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« Une enquête par sondage n?est pas un interrogatoire de police »

20 mars 2004, 20:00

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> Le dernier baromètre politique Synthèses-l?express fait l?objet de critiques de la part des partis d?opposition. Etes-vous habitué à ce genre de situation ?

Le premier baromètre Synthèses-l?express en avril 2003 avait aussi suscité de nombreuses réactions. Les partis politiques ont leur propre stratégie et la contestation ou l?approbation des résultats d?un sondage d?opinion est l?occasion pour eux de développer leurs tactiques. Il n?est donc pas rare que la classe politique dans les pays démocratiques conteste, minimise ou encense les résultats selon qu?ils sont ou non favorables. Maurice n?échappe pas à cette règle. Je suis donc habitué à ce jeu entre la classe politique et les résultats d?un sondage qui paraît dans les médias. Je pense qu?au bout du 4e ou 5e baromètre les réactions seront nettement moins épidermiques.

> Des politiciens disent que le sondage est le résultat d?une manipulation politique. Comment réagissez-vous à ces propos ?

Les commentaires ou les analyses produites par les journaux ou les hommes politiques sur le sondage ont beaucoup plus d?impact que le résultat lui-même. Les sondages sont réalisés de manière scientifique sur la base de méthodes qui sont employées quotidiennement dans le monde entier par des centaines d?instituts. Si nous existons depuis autant de temps, cela montre que nos méthodes sont fiables et que les résultats ne sont pas éloignés de la réalité.

> Synthèses a-t-elle déjà effectué des sondages pour des partis politiques à Maurice ?

Notre institut existe depuis 17 ans, nous réalisons de nombreux sondages d?opinion, voire des sondages d?intention de vote. À Maurice, nous travaillons depuis plus de 15 ans et nous avons réalisé de nombreux sondages, non publiés, pour le compte des différents partis politiques à l?occasion des élections générales de 1995 et 2000. Je crois que ceux qui ont eu accès à ces résultats connaissent notre professionnalisme. Notre expérience ne s?arrête pas qu?à Maurice, elle s?exerce aussi dans les pays d?Afrique dont le Sénégal, le Bénin, la Côte-d?Ivoire et bien entendu à la Réunion.

> Des critiques affirment que l?utilisation du téléphone pour effectuer des sondages n?est pas fiable à Maurice. Que répondez-vous ?

Maurice se positionne aujourd?hui comme une plateforme d?avant-garde mondiale dans le domaine des Technologies de l?information et de la communication. Le nombre de centres d?appels téléphoniques est en constante augmentation et le taux d?équipement téléphonique des ménages et des individus mauriciens est très élevé. À Synthèses-Maurice, nous réalisons plusieurs milliers d?heures d?enquêtes téléphoniques. C?est un outil parfaitement répandu et je ne vois pas, dans son utilisation par les Mauriciens, de différences avec les pays développés. Lorsqu?on écoute la réaction d?un Mauricien au téléphone par rapport à celle d?un Européen ou d?un Réunionnais, il n?y pas de grande différence.

> Est-ce possible qu?une personne interrogée au téléphone, ne se sentant pas en sécurité pour diverses raisons donne des réponses biaisées aux enquêteurs ?

Beaucoup moins qu?en face à face car il y a une certaine distance avec l?enquêteur qui n?influe pas, par son comportement, sur l?enquêté. Sur ce plan, la fiabilité des réponses est plus importante par téléphone qu?en face à face. D?ailleurs quel que soit le mode d?enquête, une personne a toujours la possibilité de biaiser sa réponse. Mais soyons sérieux, pensez-vous possible que 600 personnes biaisent leurs réponses ? Au contraire, très peu de personnes refusent de répondre et il y a un certain enthousiasme dans le fait de donner son opinion, car on se sent utile et considéré.

> Comment assurez-vous qu?une personne interrogée au téléphone ne vous dit pas le contraire de ce qu?elle pense ?

Nous n?avons pas de sérum de vérité et une enquête par sondage n?est pas un interrogatoire de police. Les méthodes que nous employons permettent de détecter des incohérences flagrantes. Et puis sur 10 ou 15 questions posées du tac au tac, la personne n?a pas le temps de construire un discours autre que le sien et la spontanéité recherchée est un facteur de vérité.

