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« Si la MBC ne se modernise pas, elle va avoir du mal à exister »
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« Si la MBC ne se modernise pas, elle va avoir du mal à exister »
Comment avez-vous atterri à Maurice ?</B>
D’abord, j’ai un frère qui s’est installé à Maurice et que je viens voir de temps à autre. Puis, pour la radio Bel-RTL, j’ai fait pendant des années des émissions sur Maurice. C’est comme cela que j’ai découvert l’île. J’y suis revenu en janvier dernier, après une absence de cinq ans. J’ai été frappé par le développement économique et culturel et par l’arrivée des radios privées. Je suis revenu depuis septembre et j’en ai profité pour regarder la télé, écouter la radio et rencontrer des personnalités clefs des médias mauriciens. Le métissage culturel et musical me passionne et je trouve que Maurice possède un réservoir de talents uniques, mais inexploités. J’ai été séduit par Let me fly, de King, par exemple.
<B>Quel a été votre parcours dans l’audiovisuel ?</B>
J’ai fait de la télévision et de la radio pendant 25 ans. J’ai eu un parcours assez atypique, car j’ai débuté à la télévision pour passer à la radio et enfin j’ai également touché à la presse écrite. J’ai été cofondateur de la télévision RTL-TVI. Nous avons débuté en 1986 à partir de rien, ne faisant qu’un journal belge d’une demi-heure, le reste du programme venant du Luxembourg. Notre chaîne a remporté un succès inespéré et nous avons concurrencé la chaîne française TF1, alors la plus regardée en Belgique francophone. Puis, peu à peu, nous avons monté nos propres programmes, pour devenir à la fin complètement belge et autonome. Nous avons ensuite lancé en 1991 la radio RTL belge, une radio généraliste, commerciale et grand public. Nous avons, en favorisant leur passage à l’antenne, relancé les chanteurs belges d’expression française. Nous avons ensuite créé deux autres chaînes de télé et nous représentons plus de 30 % de parts de marché tandis que notre radio est leader en Belgique francophone. Je retrouve beaucoup de problèmes et de « défauts » dans les radios privées mauriciennes qui me sont familiers – et pour cause, à nos débuts, nous avions rencontré les mêmes problèmes. C’est pourquoi je suis attentif à la situation mauricienne.
<B>Quel regard porte le passionné des médias que vous êtes sur les radios mauriciennes ?</B>
J’ai eu l’occasion d’aller visiter les locaux de la MBC et des radios privées. Et je les écoute beaucoup. Je vais être lapidaire : les radios publiques et privées ont dix ans de retard. Cela peut paraître assez paradoxal que des radios privées, qui sont jeunes et très au point sur le plan technique, aient tant de problèmes au niveau de la forme – question habillage, style d’animation, lancement de programme… Je suis sous l’impression que les gens ont des qualités, mais sont mal formés et mal « managés ». Chacun semble faire comme il peut. Il manque une cohérence et une homogénéité. Il me semble qu’il y a un manque de formation et de connaissance, tant chez les techniciens que chez les animateurs, de ce qui se fait ailleurs. La radio n’est pas un ensemble de succès, mais un succès d’ensemble.
Cela dit, je note que les bulletins d’information des radios privées sont remarquablement bien faits, généralement crédibles, avec de la rigueur et avec un aspect « proximité ». Le reste, c’est du sable mouvant.
<B>Et la télévision mauricienne ?</B>
La comparaison est difficile à faire avec ce qui se fait à l’étranger, car Maurice doit être un des seuls pays au monde où la télévision ne comporte que des chaînes publiques. Lors de mon dernier long séjour chez vous, il y a cinq ans, j’avais constaté que la télévision avait 25 ans de retard. Aujourd’hui, je note une remarquable évolution, soutenue par la 3e chaîne. Cependant, à cause de la complexité et de la culture plurielle de Maurice, les choses ne sont pas faciles pour la MBC. Cela dit, comme de nombreuses chaînes publiques dans le monde, elle est plutôt austère.
