Publicité

«Un budget doit donner le bon signal»

2 avril 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Qu?attendez-vous d?un budget à quelques mois des élections ?

D?un point de vue économique, un budget ne devrait pas adopter une approche électoraliste. Un budget donne des signaux forts aux stakeholders, que ce soit la communauté des affaires, la population en général et surtout les potentiels investisseurs étrangers. Il est donc très important qu?il y ait une balance parce que si le budget est trop social, la communauté des affaires, celle qui crée l?emploi, se sentira lésée.

A quelques mois des élections, est-ce difficile de garder cette balance ?

J?imagine que ce budget-là sera plus social que les années précédentes?

Avez-vous quelques indications quant aux grandes lignes du budget ?

Il y a eu des consultations mais je ne suis pas dans le secret des dieux. Je pense qu?il faudra vraiment attendre lundi pour en savoir plus.

Vous le dites vous-même : il y a de fortes chances que le budget soit électoraliste. En des termes concrets, quel tort est-ce que cela peut nous causer ?

Ecoutez, déjà le mood n?est pas positif. Il y a un sentiment d?instabilité pas seulement à Maurice mais les conditions internationales ne sont pas exactement en notre faveur. D?abord, l?accord multi-fibre est déjà chose du passé et nous connaissons les répercussions sur l?Export Processing Zone. Le protocole sucre est incertain, le tourisme, qui se porte bien, peut subitement souffrir d?une psychose générale causée par le tsunami par exemple, on ne sait jamais. Tout cela pour vous dire que la situation est précaire. Nous n?avons pas de secteur safe, nous n?avons pas de ressources exceptés nos ressources humaines et nous dépendons sur nos partenaires internationales puisque nous importons beaucoup. Cette balance peut shifter à n?importe quel moment. Il est donc extrêmement important de prendre ces choses en considération, donc de donner le bon signal. Au cas contraire, nous allons en souffrir.

Quels sont les signaux que ce budget là doit impérativement donner ?

A ce stade, nous recherchons un nouveau paradigme économique pour Maurice parce que nous savons que nos piliers sont fragiles. Nous devons aussi être inventifs, comme l?idée du duty free hub, par exemple. C?est un excellent concept à explorer mais ce projet sera un lourd fardeau sur la caisse de l?Etat. Nous n?avons pas le choix. Nous devons, à tout prix, trouver un nouveau modèle économique et il ne suffit pas de trouver un nouveau secteur. C?est une question de mindset, d?une approche holistique. Souvent ce sont les petits détails qui empêchent la bonne implémentation d?une mesure. L?obtention des permis est un bon exemple. Finalement, ce n?est pas une question de distribuer tel montant à tel département mais de créer les bonnes conditions. Les hommes d?affaires doivent se sentir motivés et en sécurité.

Quelle serait, d?après vous, la première chose à faire ?

Nous avons un gros problème de chômage. Toutes ces personnes employées dans l?EPZ sont des low skilled people qui ne peuvent se recycler facilement. Ces personnes ne seront pas transformées en des super waiters du jour au lendemain. L?une des propositions budgétaires du MEF était en rapport avec un literacy programme. Nous avons un taux d?alphabétisation élevé à Maurice mais paradoxalement beaucoup de ceux considérés alphabètes ne peuvent ni écrire ni lire. Notre économie a changé, elle est moderne et ces personnes n?y trouvent pas leur place.

Il faudrait donc revoir notre système d?éducation ?

Oui. Nous demandons à l?employeur d?embaucher ces personnes mais aps n?importe qui. Il faut, à ce stade, former les gens et il faut des facilités pour cette formation. Il y a des annonces de vacances partout mais il se trouve qu?il n?y a pas preneur pour ces emplois. Il y a une divergence entre le demand and supply, a mismatch of skills. Il faut impérativement revoir notre système d?éducation. Il nous faut dorénavant des personnes qui peuvent facilement traduire sa connaissance en actions et avec une attitude correcte envers son travail.

Que pensez-vous du concept de démocratisation de l?économie ?

(Sourire?) C?est un sujet sensible n?est-ce pas ? (Hésitations?) Je pense que la démocratisation de l?économie est avant tout de donner the right chance to the right people. Ce n?est pas protéger telle ou telle section de la population mais plutôt d?ouvrir la porte à ceux qui peuvent réussir. Je pense aussi que ce concept est mal compris par la population. Mais il faut aussi faire attention à ne pas donner le mauvais signal. Il ne faut pas que ceux qui ont investi et qui ont généré la richesse se sentent menacés. Que se passera-t-il s?ils se retirent ?

