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«Nous allons faire de la politique autrement»
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«Nous allons faire de la politique autrement»
par Patick HILBERT
● Après des mois d?absence de la scène politique, vous faites surface à l?Union nationale, le nouveau parti d?Ashock Jugnauth, auquel vous avez adhéré il y a quelques jours. Pourquoi ce choix ?
Après le Mouvement socialiste militant (MSM), j?avais le choix entre quitter la politique et intégrer un parti quelconque. Je connais Ashock depuis de longues années tant sur le plan politique que professionnel et comme il a subi le même sort que moi au MSM, il y a une convergence d?expérience. C?est un choix naturel. Pravind Jugnauth est un has been et il faut un challenger pour Navin Ramgoolam pour les prochaines élections. Ashock Jugnauth pourra très bien tenir ce rôle.
● Qu?est-ce qui vous fait dire que Pravind Jugnauth est un has been ?
Je ne suis pas envieux de la chance que d?autres ont eu, mais nous vivons aujourd?hui le régime des fils des grands politiciens. Ils ont grandi dans l?opulence et ne connaissent pas l?île Maurice profonde. Ils ne peuvent pas compâtir avec ce que vivent les gens qui sont dans la misère. C?est la source de leur arrogance et je pense ici à Pravind Jugnauth. Il a connu la grandeur trop vite et sans avoir d?expérience et c?est pour cela qu?il n?a pas l?étoffe.
● Qu?est-ce qui vous fait dire que votre nouveau leader a plus d?étoffe que son neveu ?
Il y a une nostalgie de Sir Anerood Jugnauth à Maurice et Ashock incarne cela. Quand on lui parle, on sent la même approche, la même façon de parler et de faire. De part son vécu, il est quelqu?un qui comprend mieux les réalités dans lesquelles vit la population.
● Être assimilé à son frère suffit-il pour être un candidat crédible au poste de Premier ministre ?
Ashock Jugnauth n?est pas un nouveau venu en politique. Il a été député, ministre. Il est plus humain, ouvert et modeste que beaucoup d?autres et il n?a pas l?arrogance de la fortune. Il n?a pas eu cette enfance dorée qu?ont eu les fils des politiciens qui sont aujourd?hui des chefs de partis. L?île Maurice doit changer, regarder l?avenir au lieu de regarder sans cesse en arrière et célébrer les politiciens d?hier. C?est à force de trop regarder dans le passé que nous déclenchons une apathie de la part des jeunes face à la politique.
● Que voulez-vous dire par l?arrogance de la fortune ?
Ashock Jugnauth n?a pas les millions du Sun Trust. Au fond, je plains Pravind qui n?a pas le charisme de son père, ni son sens de stratégie politique. Aujourd?hui, Pravind se trouve très seul. Qu?est-ce qui le caractérise aujourd?hui ? Ce sont les insultes, l?ingraditude et les Mauriciens n?aiment pas ça. En plus il a épousé un membre d?une famille richissime présente dans les affaires. Mélanger la politique et les affaires a toujours été dangereux.
«Je pense qu?avec ce nouveau parti, nous pourrons casser les vieilles habitudes. Il faut que le citoyen choisisse en fonction des programmes offerts et des visions.»
● Est-il facile aujourd?hui de faire naître et grandir un nouveau parti politique en l?absence d?un courant idéologique fort ?
Personne à Maurice est né membre d?un parti. Chacun doit pouvoir se forger une idée de la politique et choisir en fonction. Je pense qu?avec ce nouveau parti, nous pourrons casser les vieilles habitudes. Il faut que le citoyen choisisse en fonction des programmes offerts et des visions.
● Il faut reconnaître que ce sont toujours les mêmes idées qui reviennent. Les politiciens sont-ils aujourd?hui obligés de parler un certain langage politique pour obtenir une popularité rapide ?
Je suis convaincu qu?il est possible de faire de la politique autrement et je fais confiance aux jeunes qui refusent de se cantonner dans des considérations castéistes ou communautaristes. Aujourd?hui, on entend Anil Bachoo et Navin Ramgoolam condamner le castéisme alors qu?ils s?en sont bien servis. Le réflexe castéiste fait trop souvent surface. Nous voulons faire les choses autrement.
● Quelle place allez-vous occuper au sein de l?Union nationale ?
C?est un peu prématuré pour discuter de cela, mais avec la tournée à travers le pays il sera plus facile de déterminer la place qui sera allouée à chaque membre du parti.
● Mais quelle place voulez-vous occuper ?
Une responsabilité dans la direction, aider à travailler sur la stratégie et m?occuper de certains dossiers. En somme, aider à faire de ce parti une force de premier plan.
● Et vous vous donnez combien de temps pour mettre ce parti sur les rails ?
