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«Duel» à Beijing

5 août 2008, 00:00

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Dev Chooramun représente Maurice à la première édition du concours Olympic Fine Arts à Beijing, en Chine. Son tableau, Duel, est un véritable chef-d??uvre qui couronne trente ans de carrière. Rencontre?

A sept ans, le petit Dev dessinait sur du papier journal ou sur le mur avec un bâtonnet de charbon. Il s?inspirait des fleurs sauvages dans le bois, des oiseaux et des animaux de basse-cour élevés par ses parents: vaches, cabris, lapins, poules?

Aujourd?hui, il est devenu un grand artiste peintre avec, à son actif dix expositions en solo et une cinquantaine d?autres en groupe. Il a participé à plusieurs expos dans différents pays, dont la Réunion, les Seychelles, l?Afrique du Sud, Durban, l?Inde, la France et le Royaume-Uni. Son dernier tableau, «Duel», a été sélectionné pour le premier concours Olympic Fine Arts à Beijing, en Chine. Un chef-d??uvre qui marque la consécration de trente ans de carrière.

«Ma maison natale était en pleine nature à Ecroignard. Il y avait une rivière non loin», raconte Dev Chooramun, la cinquantaine, écarquille les yeux comme un enfant. «Ma maman cuisinait sur un feu de bois. Je récupérais des bouts de charbon du foyer pour dessiner».

Pas un jour sans peindre

Barbe épaisse avec quelques touffes de poils blancs et un t-shirt comme tacheté de peinture de différentes couleurs, il ne passe pas un jour sans peindre. Même après ses nombreuses heures de travail au collège Darwin, à Centre-de-Flacq, où il est responsable depuis 1986 de la section Art and Design. «Je peins deux heures au moins par jour. Pendant les vacances scolaires et les week-ends, je consacre environ cinq heures à la peinture», raconte-t-il en arpentant sans arrêt son studio installé à l?étage de sa maison, à Bramsthan.

Sa peinture a tout d?abord été réaliste, inspirée des souffrances de sa vie. «Je suis le quatrième d?une famille de huit enfants. Comme mes frères, j?avais à aider mes parents dans les plantations», se souvient-il.

Au fil des ans, il s?est rapproché du surréalisme. Les fleurs sauvages des bois de son enfance demeurent encore son sujet de prédilection. «Je passe des heures à observer les fleurs. Des fois, je m?imagine dans la peau d?un insecte qui les explore. Elles prennent des formes humaines, elles dégagent une certaine sensualité.»

Dev Chooramun n?a pas eu la chance des enfants d?aujourd?hui qui sont encadrés par des profs diplômés en art. «A l?école primaire Saraswati à Ecroignard, la première dans le district de Flacq, on ne nous apprenait pas à dessiner, mais plutôt à nous initier à la vannerie».

A l?âge de dix ans, il arrivait déjà à réaliser des dessins très compliqués comme des divinités hindoues, dont Shiva. «Les gravures dans la salle de prière de la famille m?influençaient. Je voulais à tout prix réaliser des peintures aussi parfaites».

Au collège Modern, il était émerveillé de pouvoir choisir l?art comme sujet. Mais toujours pas de prof spécialisé dans le domaine. «Les profs enseignaient plusieurs matières à la fois. Ils ne nous montraient pas les techniques de base. A leur arrivée en classe, ils se contentaient de nous dire de dessiner».

Ayant réussi brillamment aux examens de fin d?études secondaires, il insistera auprès de son père pour étudier les beaux-arts à l?université de Punjab, à Chandigarh, en Inde. La chance lui sourit : «C?était en 1975. Pour payer mon voyage, je cultivais des pommes d?amour. Il y a eu un cyclone et les prix ont grimpé. J?ai pu gagner Rs 10 000, ce qui représentait une grosse somme d?argent à l?époque. Rien ne pouvait m?empêcher de poursuivre des études tertiaires».

Il n?est pas pour autant sorti d?affaire. «Les frais universitaires s?élevaient à Rs 300 par mois. Heureusement que mon frère aîné a, entre-temps, réussi au Royaume-Uni et a aidé la famille à les payer».

Brillant étudiant, il décroche le premier prix dans la fabrication d?une maquette en trois dimensions et un certificat de mérite à l?université. «Il fallait toucher à toutes les expressions. Je faisais beaucoup de portraits, des paysages. Mais je lorgnais déjà vers le surréalisme».

En 1980, Dev Chooramun rentre au pays avec un Bsc Fine Arts. Il organise durant la même année sa première exposition en solo à la galerie Max Boullé, à Rose-Hill, incontournable pour les artistes à l?époque.

Il se cantonne d?abord dans la peinture réaliste et l?art indien qui traite de la philosophie et de la réincarnation. Il sera même primé à une compétition sur le Ramayana.

Travailler six ans comme maraîcher

Son diplôme ne lui ouvre pas pour autant les portes de l?emploi. Il se joint même au mouvement des gradués chômeurs de l?époque. Ses tableaux reflètent alors la souffrance des gens, la discrimination, les fléaux de la société.

Dev Chooramun travaillera comme maraîcher pendant six ans à la foire de Centre-de-Flacq avant d?obtenir un emploi au collège Modern. Deux ans plus tard, sa carrière prend un nouveau départ. Il décide enfin de faire le grand saut dans le surréalisme et abandonne les clichés négatifs. Le bleu et le vert sont les couleurs prédominantes dans ses tableaux. «Le bleu se réfère au ciel, à la mer. Le vert reflète la nature».

L?artiste est très concerné par la promotion de l?art. Il préside depuis 2004 l?Action pour la créativité artistique, qui regroupe une quarantaine d?artistes et organise régulièrement des expositions. Le groupe participe aussi à de grands événements à l?étranger, comme la Biennale des beaux-arts de Beijing qui a lieu actuellement.

Dev Chooramun n?a pas pour autant coupé ses racines avec la terre. Le jardin d?épices par lequel on doit passer pour arriver jusqu?à sa demeure en dit long sur l?autre palette de son talent.

«OLYMPIC FINE ARTS 2008»

«Duel» parmi 300 ouvrages sélectionnés

Le premier concours olympique des beaux arts se déroule du 9 août au 17 septembre au temple Tai Mao dans la Cité interdite, au Centre international d?exposition de Chine et au village olympique. Quelque 300 ?uvres de peintres venus du monde entier ont été sélectionnées et seront ensuite exposées en Grèce et aux Etats-Unis de décembre 2008 à mars 2009.

Le thème choisi par le comité olympique est «Sports & Olympism ? China and the world». «Duel», la toile de Dev Chooramun choisie pour représenter Maurice, est une peinture surréaliste montrant deux perroquets face à face sur une branche.

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