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«La démarche de Bancoult n?est pas réfléchie»
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«La démarche de Bancoult n?est pas réfléchie»
● Que pensez-vous de la décision du gouvernement mauricien de ne pas mettre le ?Trochetia? à la disposition des Chagossiens pour qu?ils puissent visiter leurs îles ?
Je donne totalement raison à Messieurs Bérenger et Cuttaree, dans la mesure où Maurice réclame la souveraineté sur les Chagos. Donc ils ne peuvent envoyer un bateau battant pavillon mauricien dans les eaux chagossiennes occupées par les Britanniques. Ce serait abdiquer de notre souveraineté que de nous soumettre aux règlements de l?occupant anglais.
● Je ne peux pas m?empêcher d?établir un parallèle avec ce qui s?est passé en 1996, quand Bérenger, alors vice Premier ministre, avait dit à Fernand Mandarin ? et ce, en votre présence ? qu?il allait faire arrêter tout navire que vous auriez pu trouver, parce qu?il ne voulait pas que les Chagossiens aillent visiter les Chagos?
Bon, en 1996 nous avions eu la permission de visiter les Chagos et bien sûr nous tenons toujours les divers gouvernements au courant de nos différentes démarches. Quand nous sommes allés voir Bérenger, il nous a dit que ce serait très dangereux pour la souveraineté et il s?est servi de ces mots : « Mo kapav fer aret zot osi, si bizin ». Je pense que Paul Bérenger était allé trop loin en se servant de ces mots. Il considérait à cette époque que le fait même que les Chagossiens aillent se soumettre aux exigences britanniques serait un obstacle à la souveraineté mauricienne.
● Le comité social des Chagossiens s?est donc rangé à la décision du gouvernement ?
Le comité social des Chagossiens a lui-même annulé cette décision. Après l?entrevue, qui s?était bien passée, à part ces mots malheureux, et après une opinion du State Law Office, nous avions décidé de ne pas aller de l?avant avec le voyage.
● Pourquoi ?
D?abord cela allait gêner l?Etat mauricien. Après, parce que les conditions britanniques ne nous plaisaient pas. Ils étaient d?accord pour que nous allions à Diego Garcia mais il fallait être escorté et aller dans des endroits spécifiques. Ils étaient d?accord pour que nous allions sur les îles, mais il aurait fallu dormir sur le bateau. C?était entrer dans les Chagos comme des étrangers. Il y avait eu consensus entre le gouvernement d?alors et les Chagossiens.
● Et en quoi la visite qui va se faire en avril serait-elle différente ?
Il n?y aura pas de différences que je sache. Cependant, en 1996, il n?y avait pas le Groupe Réfugiés Chagos ou Olivier Bancoult; il n?y avait que le comité social des Chagossiens. Et les Anglais sont venus dire qu?il faudrait que les deux groupes aient un nombre égal. 50 chez nous et 50 chez Bancoult. Les Anglais vont aussi inclure les Chagossiens Seychellois.
● Et le gouvernement mauricien ne s?oppose plus à cette visite ?
Non, jusqu?à présent. Mais s?il s?oppose, nous prendrons les décisions qu?il faut_.
● Lesquelles ?
On verra, mais ce sera en collaboration avec le gouvernement. Parce que pour nous, l?affaire chagossienne est une affaire mauricienne qui a besoin d?une solution mauricienne. Bien sûr en négociation avec les autres gouvernements. Malheureusement le gouvernement n?a pas été suffisamment partie prenante au début.
● Peut-être est-ce parce que le gouvernement pensait que c?était uniquement un problème chagossien ?
La lutte du peuple chagossien est une lutte pour un droit fondamental, mais le comité social considère qu?il ne peut lutter pour un droit fondamental en piétinant celui des autres. L?affaire chagossienne, qui est bien le refus d?accorder l?indépendance à l?intégrité territoriale, est une entrave au droit fondamental du Mauricien. Nous allons trouver la solution à travers le gouvernement et non à travers des démarches en solo, et encore moins devant des cours étrangères en tant que Britanniques demandant un retour sur une terre britannique. C?est un problème mauricien.
● Je suis tentée de vous répondre que le gouvernement mauricien avait cédé les Chagos à la Grande-Bretagne en échange de l?indépendance de Maurice?
Le rapport de l?Estrac parle bien de blackmail. De plus, est-ce que l?équipe gouvernementale qui est partie négocier son indépendance à Lancaster House en 1965 avait eu un mandat pour négocier le démantèlement de son territoire ? Non.
● Mais ils l?ont quand même fait?
