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«Star Schools» : les dédales des combines
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«Star Schools» : les dédales des combines
Cela devait être une journée de travail comme une autre pour ce maître d?école d?un établissement très prisé de la capitale. Mais c?est passé autrement. À peine quelques minutes après l?assemblée du matin, un adulte fait irruption dans l?enceinte de l?école, fonce vers le maître d?école et lui met un sabre sous le cou. L?objet de l?agression : il veut absolument faire admettre son enfant dans cette école. N?était-ce le sang froid du maître d?école, la situation aurait pu virer au drame.
Ce cas donne toute la mesure de ce désespoir qui habite les parents dont les enfants doivent commencer leur éducation primaire. La grosse arnaque détectée à l?école Hugh Otter Barry met au jour cette affliction. L?arrestation de certains parents révèlent en fin de compte la détresse à laquelle ils sont soumis, la fascination qu?exercent les écoles à fort taux de réussite et tout le dysfonctionnement du système éducatif mauricien.
Les parents mulplient donc les procédés à chaque rentrée scolaire pour se réserver des places dans les meilleures écoles.
Il existe des formules classiques. Les plus connues sont évidemment l?utilisation des factures d?électricité et d?eau fallacieuses. Là, les techniques sont multiples. Confidences de maîtres d?école et de syndicalistes : des parents louent une maison qu?ils n?habitent pas à proximité d?une école pour se retrouver dans le catchment area (secteur de recrutement scolaire) indiqué. Au cas contraire, on produit un carnet de quittances de loyer d?un propriétaire de maison. D?autres partagent la facture d?électricité ou d?eau avec un propriétaire de maison juste pour obtenir l?attestation de résidence.
<B>Une dérive sans limite</B>
«C?est en fait une véritable mafia qui opère dans ce secteur. Je connaîs le cas d?un propriétaire de maison qui a quelque dix compteurs chez lui et qu?il fait payer par des parents qui souhaitent inscrire leurs enfants dans l?école primaire de la région. C?est une dérive qui n?a plus de limite. On retrouve aussi des parents qui n?hésitent pas à investir dans l?achat des maisons et appartements aux alentours des meilleures écoles», explique Vinod Seegum, de la Government Teachers? Union (GTU).
Un phénomène confirmé par le père Hervé de St Pern, directeur du Bureau de l?éducation catholique, qui relève même l?émergence autour des star schools des quartiers et agglomérations de nantis. «C?est un cercle vicieux. Alors que des riches s?exilent autour des écoles dites performantes, les pauvres, eux, restent dans leurs localités d?origine condamnant ainsi certaines écoles à une fatalité reproductive d?échecs», affirme Hervé de St Pern.
Vinod Seegum rappelle, dans le même ordre d?idées, que des parents décident de l?école que fréquentera un enfant avant même la naissance de ce dernier. «C?est un système des plus injustes parce que seulement ceux qui ont les moyens peuvent s?offrir des places dans les star schools alors que d?autres écoles ont des mobiliers qui datent de 50 ans. Croyez-vous que le service de maintenance effectue son travail avec la même impartialité et rapidité pour une école ZEP et une star school», s?interroge le président de la GTU.
Parmi les autres techniques qu?utilisent des parents, on relève la demande de transfert pour un enfant arrivé en seconde ou en troisième.
La recherche de l?intervention politique et les pots-de-vin cons- tituent d?autres pratiques frauduleuses. L?ampleur de ce drame démontre clairement que certains parents ne reculent devant rien. «Lorsque l?état lui-même encourage des parents à envoyer leurs enfants dans des écoles prisées au détriment des écoles moins mises en valeur dans la même localité, comment voulez-vous qu?on s?en sorte? Comment voulez-vous que les instituteurs soient motivés ? Comment voulez-vous que des écoles ne soient pas condamnées au cycle infernal de l?échec», demande avec force Vinod Seegum.
Le mal est partout. Les possibilités de solution existent. Mais, au lieu de cela, les dirigeants continuent à effectuer des choix des plus illogiques. La mise en place du principe des collèges nationaux va pervertir davantage le système. Le mythe de la star school se perpétue. Sur les 283 écoles primaires du pays, elles sont à peu près une vingtaine à bénéficier du statut d?écoles produisant de bons résultats. Il se trouve que chaque région a son «école étoilée». Pour être classée en tant que telle, une école doit réunir certaines conditions. Dont, outre le taux de réussite, une infrastructure soignée, les meilleurs élèves, des instituteurs réputés efficaces, des parents d?élèves qui font un suivi systématique de leurs enfants, un encadrement et une motivation constants, des élèves abonnés aux leçons particulières? Bref des conditions objectives qui trouvent leur justification dans le pouvoir de l?argent.