D?ici décembre, nous devrions avoir mis sur pied toutes les structures à travers le pays. D?ici décembre, nous saurons dans quelle direction le parti ira et quelle idéologie il adoptera. Nous constatons aujourd?hui qu?il y a un manque d?idéologie au niveau des partis politiques. Nous pouvons faire de Maurice un pays comme Singapour. Mais, s?ils ont réussi, c?est grâce à la méritiocratie. Aujourd?hui, on parle d?Equal Opportunities Act, mais il n?y a qu?à voir comment se déroulent les choses ici pour voir qu?il y a tout, sauf une chance égale pour tout citoyen indépendamment de ses origines.
● Votre nouveau parti a-t-il été créé pour concurrencer le MSM de Pravind Jugnauth, pour devenir une nouvelle force politique nationale ou un faire-valoir d?Ashock Jugnauth ?
Nous devons devenir un parti important sur l?échiquier national et devenir un challenger crédible du gouvernement et ses alliances. Je pense sincèrement que c?est un objectif réalisable. Les gens commencent à réaliser qu?il faut des politiciens qui parlent vrai et qui ne se limitent pas qu?à faire des fausses promesses rien que pour gagner des votes.
● Votre absence à une réunion de l?Union nationale mardi dernier, qui était pourtant dédiée à votre présentation comme nouveau membre, intrigue....
Non, non, non ! J?avais un empêchement. Tout le monde était au courant que je ne pouvais pas assister à cette réunion.
● Vous parlez d?idéologie, mais les idées ayant trait au socialisme des années 70 n?existent plus aujourd?hui...
Je pense que la méritocratie est un principe fondamental qui peut faire adhérer. Il y a tellement de gens, dont beaucoup de jeunes, qui quittent le pays parce qu?ils sont convaincus qu?ils n?ont pas les mêmes chances que les autres. L?égalité des chances est primordiale. Les jeunes doivent sentir qu?ils ont une chance réelle de progresser même s?ils n?ont pas le bon background. Aujourd?hui, on piétine notamment à cause des considérations ethniques.
«On parle d?Equal Opportunities Act, mais il n?y a qu?à voir comment se déroulent les choses ici pour voir qu?il y a tout, sauf une chance égale pour tout citoyen indépendamment de ses origines.»
● Et que pensez-vous de la performance de ce gouvernement ?
Il fallait 100 jours pour changer nos vies, disaient-ils. Ce délai passé, on constate que les promesses n?étaient que des promesses. Ce régime est condamné à ne pas réussir et ils font tout pour ça. Les attentes que ce régime a créées ne sont pas réalisables et il commence déjà à en payer le prix. Il suffit de regarder comment s?est déroulé son meeting du 1er Mai. L?année prochaine, ce sera encore pire.
● D?abord votre non-élection en juillet dernier, après votre licenciement du MSM, est-ce qu?on peut qualifier cela comme une traversée du désert ?
Oui, dans un sens. Heureusement que mes compétences sont reconnues en Afrique où je travaille en tant que professionnel notamment au niveau de l?Union africaine. Cela me permet de réflechir et de consolider certaines positions politiques. Qu?on le veuille ou non, nous aurons un changement de gouvernement tous les cinq ans.
● Parlons tourisme : que pensez-vous du travail effectué par votre successeur Xavier Duval ?
Mais il n?y a rien de nouveau. Tout ce qui se fait aujourd?hui a déjà été fait. Que ce soit sur l?assouplissement des visas pour les Indiens et les Chinois, l?ouverture du ciel, ou d?autres points encore, tout était déjà programmé. L?industrie du tourisme a toujours été axée sur l?Europe et il faut changer les mentalités. Les touristes autres qu?européens sont malheureusmeent traités différemment dans les hôtels. Nous devons nous adapter aux besoins des touristes provenant des nouveaux marchés.
● Deux millions de touristes en 2015, c?est l?objectif de Navin Ramgoolam. Est-ce réalisable selon vous ?
C?est un slogan creux. Il faut une progression graduelle du nombre de touristes, et il ne faut pas fixer un tel objectif parce que le pays étant petit, il pourrait y avoir des tensions entre la population locale et des touristes. Il faut éviter ce genre de crises qui détruirait totalement l?industrie du tourisme. Il faut un équilibre. Un million de touristes haut de gamme, c?est déjà un très bon objectif.
● Vous avez été ministre des Affaires étrangères, vos commentaires sur ce ministère.
Mais il n?y a plus d?affaires étrangères ! Y a-t-il un ministre des Affaires étrangères ? Je vois qu?un ministre du Commerce international. Il n?y a que le sucre, mais il y a bien plus que ça. La diplomatie a disparu. Le professionnalisme que j?ai mis en place s?est considérablement dégradé.
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