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«Tendre la main aux défavorisés»

11 décembre 2004, 00:00

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● L?éducation obligatoire jusqu?à 16 ans. Pourquoi ?

Cette obligation, c?est avant tout l?engagement de l?état d?offrir la scolarité à tous sur 11 années, sans compter le pré-primaire. C?est un pari sur l?avenir, c?est un investissement dans nos ressources humaines.

● On peut dire qu?on attend ce projet depuis longtemps. Pourquoi sa concrétisation maintenant ?

Bon, il fallait d?abord trouver des places. L?autre jour au Parlement, j?ai dit une chose qui a été très mal comprise. J?ai dit qu?à certains égards la scolarité gratuite au secondaire aura été un mythe. Ce que j?ai voulu dire c?est que si en janvier 1977, tous les enfants mauriciens s?étaient dit : «on veut aller à l?école secondaire», il n?y aurait pas eu de place. Aujourd?hui quand j?entends dire que la réforme, ce n?est pas uniquement des bâtiments, cela me fait rire. Parce qu?avant tout, il fallait pourvoir le pays d?écoles. C?est pour cela que pendant ces quatre dernières années, nous avons mis en opération environ 34 collèges d?Etat additionnels. Dans l?absolu, il fallait augmenter considérablement la capacité d?accueil du système éducatif au secondaire, ceci pour permettre l?introduction de la scolarité obligatoire.

● Comment mettre en pratique un tel projet quand, déjà avec l?éducation obligatoire jusqu?à 12 ans, de nombreux enfants étaient dans les rues ?

Il s?agit d?abord de s?assurer que tous les enfants qui auront 5 ans au 31 décembre iront à l?école l?an prochain. En effet, en 1991, quand le cycle primaire est devenu obligatoire, il n?y avait pas de mécanisme pour s?assurer que les enfants allaient à l?école. L?informatisation de l?état civil va nous aider déjà à récupérer les enfants qui ont été déclarés, mais qui ne vont pas en classe. Puis, une fois qu?ils sont à l?école, il nous faut nous assurer qu?ils y restent. Nous avons noté que nous perdons environ 1 % des enfants des standards 1 à 6. Actuellement, il n?y a pas de suivi systématique. Un enfant s?absente de l?école, on essaye de le joindre et après un certain temps, on se dit que cet enfant a sûrement déménagé et cela s?arrête là. Ceci n?est plus acceptable. Ce qui va se mettre en place dès le début de l?année prochaine, c?est un procédé clair, applicable dans toutes les écoles, pour qu?il y ait un suivi dès qu?un enfant s?absente. Si cela ne marche pas, le suivi sera fait au ministère et, dans un troisième temps, il y aura un steering committee au niveau national qui va comprendre tous les ministères et autorités concernés afin que chaque cas puisse être suivi.

Le passage du primaire au secondaire sera suivi à partir de la base de données informatisée du MES. L?admission au secondaire ne sera plus optionnelle.

● Le ministère de l?éducation ira retrouver ces enfants de 13, 14 ans et les obliger à aller à l?école ?

Ah non, pas du tout. Il n?appartiendra pas au ministère de ramener les enfants de force à l?école. Ce ne serait pas réaliste. Ceux qui ont été à l?école en 2004 devront y être en 2005, sauf s?ils ont atteint 16 ans.

● Quelle est cette « reasonable cause » qui épargnera ceux des parents qui n?enverront pas leurs enfants à l?école ?

Là aussi, c?est tout à fait un faux procès. Une loi qui impose des obligations doit logiquement prévoir des sanctions. Au début des années 90, le ministre Parsuramen avait légiféré pour rendre la scolarité obligatoire dans le primaire, dans tout le pays. Cette loi prévoyait aussi une amende et une peine d?emprisonnement. A ma connaissance, aucun parent n?a été poursuivi ou condamné. Et il en sera de même tant que je serai ministre de l?éducation. La sanction prévue est là pour dissuader tout parent qui penserait à ne pas envoyer son enfant à l?école.

● Si le parent sait que, dans la pratique, il n?y aura pas de sanction, comment le motiver pour scolariser son enfant ?

Ecoutez, il existe très peu de cas où il y a une décision rationnelle, réfléchie, délibérée dans lesquels un parent, qui peut envoyer son enfant à l?école, ne le fait pas.

