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«Le citoyen doit demander des comptes»

19 mars 2005, 00:00

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Nita Deerpalsing, actuaire de formation, affirme faire de la politique au sens large du terme. Elle s?élève ici contre le projet d?amendement proposé par le gouvernement et ce qu?elle appelle «l?arrogance du pouvoir».

> Pourquoi êtes-vous contre le projet d?amendement à la constitution concernant la représentation proportionnelle ?

Parce que c?est une farce et qu?on est à faire de la lutte des femmes un marche-pied. On est en train de faire d?une cause noble, une récupération politique. Le gouvernement a eu cinq ans pour aider la cause des femmes. C?est maintenant à six semaines des élections qu?on pense à amender la Constitution ? Légalement, le gouvernement a le droit de le faire mais il y a une différence entre la légitimité qu?un gouvernement a au début de son mandat et à la fin. Le rapport Sachs s?élève contre des choses qui sont «unduly strange and disturbing to the electorate». Or cet amendement sera «strange and disturbing».

> Mais qu?en est-il de la cause des femmes ? Est-ce que cet amendement n?aide pas un tant soit peu ?

Ecoutez, c?est peut-être là que je diffère un peu des autres. Elles sont entrées dans le piège de venir discuter la technicité de ce supposé projet de réforme électorale. Alors que ce n?est même pas une réforme ni une solution. Je ne veux pas discuter de cette farce. Je ne lui donnerai pas cette légitimité. Elle n?en a aucune.

> Je comprends votre position mais j?insiste. Vous dites donc que l?actuel système est préférable à ce qui est proposé ? Pour les femmes ?

Je le redis : ce projet n?a rien à faire avec les femmes. C?est une mascarade de la part du gouvernement.

> Oublions le gouvernement. Parlons femme?

D?accord. Non seulement ce n?est pas dans l?intérêt de la femme mais ce n?est pas dans l?intérêt de la nation. Ce n?est pas moi qui le dis puisque je me réfère à un rapport payé des deniers publics. Le rapport Sachs.

> Je reviens à la cause des femmes. Il est clair que le rapport Sachs ne sera pas appliqué, du moins maintenant. Est-ce qu?un petit pas en avant ne serait pas préférable au statu quo ?

Non. Parce que si nous cédons maintenant, nous n?irons pas de l?avant. Nous aurons sept femmes au Parlement pour les prochains 20 ans. Quand j?entends le vice-Premier ministre dire que ce projet incitera les autres leaders à mettre plus de femmes en avant, je me pose la question. S?ils avaient vraiment la volonté de mettre plus de femmes en avant, pourquoi ce besoin d?amender la Constitution?

> Vous préférez donc avoir quatre femmes que sept ?

Au moins nous serons fixés sur l?intention des leaders n?est-ce pas ? Je ne préfère pas qu?il n?y ait que quatre femmes au Parlement mais au moins la pression sera toujours là et ils devront nous écouter à un moment ou un autre.

> Avez-vous été choquée par l?annonce de ce projet d?amendement ?

Bien sûr. Je l?ai accueilli avec révolte. Surtout que je me souviens du ministre de la Femme qui annonçait lors de l?atelier de travail organisé par Media Watch que c?était triste qu?il n?y ait pas de réforme avant les élections. C?était il y a un mois. Maintenant, alors que le Premier ministre a déjà annoncé la dissolution du Parlement, on vient avec un projet de réforme ? Either they are confused themselves or they think everybody else is confused in this country.

> Nita Deerpalsing, vous opposez-vous à cet amendement simplement parce qu?il a été proposé par l?actuel gouvernement ?

Bien sûr que non. C?est une question de principe. Je m?y oppose parce que c?est une question d?intérêt public. Ma réaction aurait été la même si ce projet avait été annoncé par un autre gouvernement. Je pense aussi qu?il est grand temps qu?on arrête de faire des équations simplistes et réductrices dans ce pays. Quand un citoyen se prononce contre une décision d?un gouvernement du jour, cela ne veut pas nécessairement dire qu?il s?identifie à l?opposition. Ce syndrome de réflexion binaire que nous avons tendance à avoir est mauvais. Il n?y a pas que le blanc et le noir, vous savez, il y a aussi plusieurs nuances de gris. Le devoir d?un citoyen est de demander des comptes au gouvernement du jour.

> Et vous pensez que les gens interprètent mal ce devoir du citoyen ?

