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«Ces trois années ont été celles de l’apprentissage pour les radios et l’IBA»

28 août 2004, 20:00

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<B> Le doute passé, vous êtes toujours président de l’IBA. Comment avez-vous vécu cette récente tempête médiatique autour de vous ?</B>

Je m’en étais détaché même si j’étais un peu déçu. Toutefois, je regardais le traitement de l’information dans les journaux. J’étais assez content de voir qu’on me dessinait bien dans les journaux. Je suis conscient qu’il doit y avoir des critiques contre l’IBA. Mais j’ai fait mon boulot comme je devais le faire. On ne mérite peut-être pas un dix sur dix mais nous avons commencé à partir de rien et on a créé un paysage audiovisuel. La satisfaction personnelle est là.

<B> Que comptez-vous changer dans votre manière de diriger cette institution ?</B>

Tout ce que l’on fait à l’IBA, c’est par rapport à la législation qui existe. Cela fait presque trois ans que les radios commerciales privées existent. Il y a certainement eu des écarts de la part de l’IBA. Mais il y aura une nouvelle orientation, une réadaptation par rapport aux nouvelles données. Il y aura plus de fermeté en ce qui concerne les sanctions. Nous essaierons autant que possible de travailler à l’amiable. Mais parfois, nous ne sommes pas d’accord avec les radios. Cela a été le cas, par exemple, pour le canular du 1er avril. On a fait dans le passé des consensus que je salue.

<B> Comme l’installation de delaying machines …</B>

Oui, les radios ont accepté de mettre en place les delaying machines qui sont aussi connues sous le nom de profanity delay. Cela va aider les radios pour les émissions live en plateau, pour le live hors-plateau, cela viendra plus tard. On prône la liberté des radios. Mais il faut une bonne équation entre la liberté et l’équilibre. Je crois que ces trois dernières années ont été celles de l’apprentissage à la fois pour les radios privées et le régulateur. Après trois ans, on peut faire un bilan. Je vais d’ailleurs contacter les radios prochainement dans ce sens. On essaye de mettre sur pied un Broadcast Review Committee. Cela nous permettra de dialoguer avec les radios. Le but de ce comité ne sera pas de sanctionner mais d’analyser la programmation. En fonction des contraintes qu’ont les radios, nous essayerons de les aider à rectifier et à trouver des solutions. Avec l’habitude, on peut limiter les dérapages comme on les appelle, dans un sens très large.

<B>Avez-vous l’impression d’avoir été trop laxiste avec les radios privées ?</B>

Non, pas du tout. Quand on dit que les radios sont sous haute surveillance, je ne sais pas si c’est du laxisme. Sur notre attitude suite au canular du 1er avril, je ne sais pas si c’est du laxisme. La MBC a été sanctionnée avec des directives. Radio Plus nous poursuit en Cour suprême. Ils ne sont pas d’accord avec nous et vice-versa. Dans un Etat de droit, c’est une bonne chose. Mais il ne faut pas oublier que cette liberté de parler et de diffuser se trouve dans celle des autres qui est, par exemple, pour le fonctionnaire, le droit de réserve. Parfois, nous n’avons pas l’impression d’avoir à faire à un animateur mais à un justicier. Le ton doit changer dans certaines émissions. Il faut recalibrer les démarches de certains animateurs.

<B> Pourquoi avoir attendu deux ans pour exiger des radios qu’elles installent des delaying machines ?</B>

Notre souci était de donner aux radios le choix de travailler comme elles le voulaient. Il fallait éviter une situation où il n’y aurait pas cette liberté. Pendant deux ans, nous les avons laissées prendre leurs marques, former les gens, façonner leur grille et prendre le temps de s’autodiscipliner.

<B> L’IBA a aussi mis du temps avant de mettre en place une surveillance des programmes des radios…</B>

Nous avons commencé à le faire la deuxième année. Nous devions aussi travailler en fonction des ressources que nous avions. Nous avons demandé aux radios de venir déposer des bandes d’émissions où des problèmes pouvaient ou se sont posés. Cela nous permettait d’écouter ces émissions avec du recul. Cela permet aussi aux gens qui se sentent lésés d’avoir un document sur lequel se baser. Ils pouvaient ensuite décider d’aller devant le Complaints Committee de l’IBA ou d’aller devant les tribunaux. Mais nous nous sommes rendu compte que cela pouvait poser des problèmes aux radios de venir ainsi quitter les bandes d’où notre décision de mettre en place notre propre système de surveillance.

