Publicité
«Pravind Jugnauth nous a rendu la vie amère»
Par
Partager cet article
«Pravind Jugnauth nous a rendu la vie amère»
<B> Que pensez-vous de l?idée de faire de Maurice un «duty-free paradise» ? </B>
Il faut être honnête là-dedans, c?est une bonne initiative. Et je pense que, dans les années à venir, cela nous rapportera beaucoup. Mais c?est un concept qui sera au détriment de l?industrie locale car celle-ci ne pourra jamais faire face à la compétition. Nous importons nos matières premières et donc nous sommes désavantagés dès le départ. Ce qui entraînera des conséquences : perte d?emplois, baisse de productivité et la fermeture pour beaucoup.
<B> Le lendemain du budget, le Premier ministre et son adjoint ont annoncé qu?il y aura des mesures pour protéger les PME. Que pensez-vous de cette annonce ? </B>
Je suis étonné parce que ces mesures dont ils parlent n?ont pas été annoncées dans le discours du budget. Ce n?est qu?après quand nous avons fait entendre notre voix qu?ils ont fait cette annonce. Quelles sont ces mesures, quel est ce plan d?action dont ils parlent ? Je ne sais pas.
<B> Mais la situation actuelle n?est-elle pas une bonne occasion d?améliorer le service, la qualité, bref d?essayer tout au moins d?être plus compétitif ? </B>
Nous entendons ce langage depuis longtemps et, depuis six ans, les petites et moyennes entreprises (PME) investissent dans les technologies pour améliorer la qualité mais ce n?est pas suffisant. Comment devenir compétitif quand vous avez autant d?obstacles devant vous ? Et tous ces obstacles sont répercutés sur le coût de la production.
<B> Mais justement, ne vous étonnez-vous pas que rien n?a été dit sur les patites et moyennes entreprises (PME) lors du budget alors que, ces dernières années, on n?arrêtait pas d?encourager ce secteur, en lui donnant toutes les facilités ? </B>
Bien sûr que je suis étonné. En 2004, le gouvernement avait pris la décision de créer un ministère pour encourager l?entrepreneuriat. Nous avions même eu un ministre en la personne de Joe Lesjongard qui est venu avec un plan d?action pour promouvoir l?entrepreneuriat car le chômage battait son plein. A notre grand étonnement, le gouvernement décide d?éliminer le ministère quand il y a eu le remaniement et divise les PME en plusieurs ministères. Le gouvernement s?est dès lors attaqué à un symbole.
<B> La situation actuelle était donc prévisible ? </B>
Disons que, depuis l?année dernière, j?ai constaté un démantèlement des PME. Aujourd?hui, on pourrait presque parler de son élimination au détriment des grandes entreprises.
<B> Vous êtes presque en train de dire que le gouvernement veut délibérément tuer les PME?</B>
Ecoutez, nous connaissons les circonstances dans lesquelles ce budget a été présenté. Il s?agissait de faire labous dou?
<B> C?est peut-être une façon de voir les choses mais il ne faut pas oublier que c?est l?OMC qui recommande ces mesures. Maurice est signataire?</B>
Vous savez, je me perds dans toutes ces contradictions. Au début de l?année, dans ce même lieu (Centre de conférences Swami Vivekananda), Maurice était le pays hôte de la conférence des petits états insulaires en dévéloppement (SIDS). Pourquoi cette conférence ? C?est quoi les SIDS ? Ce sont des petits états insulaires qui ne peuvent pas appliquer les mesures préconisées par l?Organisation mondiale du commerce. Nous allons demander des tarifs préférentiels à l?OMC et en même temps nous venons contredire notre combat. Je me pose des questions sur cette incohérence. Je me demande si la candidature de Jayen Cuttaree à l?OMC n?y est pas pour quelque chose. Faut-il prouver quelque chose à l?OMC ? Je ne sais pas. En tout cas, c?est une grande erreur.
<B> J?essaye de suivre votre ligne de pensée. Une erreur ou une action délibérée ? </B>
En tout cas une action électorale.
<B> Y a-t-il eu des consultations pré-budgétaires ? </B>
Pas du tout. C?était une décision unilatérale. Une mauvaise décision. Le ministre des Finances aurait dû en discuter.
<B> Dans combien de temps les répercussions se feront-elles sentir ? </B>
Déjà j?entends dire que les vols d?Air Mauritius à destination de l?Asie sont booked pour les deux prochains mois. De plus, certains articles ont été détaxés de 80 % à 0 % alors que d?autres vont être détaxés par étapes. Nous avons deux secteurs fragiles, la bijouterie et le textile et, sur ces produits importés, on détaxe complètement. Expliquez-moi la logique! Vous tuez ainsi ces secteurs comme s?ils vous gênaient ?
