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«Ramgoolam est fan de Raddhoa»

6 janvier 2007, 00:00

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Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN

● Comment se porte Prem Raddhoa en ce début d?année ?

Très bien. Nous avons déjà repris le travail et comme vous le savez, nous avons déjà un meurtre sous la main en sus d?un cas de disparition à Henrietta.

● Justement comment décide-t-on à quelle équipe allouer telle ou telle enquête ?

On se partage le travail. Le commissaire de police (CP) a donné des directives claires concernant chaque département. Les cas de meurtres sont normalement pris en charge par le Criminal Investigation Division (CID) de l?endroit. La Major Crimes Investigation Team (MCIT) s?occupe de ces cas qui tardent à être élucidés, de même que des cas difficiles. Cela dit, nous sommes flexibles et sommes là pour donner un coup de main aux autres collègues. La plupart du temps, la MCIT s?occupe des cas en suspens comme ceux de Nadine Dantier, d?Akmez Aumeer, de Bassin- Blanc etc.

● Pourquoi cela prend-il autant de temps pour élucider des crimes ?

C?est ainsi à travers le monde. Mais vous savez que mon équipe et moi, avons la réputation d?être rapides. J?ai déterré des cadavres et j?ai ainsi marqué l?histoire de la police avec ma performance. Mais sinon en général, les affaires prennent du temps.

● Pourquoi est-ce justement le cas ?

C?est la grande question. Souvent il y a des problèmes au niveau des témoignages et puis, nous n?avons pas toujours le soutien des informateurs et du public , y compris des parents des victimes. Cela retarde notre travail. Mais je dois dire que le CP a mis tous les moyens à notre disposition pour que nous puissions mener à bien notre travail. Maintenant, c?est à nous de démontrer notre capacité.

● Y a-t-il selon vous un problème de formation au sein de la force policière ?

Personnellement, je me suis formé tout seul. J?ai tout appris sur le terrain et en m?inspirant des anciens. Je suis un des rares policiers à avoir apporté des résultats mais qui n?a jamais bénéficié d?une formation étrangère alors que beaucoup de jeunes ont bénéficié de ces stages.

● La lacune viendrait-elle au niveau des méthodes d?enquête ?

Il n?y a pas de techniques d?enquête préétablies. Le problème est peut-être que nous opérons de façons différentes. Mais nous avons toutes les facilités à notre disposition. Même en ce qui concerne la façon d?interroger un suspect, il n?y a pas de techniques établies. Il faut qui plus est faire appel à la psychologie et être persévérants. Par ailleurs, il faut faire bien attention à ne pas arrêter n?importe qui dans un cas de meurtre. Avant d?arrêter un suspect, l?on doit être sûr d?avoir assez de preuves contre lui. Le travail de terrain est donc très important avant de « cuisiner » une personne. Quand je dis cuisiner, je ne parle pas de violence. Je suis contre. J?en profite pour condamner l?exécution de Saddam Hussein, étant contre la peine capitale.

C?est très important pour un policier de ne pas arrêter des innocents.

● Êtes-vous convaincu de n?avoir jamais arrêté un innocent ?

J?en suis convaincu. De toute ma carrière, je ne l?ai jamais fait et j?en suis fier.

● Avons-nous trop tendance à Maurice à dépendre des aveux d?un suspect ?

Il faut que ce soit ainsi et que cela dure. Ce n?est pas mon invention mais celle des grands légistes. Nous avons vu avec les résultats récents des tests ADN qui ont choqué les enquêteurs. Prenons pour exemple le cas de Mahébourg, celui d?Anita Jolita. Je ne veux pas jeter la boue sur qui que ce soit mais en tant qu?enquêteur, je pense qu?il est essentiel de rassembler toutes les preuves requises, ce qui peut par la suite même permettre de contrer les tests d?ADN.

● Quelle est donc votre lecture de l?affaire de Mahébourg ? Ces jeunes auraient avoué leur crime mais les tests ADN sont négatif.

Je suis choqué mais que voulez-vous ? Chacun doit jouer son rôle pleinement.

● Que voulez-vous dire ? Le test d?ADN n?est-il pas fiable selon vous ?

Ce n?est pas ce que j?ai dit. Si cela concerne le forensics, que ceux qui sont concernés prennent leurs responsabilités.

● Et que va-t-il se passer dans ce cas particulier ? L?enquête va-t-elle recommencer ?

L?enquête va suivre son cours. Vous savez, les tests ADN ne sont pas un facteur décisif dans une enquête. Il y a d?autres facteurs qui doivent être pris en compte.

● Est-ce dans les laboratoires mauriciens que vous n?avez pas confiance ?