J?en suis persuadée. Prenons un exemple. La ministre de la Femme avait justifié son boycott de Media Watch en disant qu?il n?y avait que des personnes proches du Parti travailliste à l?atelier de travail. Pour moi, c?est clair qu?Ariane Navarre-Marie n?arrive pas à différencier son rôle de dirigeant d?un parti de celui de ministre de la République. Quand on est ministre, on est ministre pour tout le monde. Même si ce qu?elle avait dit était vrai ? ce qui n?était pas le cas ? cela démontre qu?elle a une idée pervertie de ce qu?est une démocratie. Je le dis encore une fois : cette analyse est valable aujourd?hui, elle le sera demain et aussi dans 20 ans.

> Serez-vous candidate aux prochaines élections ?

(Rires?) Je fais déjà de la politique dans le sens large du terme. Ce qui m?intéresse, c?est un engagement citoyen. A ce jour, je n?ai parlé à aucun leader politique.

> Vos commentaires sur les affaires Mauritius Commercial Bank (MCB)?

Ces affaires nous ramènent à la grande question de corporate governance. A Maurice aujourd?hui, c?est le concept même du corporate governance qui est complètement faussé. Cela m?inquiète dans la mesure où je me demande s?il est possible pour le corporate governance d?exister à Maurice. Voyez-vous, c?est une question de checks and balances. La bonne gouvernance est fondée sur le principe que le conseil d?administration, qui représente les actionnaires, peut demander des comptes à la senior management team puisque c?est lui qui l?a nommé. Le conseil d?administration est supposé veiller au grain et s?assurer que le management ne fera rien qui puisse nuire au goodwill, à la réputation et aux intérêts financiers de l?institution. S?il n?y a pas de distance entre eux, il ne pourra y avoir de bonne gouvernance.

> Venons-en à la Banque de Maurice (BoM). Que pensez-vous de l?attitude de la banque centrale ?

C?est pire parce que le régulateur est payé avec l?argent des contribuables. Il est maintenant question de public governance. Nous sommes en train de payer ces personnes pour qu?ils «turn a blind eye to what public interest is all about»? Le ridicule communiqué de la BoM, émis récemment, démontre qu?ils nous prennent pour des intellectuellement limités. Cela décrédibilise l?institution et quand il n?y a plus de confiance, c?est l?anarchie.

> Quand l?ancien gouverneur de la BoM vient admettre que la «MCB Group Company Transfers» a opéré sans permis pendant dix ans mais qu?il justifie cet état de choses en disant que la MCB est une institution trop importante pour que la BoM prenne des sanctions, cela veut dire quoi ?

Vous voyez, c?est extrêmement dangereux quand un groupe de personnes qui n?est pas accountable au public pense qu?il peut faire comme bon lui semble. Nous critiquons souvent les politiciens et à juste mesure d?ailleurs. Quand les gens deviennent trop puissants, ils perdent quelque part contact avec la réalité et les principes de base. Ce que nous disons pour ceux qui détiennent le pouvoir politique s?applique aussi à ceux qui détiennent le pouvoir économique. Le rapport NTan l?appelle «the pinnacle of arrogance». Ce groupe opère dans l?opacité et le public n?est pas conscient de ce qui se passe. C?est très dangereux pour le pays.

> Comprenez-vous, quelque part, ce qu?explique l?ancien gouverneur de la BoM ? C?est-à-dire que sanctionner la MCB équivaudrait à sanctionner l?économie mauricienne?

Don?t get me wrong. Personne ne veut voir la MCB ou le système bancaire s?écrouler. Il faut faire la différence entre l?institution et les hommes. Quand les hommes déraillent, ils doivent être renvoyés. Et vite, avant que leurs actions n?entachent l?institution. Nous disons donc que la justice et la décence l?emportent sur l?arrogance du pouvoir.

> Nous vous sentons souvent excédée par les choses qui se passent dans le pays. Pensez-vous vraiment que tout va changer avec un nouveau gouvernement ?

Un nouveau gouvernement ne pourra améliorer les choses que s?il est animé par l?intérêt public. Cela, nous ne le saurons que quand ils seront là. Pour que les choses changent, il faut absolument que le prochain gouvernement puisse rétablir très rapidement la confiance dans les institutions.

«La ministre de la Femme a justifié son boycott de Media Watch en disant qu?il n?y avait que des personnes proches du Parti travailliste à l?atelier de travail. Pour moi, c?est clair qu?elle n?arrive pas à différencier son rôle de dirigeant d?un parti de celui de ministre de la République.»

«Nous critiquons souvent les politiciens et à juste mesure. Quand les gens deviennent trop puissants, ils perdent quelque part contact avec la réalité et les principes de base. Ce que nous disons pour ceux qui détiennent le pouvoir politique s?applique aussi à ceux qui ont le pouvoir économique.»

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