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«Passer des messages sans taper des coups de marteau»
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«Passer des messages sans taper des coups de marteau»
● Vous cherchez des comédiens pour votre prochaine production : Sir Toby, un texte de Dev Virahsawmy. De quels profils avez -vous besoin ?
J?ai besoin d?une cinquantaine de participants. Pour Sir Toby même, je cherche un comédien au physique imposant. Même si ce n?est pas le rôle principal, ce rôle reste conséquent. Sir Toby, c?est un philosophe très aimé du peuple. Il n?a rien à voir avec celui du Twelfth Night de Shakespeare. Il se rapproche plus de Dante et de Dario Fo. Les politiciens ont peur de lui.
● Et pour les autres ?
Pareil. Je cherche des types assez costauds, notamment pour le Zeneral Marto. Il est entouré de «tapeurs», des gens qui ne parlent pas mais qui doivent être effrayants rien que par leur présence.
● Qu?en est-il du rôle féminin ?
C?est le rôle principal. Il s?agit de Béatrice, l?amoureuse de Sir Toby. Une personne ordinaire qui a été formée par Sir Toby. Dans le texte, le président d?un pays imaginaire est tellement gentil qu?il n?arrive pas à s?imposer. Il demande à Béatrice de prendre le poste de Premier ministre. Elle accepte et grâce à la force spirituelle que Sir Toby lui a transmise, elle prendra le dessus.
● Ce pays imaginaire ressemble beaucoup à Maurice?
Il n?a pas de nom dans le texte. Il n?y a que la langue qui est mauricienne. Le thème, lui, est universel. On y parle des ravages de la drogue et de l?argent. Le Zeneral Marto, à la tête de l?armée, est un corrompu, un coureur de jupons, il a tous les vices. Il pactise avec des forces étrangères. Leur but est de détruire le pays, mais le Zeneral Marto s?en fout, du moment qu?il a l?argent.
● L?auteur a imaginé un «afropera», un nom donné par Eric Triton. Vous êtes à l?aise dans ce nouveau registre ?
Je peux danser n?importe quelle danse. Je m?adapte à tout. Si demain quelqu?un doit jouer un pédophile, je dois lui montrer comment bouger. Le plus important, c?est comment faire passer le message de la pièce. Et s?il faut attendre, je le ferais. Je compte travailler avec une vingtaine de figurants, des danseurs, de fréquents changements de décor. A un moment donné, on va se retrouver dans «enn bar korn frir», on aura besoin de gens habitués à cela.
Vous savez, je suis animateur volontaire au centre de solidarité. Mon travail sert de thérapie pour aider des amis à sortir de la drogue et de l?alcool. Je veux les faire danser une autre danse. Quand on a monté Toofann, il y avait 45 comédiens sur scène. J?avais demandé à Deepak Bhookhun (ndlr : ancien commissaire des prisons) de permettre à des juvenile cases de jouer dans la pièce. Cette fois, je compte intégrer des personnes réhabilitées parmi les figurants. Ce sera l?occasion pour eux de côtoyer des messieurs, entre guillemets. (Sourire.)
«Je cherche des comédiens au physique imposant... Je ne demande pas d?expérience.»
● Pourquoi cette formule de casting libre ? Pourquoi ne pas purement et simplement avoir fait appel à la troupe du MDL ?
C?est dans mes habitudes. C?est lassant de montrer toujours les mêmes. Vous savez, il y a beaucoup de comédiens à Maurice. Il faut du sang neuf. Je ne demande pas d?expérience. Surtout pas. Il ne faut pas le théâtre soit un mot qui fasse peur. Si tous les comédiens avec qui je travaille ont de l?expérience, ben je vais chômer. Taler mo al gagn tromboz, telman mo pa travay.
● Le public va tout de même retrouver des comédiens du MDL ?
Oui, il y aura Anon Payneandee, Roy Lobine, entre autres. Je ne peux pas faire passer une audition à ces gens- là. Ce serait une hypocrisie, on me prendrait pour un rigolo. Cette fois, j?ai choisi de mettre l?accent sur le profil des comédiens. Evidemment, lors du casting, nous allons juger le ton, la diction. Vous savez, ce sont des choses qui se travaillent.
● Combien de temps vous êtes-vous donné ?
J?ai fixé un délai de cinq mois de travail pour que la pièce soit prête vers la mi-octobre.
● Cela correspond à quelque chose en particulier ?
Pas du tout. Je ne vais pas courir avec la pièce. D?autant plus que ce sera une création. A ce jour, j?ai, je crois, maîtrisé le texte. C?est comme un film que je vois déjà dans ma tête. Maintenant, il y a le travail technique à faire. J?ai pensé qu?il faudra environ un mois pour les auditions. Vous savez, nous sommes des amateurs. Les gens ne sont pas rémunérés et il faut travailler d?après la disponibilité de chacun.
● Comment se porte la MDL ?
L?année prochaine, nous allons fêter nos 30 ans.
● Vous avez déjà pensé à quelque chose pour marquer le coup ?
Oui et je vais bientôt réunir le comité pour discuter...
● Et ce sera?
On en reparlera.
● Alors que vous vous embarquez dans l?aventure «Sir Toby», vous n?êtes pas sans savoir que c?est surtout le théâtre comique qui déplace les foules. Il n?y a qu?à comparer les affluences au festival de théâtre de Port-Louis. Souvent on entend dire ? par les gens du milieu même ? que le théâtre local se porte mal. Est-il en train de mourir ?
Prenez les gens qui, année après année, participent au National Drama Festival. Quel que soit le niveau, ce serait insulter ? leur intelligence je ne sais pas - mais leur subtilité, que de dire que le théâtre est en train de mourir.
En parlant des pièces comiques, c?est comme ouvrir une taverne où vous ne mettez que du rhum. Et à côté il y a d?autres restaurants qui ont seulement du rosé ou du Chivas Regal. La MDL a monté Shakespeare, Molière, Camus, Fo. Les fins de la comédie, c?est de représenter tous les vices des hommes. On peut passer des messages sans taper des coups de marteaux.
● Oui, mais on voit bien que le public se déplace en plus grand nombre quand c?est pour une pièce comique?
Le public ? Quel public ? Celui que vous voyez dans le festival de théâtre une fois par an ? Il y a d?autres publics. Je dirais même que chaque metteur-en- scène a son public. Quand mon ami Gérard Sullivan monte une pièce, vous voyez l?auditoire, je n?ai pas besoin de vous expliquer. C?est pareil pour Komiko ou pour Henry Favory. Moi, je dois casser les barrières. Le tout, c?est de savoir faire son marketing.
● Avec le Plaza qui est fermé, le théâtre de Port-Louis mal en point, où comptez-vous jouer ?
Encore une fois, il faut s?adapter. Peut-être que nous irons au théâtre Serge-Constantin à Vacoas.
*Comédiens potentiels appelez au 753 9788
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