Je ne suis pas habilité à commenter sur leur efficacité. Ce qui est important, c?est que chacun fait son travail en son âme et conscience.

● J?ai l?impression que vous ne faites pas trop confiance à la médecine légale ?

Pas du tout, je n?ai jamais dit ça. Ce que je dis, c?est qu?il y a des gens qui ont été choqués par les résultats d?ADN dans l?affaire Anita Jolita.

● L?affaire Nadine Dantier est encore un exemple de contradictions. Allez-vous pouvoir résoudre cette affaire ? Et qu?en est-il des autres cas non résolus ?

Écoutez, nous aussi nous aurions aimé résoudre ces affaires et il ne faut pas jeter la pierre aux anciens enquêteurs. Chacun travaille selon ses capacités.

● Mais est-ce que tout cela n?ajoute pas à la perception que les crimes restent pendant longtemps non élucidés ?

Maurice est un petit pays et tous les crimes auraient dû être résolus sans difficulté. En 2000, mon équipe était beaucoup plus performante mais malheureusement, le gouvernement d?alors l?a démantelée. Aujourd?hui, nous ne pouvons fonctionner pleinement car il y a toutes ces affaires qui se sont déroulées pendant mon absence à résoudre. Je maintiens que si mon équipe était là, beaucoup de crimes n?auraient pas été commis.

● Mais en même temps, c?est votre équipe qui s?est occupée de l?affaire Vanessa Lagesse. Or, une caméra fut saisie il y a cinq ans et présentée en cour, la police ne sachant même pas qu?il y avait une pellicule à l?intérieur de celle-ci. Cela donne l?impression que le travail est fait au petit bonheur, n?est-ce pas ?

Cette affaire est en cour et je ne peux pas la commenter.

● Pensez-vous qu?il y a des manquements dans la façon dont la police travaille ?

Je pense que nous n?opérons pas toujours comme des professionnels. Cela résulte d?un manque d?expérience qui fait que l?on n?observe pas autant que l?on devrait. Je dirais que nous avons beaucoup de qualités, malgré un certain amateurisme, qui est peut-être notre seul défaut.

● En sus d?un manque de formation ?

Non, puisque l?on apprend sur le tas.

● La formation n?est donc pas importante, selon vous ?

C?est important mais cela ne veut pas dire que si l?on n?a pas été formé, on ne peut pas travailler comme il faut.

● 2006 a été une année très mouvementée pour vous?

En effet, elle avait mal commencé avec l?affaire Ramlogun.

● Vous avez surtout fait l?objet de beaucoup de critiques. Est-ce que 2007 sera différent ?

(Hésitations?) Écoutez, je n?ai pas planifié tout ce qui s?est passé en 2006. Ainsi va la vie. Je ne peux pas dire ce qui va se passer en 2007 parce qu?il faut vivre le moment présent. Du passé, nous gagnons en expérience et essayons de ne pas répéter les mêmes erreurs.

● Vous avez fait des erreurs en 2006 ?

Si jamais erreur il y avait...

● Mais avec du recul, qu?auriez-vous fait différemment ?

Je ne pense pas que l?on pouvait empêcher ce qui s?est passé de se produire. Ce qui doit arriver, arrive. Les gens meurent tous les jours vous savez. On ne peut pas tenir les autres pour responsables quand il y a des morts accidentelles. Les affaires que j?ai élucidées sont quand même entrées dans les annales.

● Mais 2006 s?est terminée sur une bonne note pour vous avec le jugement de la Human Rights Commission ?

Je ne suis pas étonné. On a tellement brodé sur ce qui s?est réellement passé. Mais il faut faire ressortir que ce n?est pas le juge Seetulsingh seul, qui est arrivé à cette décision ; c?était une décision du board. Il y a trop de gens qui veulent se débarrasser de moi. Il ne faut toutefois pas oublier que le pays était sens dessus dessous quand on s?est débarrassé de moi en 2000. Si j?étais là, Nadine Dantier serait toujours en vie, Akmez Aumeer n?aurait pas disparu et l?affaire Bassin-Blanc n?aurait pas lieu d?être.

● Mais vous n?arrivez cependant toujours pas à élucider ces mêmes cas ?

Comme je vous l?ai dit,c?est là mon souhait le plus cher. Nous espérons que la lumière sera faite sur ces affaires. En tant qu?enquêteur, je ne peux pas spéculer.

● Quel est l?état de vos relations avec le commissaire de police ?

Nous nous entendons très bien. La hiérarchie est respectée au sein de la police, malgré ces palabres qui essaient de saper le moral des autres officiers.

● Et le Premier ministre ?

Je suis un fan de Navin Ramgoolam et je sais que Navin Ramgoolam est un fan de Prem Raddhoa.

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