «c?était un personnage incontournable sur l?échiquier politique pakistanaise. J?espère que les autorités pakistanaises pourront très vite maîtriser la situation, étant donné qu?elle a de nombreux sympathisants dans tout le Pakistan».
Nico PANOU
REACTIONS
Sir Anerood Jugnauth, président de la République
«Je l?ai rencontrée au cours de plusieurs conférences internationales. Je suis très attristé : c?était quelqu?un de très bien.» Propos de Sir Anerood Jugnauth, président de la République, qui estime que dès le jour où l?ex-Premier ministre pakistanais était revenue au pays, des forces occultes complotaient contre elle et cherchaient à l?éliminer.
«C?est très malheureux que cela se passe au Pakistan. Il y a très peu de pays où règne la démocratie», note SAJ qui espère que les élections prévues au Pakistan auront lieu.
Interrogé sur la pertinence du «Prevention of Terrorism Act» dans de telles circonstances, SAJ a aussi rappelé que lorsqu?il était Premier ministre, il avait promis de ne pas s?en servir : «J?ai tenu ma promesse.» Ce qui n?empêche pas le président de la République d?être en faveur d?un tel dispositif. «Nous avions besoin de le mettre en place pour nous protéger de tout danger. Nous ne devions pas attendre qu?une menace se présente pour réagir».
Navin Ramgoolam, Premier ministre
«C?est d?abord choquant et c?est une tragédie pour le Pakistan. C?est un acte de lâches qui avaient peur qu?elle ne remporte les élections. D?ailleurs, elle allait les remporter sans aucun doute. Ils se sont débarrassés d?un politicien d?envergure et d?un grand charisme. Il faut retrouver les coupables mais cela ne la ramènera pas à la vie. C?est une personne que je connais personnellement, l?ayant rencontré l?année dernière aux Etats-Unis. J?ai pu avoir une longue conversation avec elle. J?étais convaincu que lors de ma prochaine visite au Pakistan, c?est elle qui aurait été présidente. Maintenant, tout est remis en question. Par ailleurs, je me demande pourquoi ils nettoient les lieux du crime, enlevant ainsi toutes les évidences alors qu?ils auraient dû isoler ce périmètre.
Rashid Meerun, haut-commissaire mauricien au Pakistan
«C?est un jour très triste pour le Pakistan et la démocratie.» Joint au téléphone, hier soir, le haut-commissaire mauricien au Pakistan, Rashid Meerun, explique que tout le pays est en état de choc après la mort de Benazir Bhutto. Lui même choqué et profondément attristé, Rashid Meerun dira avoir rencontré récemment l?ancienne PM lors d?un dîner : «Elle m?a dit qu?elle connaissait Maurice et qu?elle envisageait d?y prendre des vacances après les élections au Pakistan».
Il explique qu?à hier soir, le président Pervez Musharraf s?est adressé à la nation en condamnant cet acte de violence et en qualifiant le «décès de Benazir Bhutto de grande perte pour la nation». Il a décrété un deuil national de trois jours et lancé un appel pour que la nation garde son calme.
Rashid Meerun explique que c?est aussi le message qu?il a lancé aux Mauriciens au Pakistan, particulièrement aux étudiants : «J?ai contacté des étudiants mauriciens à Islamabad, Karachi et Lahore. Je leur ai demandé de suivre les instructions de leur université en évitant tout déplacement inutile. Dans l?état actuel des choses, on craint le pire car il y a eu des débordements dans la ville où s?est produit l?attentat». Le haut-commissaire ajoute aussi que Rawalpindi, ville où s?est produit l?assassinat a une triste réputation en termes de violence. Elle est actuellement une ville morte, dit-il. «Mais je crois que l?armée pakistanaise est assez puissante pour contrôler la situation et éviter une guerre civile.»
Paul Bérenger, leader de l?opposition
Intervenant hier au Domaine Anna, Paul Bérenger, le leader de l?opposition, a tenu à saluer le courage de Benazir Bhutto. «Mo pensé ki bocou d?entre nou ena mêm santiman ki kan Madam Indira Gandhi ti assassiné. Li ti couma dir enn mama. Nou prie pou ki Pakistan ki enn pays ami et frer arriv à fer fas à sa moman difisil là».
Propos recueillis par Jane L.-O?NEILL, Christel DIALAVA, Olivier MASSON & Kursley THANAY
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