> Est-ce qu?un corpus de 601 personnes est suffisant pour avoir un échantillon représentatif de la société mauricienne ?

La représentativité est indépendante de la taille de l?échantillon. La représentativité d?un échantillon est obtenue par le fait que celui-ci a les mêmes caractéristiques que celles de la population mauricienne en âge, catégorie socioprofessionnelle, sexe, appartenance ethnique, zone géographique habitée. Notre échantillon est donc un modèle réduit de la population mauricienne. La taille de l?échantillon influe en revanche sur la précision statistique.

> Le sondage donne l?alliance MSM-MMM-PMSD plus forte que l?alliance PTr-PMXD-MR dans le nord du pays, alors que l?opposition avait remporté une élection partielle dans la même région en décembre dernier. N?est-ce pas un résultat surprenant ?

Tout à l?heure on parlait de commentaire qui avait plus d?impact que le résultat lui-même. Dans votre question, vous suggérez que l?alliance MSM-MMM-PMSD est plus forte que l?alliance PTr-PMXD-MR dans le nord. Je suis beaucoup plus nuancé que vous dans le commentaire. En me fondant sur un plan purement statistique, je dirai que l?écart apparent de score obtenu dans cette région par l?alliance PTr-PMXD-MR (26,4 %) et par l?alliance MSM-MMM-PMSD (38,4 %) n?est pas réellement significatif. Les forces en présence sont équivalentes compte tenu de deux phénomènes. Le nombre de personnes interrogées dans le Nord (Pamplemousses-Rivière-du-Rempart) est de 115 personnes et la précision statistique pour ce sous-échantillon est de +/-10 %. Les résultats obtenus par les deux alliances se situent dans cet intervalle de confiance compte tenu que 35 % des personnes interrogées ne donnent pas leur opinion. Et on ne peut préjuger de leur préférence pour un camp ou pour un autre. A contrario, la progression de 6 % de l?alliance PTr-PMXD-MR sur l?ensemble du pays entre avril 2003 et février 2004 est réelle et significative. D?autant plus que le score de l?alliance MSM-MMM-PMSD et que le nombre de sans opinions restent stables.

> Alors que les prix et le chômage augmentent, le sondage indique qu?une majorité de mauriciens sont satisfaits de la performance du gouvernement. Comment interpréter ce résultat ?

Ces deux éléments ne font pas toute la vie du Mauricien, ni toute l?action du gouvernement. Revenons aux chiffres. La vraie lecture de notre baromètre Syntheses-l?express montre qu?à deux ans des élections générales l?opposition a un réel potentiel. Preuve en est que le bilan du gouvernement n?est approuvé que par une petite majorité des mauriciens soit 54 %. En outre le leader de l?opposition renforce ses positions puisqu?en un an, d?avril 2003 à février 2004, son niveau de bonnes opinions progresse de 10 points soit 62 % contre 52 %.

> Le sondage a été réalisé à un moment où de nombreux mauriciens exprimaient ouvertement leur inquiétude par rapport à l?harmonie sociale. Il indique que 65 % de la population estime que la situation ne se détériore pas. Que répondez-vous à ceux qui se disent sceptiques devant ce résultat ?

Qui sont ces nombreux mauriciens, combien sont-ils et où s?expriment-ils ? À l?heure actuelle, seul notre sondage Synthèses-l?express donne une photographie de l?opinion. Dans notre questionnement, nous ne parlons pas d?harmonie sociale mais plus globalement d?une situation qui regroupe un ensemble de choses. Les avis sont partagés en ce qui concerne l?évolution de la situation à Maurice : seuls 4 mauriciens sur 10, soit 41 % perçoivent une amélioration de la situation à Maurice alors qu?un Mauricien sur 4, soit 24 % la juge stable alors qu?un sur 3, 34 %, perçoit une dégradation de la situation. Ceux qui ont une position de manager ou de professionnel mentionnent toutefois plus fréquemment, 59 %, la perception d?une détérioration de la situation. Par rapport à avril 2003, le sentiment d?une détérioration de la situation est plus fréquemment mentionné, 34 % en février 2004 contre 29 % en avril 2003.

Propos recueillis par Jérôme BOULLE

« Nous avons réalisé de nombreux sondages, non publiés, pour le compte des différents partis politiques lors des élections générales de 1995 et 2000. Ceux qui ont eu accès à ces résultats connaissent notre professionnalisme. »

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