<B> Vous avez eu l?occasion d?en discuter avec le ministre des Finances après la présentation du budget ? </B>
Il m?a dit «nou va gete» et que si «mo pa ti fer sa aster la, mo ti pou fer li en 2008». Je n?ai rien dit sur le coup mais j?ai sollicité une rencontre avec lui et nous irons avec des propositions pour nous permettre de survivre.
<B> Qu?arrive-t-il donc au concept «Achetez mauricien» ? </B>
Le slogan a été créé parce que, quand les Mauriciens achètent mauricien, cela donne plus de pouvoir à l?industrie locale, qui peut prospérer et créer davantage d?emplois. C?est la raison pour laquelle je ne comprends pas l?attitude du gouvernement. Se sont-ils endormis subitement ? Quelques semaines après la foire que le gouvernement a organisée pour vanter le slogan «Achetez mauricien», ils viennent avec cette décision. Je suis dépassé.
<B> Je me pose une question : est-ce que quelque part l?industrie mauricienne ne s?est pas reposée sur ses lauriers parce que le gouvernement la protégeait ? Et que, maintenant qu?elle se sent délaissée, elle proteste ? </B>
Protégée ? Je vais vous dire une chose. Si l?industrie locale est arrivée là où elle est, c?est à 90 % grâce au labeur et au courage des entrepreneurs. Nous avons présenté plusieurs documents faisant état des problèmes que nous rencontrons. Qu?avons-nous eu ? Rien. Il y a des procédures, des dépenses exorbitantes pour l?obtention d?un permis que l?on est même pas sûr d?avoir. Au contraire, l?Etat a profité de notre prospérité, c?est lui qui recueille les taxes. Si l?Etat avait à c?ur nos intérêts et l?intérêt des Mauriciens, cette décision n?aurait pas été prise.
<B> Que se passera-t-il pour l?exportation ? Est-ce que les PME pourront devenir export-oriented ? </B>
Mais aussi exporter où ? En Afrique ? A part la Southern African Development Community et le Common Market for Eastern and Southern Africa, il n?y a pas d?infrastructure, pas de politique monétaire. Ce n?est pas réaliste. Il faut du financement. Où est-ce que l?entrepreneur en trouvera-t-il ? On parle de globalisation mais est-ce que l?Afrique est globale ?
<B> Dites-nous, combien d?emplois seront affectés par la décision budgétaire ? </B>
L?estimation a été faite pour l?industrie locale. Environ 50 000 à 60 000 emplois directs seront affectés. Pour les PME, 20 000 à peu prés. Cette estimation ne concerne que ceux qui se sont enregistrés à la Small and Medium Industries Development Organisation (Smido). Il y en a beaucoup d?autres sinon même plus qui ne sont pas enregistrés. Il y a beaucoup plus d?emplois indirects. Je suis encore abasourdi.
<B> Vous êtes catégorique là-dessus ? Il y aura plus de chômeurs ? </B>
Cette décision va générer le chômage.
<B> Et quid de la création d?emplois ? </B>
Pas pour le moment. Création, comment, où ?
<B> Vous pensez donc que nous ne sommes pas prêts à nous transformer en duty-free island donc ? </B>
Je ne pense pas. On a voulu faire un coup historique sans réfléchir aux conséquences. Pravind Jugnauth disait qu?il allait changer notre vie en deux heures alors que Ramgoolam parlait de 100 jours. Je dis oui, il a changé notre vie en deux heures ; il l?a rendue amère.
<B> Cette mesure bénéficie à qui finalement ? </B>
Les grands entrepreneurs. Ceux qui se sont mobilisés et ont essayé de faire démanteler les PME. Les importateurs. Ce sont eux qui en vont bénéficier.
<B> Vous me prenez de court. Vous pensez qu?il y a eu un lobby ? </B>
A juger par la façon dont les choses se sont passées ? Je ne serai pas étonné. Ce n?est pas possible qu?un gouvernement décide de lui-même de mettre son industrie locale en péril.
<B> Et bye-bye la démocratisation ? </B>
Gone ! La démocratisation était censée passer par l?entrepreneuriat dans le but d?alléger la pauvreté. Maintenant ce n?est rien du tout.
<B> Qu?avez-vous à dire au ministre des Finances ? </B>
Qu?il doit être à l?écoute de la population.
<B>«Environ 50 000 à 60 000 emplois directs seront affectés. Pour les PME, 20 000 à peu prés. Cette estimation ne concerne que ceux qui se sont enregistrés à la Smido. Il y a beaucoup d?autres, sinon même plus, qui ne sont pas enregistrés.»
Publicité
Publicité
Les plus récents