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«Le secteur financier est primordial pour l?économie»

3 septembre 2008, 00:00

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«Le secteur financier est primordial pour l?économie»

● <B>Estimez-vous que le Traité de non double imposition entre Maurice et l?Inde risque d?être remis en question ? </B>

Ce n?est qu?une question de temps. Les avantages fiscaux dont nous bénéficions de la part de l?Inde ne vont pas perdurer. A plusieurs reprises, les Indiens nous ont demandé des révisions. Mais il arrivera un jour où ce pays va se dire que l?abolition du traité avec Maurice ne découragera pas les investisseurs étrangers. Le retour sur investissement dont profitent ces derniers est suffisamment conséquent. Pour moi, la question n?est plus si ce traité va perdurer. Je me demande si nous y sommes préparés. Aurions-nous les moyens d?être compétitifs, face aux autres centres financiers, le jour où ce traité sera désavoué ?

● <B>Ne pensez-vous pas que la présence d?investisseurs étrangers à Maurice est liée aussi à un environnement propice aux affaires, et pas uniquement au traité ? </B>

Je reconnais qu?à part le traité, le pays a d?autres atouts, qui lui permettent d?être plus performant que d?autres. Mais je n?ai aucun doute que si demain, ce traité avec l?Inde est remis en cause, d?autres pays dotés de plus d?expérience et de savoir-faire s?accapareront du marché. Rien que sur le plan des ressources humaines, un pays comme Singapour a plus de personnel qualifié que Maurice. Il est grand temps de diversifier. Il faut chercher d?autres opportunités, d?autres partenaires.

● <B>N?exagérez-vous pas ? Les autorités soutiennent que la résiliation de ce traité n?est pas, à ce stade, envisageable ? </B>

Avant que la Chine ne vienne renégocier le traité qui la liait à Maurice, l?on tenait le même langage. Comment le ministère a-t-il pu laisser la Chine dépouiller, de façon unilatérale, le traité de son contenu? On aurait pu demander au moins à ce pays, de nous accorder les mêmes prérogatives que celles qu?elle accorde à Hongkong. La même chose s?est produite avec l?Indonésie, et l?Angleterre. Il y a une constance dans tout cela. Dans ce pays, nous ne croyons pas en l?offshore. Ou bien, nous croyons que le Global Business, c?est uniquement l?Inde, et que cette dernière nous nourrira toujours à la cuillère.

● <B> Les accusations de round-tripping et de treaty-shopping formulées par l?Inde sont-elles, selon vous, justifiées ? </B>

Officiellement la Financial Services Commission et le gouvernement prennent des mesures possibles pour rassurer l?Inde, qu?il n?y a pas de round tripping. La vérité est que n?importe quel expert en finance pourra vous citer des dizaines de structures faisant du round tripping sans que les autorités y voient quelque chose. C?est la même situation pour le blanchiment d?argent. C?est très naïf de penser que Maurice n?est pas utilisé à cet effet. Le nombre croissant de demande d?enquêtes provenant de l?étranger, sur des cas de blanchiment le confirme. Ceci dit, il y aura toujours des brebis galeuses. L?important, c?est que nous restions vigilants afin de minimiser des cas de round tripping et de treaty shopping. Pour notre image, et pour notre crédibilité.

● <B>L?Inde traite Maurice de paradis fiscal. Etes-vous de cet avis ? </B>

C?est un paradis fiscal. Dans la mesure où on a des sociétés de catégorie 2, qui nous permettent de bénéficier d?une exemption totale de taxes. Mais par contre, si paradis fiscal veut dire opacité et blanchiment d?argent, là, on peut dire que les normes internationales sont jusqu?à présent respectées. Le nom du pays ne figure sur aucune liste noire. Alors, au sens péjoratif, nous ne sommes pas un paradis fiscal.

● <B>Que faire pour assurer la survie du secteur financier à Maurice ? </B>

L?avenir du secteur financier est pour nous une question de survie. Le développement économique de ce pays en dépend. Avec la fin du protocole sucre et le secteur textile qui bat de l?aile, le secteur financier est appelé à devenir l?un des piliers de l?économie. Notre position géographique est l?un de nos principaux atouts. En une journée de 24 heures, nous pouvons travailler successivement avec les pays du sud-est asiatique, les pays européens et les USA. Notre bilinguisme anglais-français et notre ardeur au travail nous aident à être performants. Mais malheureusement la priorité voulue n?est pas accordée au secteur financier. Les malheurs de ce dernier ont commencé avec le démantèlement du Financial Services Promotion Agency. Cette institution était responsable de la promotion de ce secteur. Aujourd?hui cette fonction est dévolue au Board of Investment (BOI), qui a pour vocation première d?attirer les investisseurs vers Maurice. Le Global Business a été créé non pour orienter les investissements vers Maurice, mais plutôt pour les faire passer à travers notre pays.

● <B>Estimez-vous qu?il y a diversion ? </B>

Il y a aujourd?hui une incompatibilité, un amalgame. Il est aberrant de demander au BOI d?attirer des investisseurs étrangers vers Maurice, et au même moment, lui demander d?orienter ces investisseurs vers d?autres pays, via Maurice. A quand remonte la dernière mission du gouvernement et des opérateurs Mauriciens en Inde ? Pourtant, 47 % des investissements qui transitent par les sociétés Global Business vont dans la grande péninsule. Les nouveaux centres financiers émergents se situent au Moyen-Orient. A quand une mission pour cette région, pour expliquer aux investisseurs que l?on peut utiliser un véhicule mauricien ? Les pays africains sont également négligés. Maurice, par sa position, pourrait devenir un centre financier pour le continent africain. Pourquoi le gouvernement n?essaye-t-il pas de créer l?environnement propice ? Il faut permettre à Maurice d?émerger comme le centre financier par excellence, pour les investissements en Afrique, en Inde et ailleurs.

<I>Propos recueillis par </I> <B>Nico PANOU</B>

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