Est-ce un projet viable ?

Je pense qu?il faut être raisonnable. Voyons le cas de Zimbabwe. On peut aussi appeler cela la démocratisation mais qui en souffre ? C?est la population qui doit avant tout en bénéficier. Notre économie est petite et assez solide et il faut faire très attention à ne pas tout envoyer en l?air.

La vie devient de plus en plus chère. Tout porte à croire que la situation va empirer puisque nous importons beaucoup mais les salaires ne suivent pas. Comment voyez-vous la situation ?

Vous savez, il y a des choses que nous pouvons contrôler et d?autres pas. Quand les prix montent, c?est pareil pour le marché international. On ne peut essayer de contenir cette majoration artificiellement parce que le déficit budgétaire va augmenter. Quand on dit que les salaires n?augmentent pas, je ne suis pas d?accord. Les statistiques démontrent que de 1990 à 2004, le salaire mensuel moyen a augmenté de 366 %. L?inflation n?a, par contre, augmenté que de 234 %. Il n?est donc pas vrai de dire que les salaires ne suivent pas.

Quel est le salaire mensuel moyen ?

Je n?ai pas les chiffres en tête mais je pense que l?average household income est entre Rs12 000 et Rs15 000.

Est-ce suffisant ?

Regardez les dépenses. C?est relatif. En Grande-Bretagne par exemple, vous gagnez plus mais vous dépensez plus aussi. Il faut comparer au coût de la vie.

Mais le coût de la vie n?est pas si bas que cela à Maurice?

Effectivement mais ce qui compte, c?est que les salaires suivent. Vous savez, les salaires, c?est aussi une question de d?aptitude. Si une compagnie veut retenir un élément valable, il doit payer. C?est la loi du demand and supply.

D?aucuns invoquent facilement la globalisation pour justifier la morosité économique. Serait-ce seulement une excuse ?

Non, nous n?y pouvons rien. A moins de vouloir être une économie fermée et ne produire que pour nous-mêmes. D?autre part, il serait trop facile de blâmer the bad guys out there. Mais il faut nous poser la question : avons-nous fait the right thing at the right time ? Je vous donne un exemple. Nos lois sur le travail, trop restrictives, ne permettent pas la croissance. Quand vous avez un entrepreneur qui veut être innovateur mais que les lois ne le leur permettent pas, pouvez-vous le blâmer quand il décide de se délocaliser ?

Est-il temps de se serrer la ceinture ?

Je pense qu?il y a des sacrifices que nous devons faire. Il faut des fois prendre du recul pour mieux rebondir mais il faut être crédible. L?Etat ne peut pas demander au peuple de se serrer la ceinture et puis ?

?organiser des conférences Sids ?

(Rires?) Je n?ai pas dit cela !

Mais j?allais justement y venir. Est-ce raisonnable de demander au peuple de se serrer la ceinture pour ensuite agir d?une façon qui peut être perçue comme étant dépensière ?

Vous savez, la conférence Sids n?apportera pas des résultats tangibles. Mais elle était importante pour nous placer sur la carte internationale.

Est-ce qu?en mars, un ministre des Finances a tous les chiffres qu?il faut pour présenter le budget ?

Il y a beaucoup de chiffres qu?on peut prévoir. La CSO prépare des quarter accounts maintenant. Ils n?auront pas toutes les statistiques mais certainement les essentielles.

Est-ce que cela a du sens économiquement de présenter un budget en début d?avril ?

(Hésitations)? Je n?y ai pas vraiment pensé. Oui et non, je suppose. Cela dépend de ce que sera le budget. Si on donne le bon signal, je dis pourquoi pas ? Mais si c?est un budget électoraliste, alors it?s wrong.

«Je pense qu?il y a des sacrifices que nous devons faire. Il faut des fois prendre du recul pour mieux rebondir mais il faut être crédible. L?Etat ne peut pas demander au peuple de serrer la ceinture...»

«Toutes ces personnes employées dans l?EPZ sont des low skilled people qui ne peuvent se recycler facilement. Ces personnes ne seront pas transformées en des super waiters du jour au lendemain.»

Publicité