<B> L’IBA Act donnait l’impression d’avoir les armes nécessaires pour sévir en cas d’abus. Le gouvernement veut y apporter des modifications. Qu’en pensez-vous ?</B>

En ce qui concerne les sanctions de l’IBA Act, nous avons trois possibilités : la réprimande par courrier, la suspension temporaire ou d‘une plus longue durée et pour finir, la révocation de licences. Il y a d’autres sanctions qu’il faudrait ajouter. La meilleure des sanctions est d’ailleurs celle qui «hit the purse ». Il y a un peu plus de possibilités à ce niveau. Des amendes seront fort probablement prévues. Nous ne sommes pas là pour faire peur aux radios mais pour les aider à se responsabiliser. On doit protéger ceux qui ne peuvent ou ne veulent intervenir à la radio.

<B>Quels sont les changements qui vont intervenir dans la loi ?</B>

Je ne sais pas vraiment. Toutefois, l’IBA compte y apporter sa contribution. Nous voulons libéraliser le secteur de la télévision. Il faut créer des conditions incitatives pour favoriser l’investissement. Le capital mauricien trouve cela difficile d’investir. Il faut peut-être une aide extérieure. La loi limite actuellement à 20 % l’actionnariat étranger. Il faut revoir cela tout en gardant le contrôle radiophonique et télévisuel entre les mains des Mauriciens. Il faut aussi revoir le Complaints Committee et imposer un délai pour la prise des décisions. Car les décisions qui traînent ne sont pas bien perçues. Tout comme il existe un ICT Tribunal peut-être qu’il faudrait carrément un tribunal de l’audiovisuel.

<B> Où en est d’ailleurs la libéralisation de la télévision ?</B>

Il faut que des investisseurs veuillent bien y mettre de l’argent. Un débat public avec MultiCarrier (Mauritius) Ltd, la MBC, les opérateurs présents et ceux qui seraient intéressés ainsi que les décideurs peut être utile. Il faut que le secteur de la télévision privée bénéficie à tous.

<B>Mais elle ne sera pas gratuite cette télé privée... </B>

Oui, il serait difficilement autrement. Elle devra tenter de vivre essentiellement de publicité et de parrainage. Plusieurs scénarios sont possibles pour que la télévision devienne une réalité. Ce que Mauritius Telecom fait au niveau de l’ADSL, c’est une bonne chose. Il a un réseau qui est déjà prêt. Il faut trouver le juste milieu entre le prix et la grille proposée.

<B> L’année prochaine, les radios privées devront renouveler leurs licences. Comment cela se passera-t-il ?</B>

Il faudra refaire confiance à ces radios. On verra ce qu’elles ont à offrir, et nous prendrons aussi en considération les trois années de programmes qui seront alors là. On va voir quelle est la politique des langues sur les grilles. Si le poids doit rester pareil. La même chose se fera pour la production. On va aussi prendre en considération le traitement de l’information et d’autres critères. Cela se fera au cours d’auditions publiques. Avant, nous travaillions dans un environnement fait de théorie. Maintenant, les choses sont différentes avec la pratique.

<B>D’autres radios commerciales privées pourraient-elles voir le jour ?</B>

Il y a des gens qui ont déposé des dossiers préliminaires. Il y a déjà six radios FM. Il y a la possibilité d’en accommoder encore trois. Mais nous devrons choisir entre améliorer la couverture des radios existantes ou les prendre pour avoir plus de radios. Il ne faut peut-être pas être trop ambitieux.

<B> Quelle sera l’évolution du paysage audiovisuel dans les mois à venir ?</B>

Nous aurons la télévision commerciale privée dans pas trop longtemps. Elle sera abordable pour tout le monde. Les radios deviendront meilleures. L’IBA gérera mieux ce secteur sans pour autant devenir la bête noire. Le secteur grandit et devient plus mûr. Cette législation répondra aux nouveaux besoins de ce secteur.

<I>Avant, nous travaillions dans un environnement fait de théorie. Maintenant, les choses sont différentes avec la pratique.</I>

<B>Interview réalisée par Audrey KELLY-MARTIAL</B>

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