Quant aux conditions que les parents doivent remplir pour l?admission de leurs enfants, elles sont bien définies mais le ministère ne dispose pas de structures appropriées pour faire le suivi. Un ancien cadre du ministère de l?éducation nous confie que ce n?est que sur protestation des parents à la police qu?une enquête peut être ouverte. «La décision de publier la liste des enfants admis va dans la bonne direction. Ce n?est qu?à travers ce moyen que des parents qui se sentent floués peuvent dénoncer des faux résidents de leur localité. Après enquête de la police, les mesures correctives peuvent être prises. Sans une telle déposition à la police, rien ne peut être fait», explique cet ancien cadre du ministère. Au niveau du ministère, on plaide aussi pour que les admissions se fassent le plus tôt possible. Soit vers le mois d?août. Ce qui donne aux maîtres d?école et aux inspecteurs d?effectuer éventuellement un travail de suivi.
Mais il est évident que c?est un problème de fond. «Il importe de s?attaquer à un problème à sa source. Il s?agit de mettre tout le monde autour d?une table ? parents d?élèves, maîtres d?école, officiers du ministère, syndicalistes et autres stakeholders ? pour essayer de trouver une solution», estime Vinod Seegum.
En effet, au lieu de sortir de la logique de la compétition, nous nous enfonçons dans les abîmes de la rat race. Cela a toujours été une histoire d?enfants qui sont les mieux classés pour accéder aux meilleurs collèges. Pour réussir ce parcours, l?accès aux star schools du primaire était un impératif.
<B>S?engouffrer dans un système sélectif</B>
Avec la prochaine introduction des collèges nationaux, man?uvre déguisée pour consacrer un élitisme défini et marqué, la dérive sera extrême. «Si on ne change pas de logique, il y aura un pervertissement généralisé du système. L?obsession des résultats fait qu?on ne s?intéresse plus de savoir si l?enfant acquiert réellement une connaissance. Tout est focalisé sur les résultats qui garantissent l?accès à un bon collège. On pense en fait que l?enfant ne fera pas mieux ailleurs. C?est pour cela qu?on est obsédé par ces écoles dites star schools», fait ressortir Hervé de St Pern.
On s?engouffre donc dans le système sélectif. Les enfants et leurs parents se battent pour avoir un prix. Hervé de St Pern propose, pour se sortir de ce système, qu?on pratique le tirage au sort pour déterminer l?allocation des places dans les écoles primaires. C?est une hypothèse mais il ressort clairement que le problème se posera différemment si les écoles étaient de niveau relativement égales.
Aujourd?hui telles que les choses se présentent, c?est aux parents de dénoncer l?imposture des autres parents. Cela illustre tout le dysfonctionnement du système. Ce n?est ni au ministère de l?éducation, ni à une quelconque autorité de contrôle de tracer les arnaqueurs. C?est aux parents de le faire ! Cela en dit long de ce système. Lorsqu?il est question de dresser les orientations générales de l?éducation, c?est au politique de le faire. Mais lorsqu?il est question de corriger des anomalies, c?est aux parents de prendre l?initiative ! Comment s?en sortir? Sans aucun doute, il faudra poser la question à ces grands concepteurs du régime de la sélection que recèle les collèges nationaux. L?infantilisation de l?enfant mauricien, tel semble être leur nouveau projet éducatif !
Aujourd?hui, ce sont des parents d?élèves qui se retrouvent sur les bancs des accusés. C?est ainsi qu?un système fait des victimes des coupables et inversement. C?est ainsi que des parents cessent de vivre pour assurer «une bonne éducation» à leurs enfants. C?est ainsi que des dirigeants politiques introduisent un projet politico-ethnique au sein d?un projet éducatif.
Autant on plaide en faveur d?un réformisme radical de l?économie, autant on pratique le pervertissement de notre système éducatif. L?hymne à la raison est à bien des égards en ce sens à géométrie variable pour nos gouvernants.
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