Avec la pénétration des chaînes satellitaires à Maurice, le téléspectateur va avoir la possibilité de comparer. Si la MBC ne se modernise pas et n’améliore pas la qualité de ses programmes, ni sa manière de faire, technique et conceptuelle, elle va avoir beaucoup de mal à exister. La télévision semble en décalage avec l’évolution de la population. Les professionnels semblent souffrir de la lourdeur propre à toute chaîne publique. Sans compter le manque d’ouverture, de connaissance et de formation de bon nombre de son personnel.
Au niveau du traitement de l’info, je trouve la radio beaucoup plus crédible et complète que la télévision publique. Ce qui est un paradoxe, car le rôle de la chaîne publique est d’être proche du public.
Il faudrait donc que la direction de la MBC s’attelle à la tâche de transformer la télé, notamment en encourageant la création locale et le divertissement. Cela permettrait également le développement de maisons de production privées offrant leurs services à la MBC.
<B>Le paysage télévisuel mauricien est-il prêt pour des chaînes privées ?</B>
Il y a véritablement une place pour une ou deux chaînes privées. Il serait dommage qu’elles n’existent pas au profit de chaînes étrangères accessibles par le satellite et dans lesquelles le téléspectateur mauricien ne se reconnaît pas.
La télévision locale passe de bonnes émissions étrangères, style Ça se discute. Le téléspectateur a donc des repères sur ce que peut être une bonne émission et souhaite que l’on aborde plus les enjeux qui font son quotidien. Si la MBC n’améliore pas la qualité de ses productions locales, il y aura un rejet « naturel » des téléspectateurs, qui se jetteront naturellement dans les bras de tout opérateur privé qui satisfera leurs attentes.
La télévision doit pouvoir faire le pari de développer les talents locaux, par exemple au niveau musical. Ces talents existent et une bonne télévision qui voudrait mieux répondre aux attentes du téléspectateur devrait favoriser des émissions style Be The Next Star.
Le marché mauricien est « mûr » pour une chaîne privée qui serait généraliste, grand public, commerciale et populaire dans le sens noble du terme.
<I>« Je suis sous l’impression que les gens ont des qualités mais sont mal formés, mal managés. »</I>
<B>Quelle est pour vous la radio idéale ?</B>
Ce serait une radio généraliste, commerciale, de proximité, correspondant aux normes professionnelles internationales. Moi qui suis d’abord un homme de la télévision, je suis attiré par le pouvoir de la radio, qui joue sur l’imaginaire. Une bonne radio est celle qui fait « voyager » l’auditeur dans sa tête. Pendant cinq ans, j’ai réalisé, deux fois par an, des émissions radiophoniques à et sur Maurice pour des auditeurs belges. Nous amenions nos auditeurs à découvrir Maurice par la radio. Tout se jouait dans l’imaginaire grâce au son.
Et votre télévision privée idéale ?</B>
Ce serait une télévision à caractère généraliste, exclusivement commerciale, dont la clef de voûte serait l’information. Mais une information qui soit une véritable alternance à l’information donnée par la chaîne publique. C’est la clef de voûte sur laquelle viennent s’appuyer des programmes de proximité, de divertissement et culturels – car la télévision privée a également un rôle « éducatif » à jouer – ainsi que des programmes de fiction up to date disponibles sur le marché. Cette chaîne devrait être à la fois complémentaire et une alternative à la MBC.
<B>Quelle est votre définition du service public ?</B>
Mon meilleur exemple dans le monde de la francophonie est le modèle français, avec France 3. C’est une vraie télévision de proximité, avec des « décrochages » régionaux. De toutes les chaînes existant en France, elle est celle qui, ces cinq dernières années, a vu une hausse constante de son audimat.
<B>Quels sont vos projets d’avenir ?</B>
J’ai quitté RTL peu après un changement de direction au Luxembourg. J’ai voulu prendre du recul. La richesse de Maurice me passionne et je désire apporter mon aide pour lui permettre d’exister. J’ai un carnet d’adresses assez intéressant et je souhaite permettre à certains talents mauriciens de s’exprimer. Parmi mes projets figure l’organisation d’événements musicaux à l’attention des jeunes. Ce que j’ai fait en Belgique, un petit pays européen, je suis persuadé qu’on peut le faire à Maurice. Il faut think global, do local. La partie la plus enrichissante de ma carrière a été la création, le côté humain. Mon devoir est de me mettre au service de ces talents.
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