Cela a été imposé par les Britanniques. Et je vous rappellerai que les Nations unies ont, en décembre 1965, critiqué le fait que les Britanniques aient démantelé le territoire mauricien en imposant cette excision.
● Avec l?accord du gouvernement mauricien?
Je dois vous dire que le gouvernement mauricien de l?époque n?était pas indépendant. C?était un gouvernement colonial. Qui présidait au réunion du cabinet d?antan ? Le gouverneur anglais. Nous étions soumis à la Grande-Bretagne.
● Qu?est-ce qui divise les deux groupes chagossiens ?
L?Angleterre. Du coté du comité social, nous disons que la lutte est mauricienne et nous ne voulons pas rentrer dans le piège anglais. Le groupe des réfugiés vient dire ceci : nous agissons en tant que Britanniques, nous poursuivons le gouvernement anglais en tant que Britanniques considérant les Chagos comme terre britannique. C?est une lutte de libération que mène le comité social des Chagossiens.
Or le Groupe Réfugiés Chagos mène une lutte à contresens de l?histoire. Quand Olivier Bancoult vient dire en quelque sorte qu?il est un petit colonisé britannique, que sa terre est occupée par les Britanniques, que c?est très bien et qu?il veut que cela continue (...), j?estime que cette démarche n?est pas réfléchie et que c?est une démarche de la défaite. La démarche du comité social, c?est l?affirmation d?un peuple qui se veut libre.
● Pourquoi le groupe de Bancoult a-t-il le soutien du gouvernement mauricien s?il n?aide pas la démarche du pays ?
Nous avons été assez étonnés d?une certaine sympathie que le groupe Bancoult a reçu du gouvernement mauricien, et ce, malgré qu?ils viennent dire qu?ils sont Britanniques. Nous pensons que c?est une mauvaise politique du gouvernement et en ce faisant, il a encouragé la confrontation. Nous nous rendons compte maintenant que c?est une voie perdante.
● Mais pourquoi soutenir Bancoult ?
Je dois dire que depuis longtemps le Mouvement militant mauricien et Bancoult avaient des atomes crochus. Et qu?il y a eu des rapprochements. Je me souviens que lorsque Bancoult avait gagné son action devant la Haute Cour de Londres en 2000, Bérenger avait dit « it is a window of opportunity » au Parlement. On se rend compte aujourd?hui que tel n?est pas le cas.
Quand Bancoult manifestait devant l?ambassade pour obtenir son passeport anglais, Bérenger avait dit en présence du haut-commissaire que c?était très bien. Pour moi, cela de la part d?un gouvernement qui réclame la souveraineté constitue une contradiction et une faute. Et ces contradictions laissent pensif.
● Et que pensez-vous de l?attitude de la Grande-Bretagne ?
C?est une attitude insultante. Mais c?est aussi une attitude qui découle du fait que certains cherchent la confrontation. Je pense qu?il y aurait dû y avoir une normalisation des relations entre la Grande-Bretagne et Maurice en vue de négocier une solution, mais les menaces de se retirer du Commonwealth et autres paroles inconsidérées n?aident pas.
● L?attitude du gouvernement serait donc mauvaise ?
Ce durcissement de la Grande-Bretagne est le résultat inévitable de cette logique de confrontation dans laquelle semble se diriger le gouvernement. Je dois rappeler que Navin Ramgoolam avait été très critiqué par certains pour sa politique de quiet diplomacy. Mais disons une chose : durant cette période, on ne s?est jamais retrouvé dans une situation où un Premier ministre mauricien ne peut même pas rencontrer son homologue britannique malgré des demandes. On n?a jamais vu un junior minister britannique venir à Maurice et insulter notre pays. Là, aujourd?hui nous nous faisons insulter dans notre propre pays. Il faut avoir des relations diplomatiques saines pour pouvoir négocier.
● Etes-vous actuellement en négociation avec le gouvernement britannique ?
Jamais ! Nous ne négocierons pas derrière le dos du gouvernement mauricien.
● Comment voyez-vous l?avenir ?
Avec le gouvernement actuel et ses mauvaises relations avec la Grande-Bretagne, il ne va rien se passer. Avec un nouveau gouvernement, plus ouvert, moins prompt à la confrontation et moins menaçant, il pourrait y avoir un dégel et une possibilité de négociation. N?oublions pas quand même que Maurice a la sympathie de nombreux pays.
Propos recueillis par Deepa BHOOKUN
«Le durcissement de la Grande-Bretagne est le résultat inévitable de la logique de confrontation dans laquelle semble se diriger le gouvernement.»
«La lutte du peuple chagossien est une lutte pour un droit fondamental, mais le comité social considère qu?il ne peut lutter pour un droit fondamental en piétinant celui des autres.»
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