● Pourquoi donc des enfants ne vont toujours pas à l?école ?

Je pense que les obstacles à une scolarisation prolongée des enfants mauriciens sont de deux types : les facteurs socio-économiques, et, éventuellement culturels. Cela concerne surtout les plus pauvres, les marginaux, les familles brisées. Pour ces cas, il y a déjà un énorme progrès. Et nous allons permettre à ces parents de nous indiquer leurs difficultés pour que nous puissions travailler avec eux. Il faut les identifier et les accompagner. Et puis il y a ces parents qui ont eux-mêmes échoué, pour qui la scolarisation n?a rien apporté de positif, et qui ont souvent un blocage psychologique, culturel vis-à-vis de l?école. Il faut donc les convaincre de l?utilité de la scolarisation. Autre cas de figure, ceux qui ont des handicaps, mentaux et physiques. Nous travaillons sur la scolarité inclusive avec les ONG. Il reste cependant encore beaucoup à faire.

● Est-ce que les parents mauriciens sont convaincus de l?impératif de scolariser leurs enfants ?

Certainement. Je pense que la chance inouïe que nous avons à Maurice, c?est que les gens, dans leur grande majorité, croient dans les vertus de l?éducation. Nous sommes une population d?immigrés. Vous, moi, nous occupons aujourd?hui la place que nous avons parce que nos parents ont cru dans l?éducation. Les parents mauriciens sont prêts à d?énormes sacrifices pour envoyer leurs enfants à l?école.

● Mais ce n?est pas tout le monde?.

Ce n?est pas tout le monde, oui, mais c?est le cas pour la grande majorité de notre population. Auparavant, l?effort se faisait pour les garçons, mais maintenant l?éducation pour la fille est aussi une obligation. Je n?ai rencontré personne qui se soit opposé à ce projet. Bien au contraire, tous disent «merci, mais faites mieux. Trouvez-nous plus de places».

● Et ces autres parents, si préoccupés par la survie de la famille que l?éducation devient le cadet de leurs soucis ?

Le sens profond de cette législation, c?est de tendre la main à ces parents. Pour la classe moyenne, ce projet de loi ne change rien dans les faits. Il est censé changer la vie des plus pauvres et des plus démunis. En encourageant à aller vers eux, à s?enquérir de la non-scolarisation de leur enfant, et surtout, en leur offrant une avenue de promotion sociale.

● Et que dites-vous à ceux qui disent que vous avez démantelé l?élite ?

Ce que je m?efforce de répéter depuis quatre ans. Il ne s?agit pas de démanteler l?élite mais d?élargir la base de l?élite.

● Et vous pensez que cela peut se faire ?

Je dis que le système que j?ai hérité est celui qui a émergé du modèle économique qui s?appelle la plantation economy. Economie à vocation agricole qui devait produire une infime minorité constituant l?élite qui donnerait des fonctionnaires. La vaste majorité, elle, serait équipée pour aller couper la canne. L?île Maurice a changé.

● Parlons politique. Que pensez-vous d?une femme comme ministre de la Pêche ?

Je veux croire que je suis un féministe et qu?un poste qui peut être occupé par un homme peut aussi être occupé par une femme. Une ministre de la Pêche, c?est bien, une Première ministre, une présidente de la République, c?est mieux !

● Présidente de la République aussi ?

Bien sûr ! La situation des femmes à Maurice n?est pas brillante et devrait nous faire honte à tous.

● 35 ans après, le MMM répond-il toujours aux aspirations des militants ?

Le MMM se doit d?être l?expression des militants d?aujourd?hui et pas de ceux d?il y a 35 ans. Le MMM se doit d?être en phase avec la mondialisation. Le MMM se doit d?être fidèle à sa vocation qui est d?être l?instrument politique des défavorisés.

<B>propos recueillis par Deepa BHOOKUN</B>

«Nous avons mis en opération environ 34 collèges d?Etat additionnels. Il fallait augmenter la capacité d?accueil du système éducatif au secondaire, ceci pour permettre l?introduction de la scolarité obligatoire.»

«Je pense que la chance inouïe que nous avons à Maurice, c?est que les gens, dans leur grande majorité, croient dans les vertus de l?éducation. Les parents mauriciens sont prêts à d?énormes sacrifices pour envoyer leurs enfants à l?école.»

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