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« Nous avions pris des habitudes coûteuses »
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« Nous avions pris des habitudes coûteuses »
Vous êtes le troisième Managing Director d?Air Mauritius depuis l?an 2000. Pouvez-vous nous dire quelle est votre vision de ce secteur d?activité économique ?
En tant que porte-drapeau national, Air Mauritius doit devenir l?entreprise la plus forte et la plus solide du pays. Je dois dire qu?elle est bien positionnée pour l?être. Je ferai de mon mieux pour m?assurer que la compagnie retrouve sa place dans l?économie. Nous savons à quel point notre économie dépend de la viabilité commerciale d?Air Mauritius en raison de notre insularité.
Quelles sont les grandes orientations de la nouvelle stratégie d?Air Mauritius ?
La nouvelle vision vise surtout à consolider nos assises. Ainsi nous allons nous concentrer sur notre Core Business. C?est là que réside la force de notre compagnie. Ce n?est qu?après une bonne consolidation de cette base que nous pourrons envisager des sorties vers la région et d?autres secteurs de l?économie. Dans les années de boom, il arrive à toute entreprise de s?éloigner de son activité principale. Air Mauritius ne fait pas exception à la règle. Je vois mal, par exemple, ce que la compagnie nationale d?aviation fait dans l?hôtellerie. Mon souci principal est d?assurer sa pérennité et sa viabilité.
Comment cela s?effectuera-t-il ?
Cela se fera dans un contexte très difficile. Le monde de l?aviation passe par une période de changements en profondeur qui exige de chaque compagnie une capacité à innover. Nous avons connu successivement le 11 septembre 2001, la guerre en Irak, le SARS. Tout cela a créé de nouvelles donnes dans ce secteur. Les coûts opérationnels ont augmenté dramatiquement mais chacun veut payer son billet moins cher. Et s?ensuit l?émergence des opérateurs Low Cost et les no-frills qui font une concurrence féroces aux lignes régulières. Il y a également la fin des monopoles dans l?aviation. Même s?ils le voulaient, les gouvernements ne peuvent plus privilégier leurs compagnies nationales comme dans le passé. Nous nous adaptons à ces changements et nous n?avons d?autres choix que de revoir d?une manière fondamentale notre façon de fonctionner.
Est-ce que cela implique l?introduction de nouvelles méthodes de gestion ?
Absolument ! Le Business model classique d?aviation commerciale ne correspond plus aux réalités du jour. Les sièges d?avion doivent être produits économiquement, commercialisés efficacement et vendus profitablement dans un marché concurrentiel. Nous revoyons nos coûts de production et alignons nos prix tout en optimisant notre réseau. C?est ainsi que nous allons nous retirer des destinations non économiques et renforcer celles qui sont profitables. Cette stratégie sera mise en pratique très rapidement.
Concrètement, que se passera-t-il ?
Pour le moyen et le long terme, nous re-planifions les composantes de notre flotte par rapport à son déploiement éventuel. Nous redéfinissons la configuration des cabines et dans le court terme, nous supprimerons certaines destinations tout en augmentant le fréquence sur les routes les plus demandées.
Comment réagissent les opérateurs touristiques à cette initiative ?
Il y a une compréhension totale. Toutes ces décisions sont prises après consultations avec les stakeholders afin que les intérêts stratégiques soient sauvegardés. Avec l?avènement du TGV en Europe, il ne fait plus de sens pour nous de nous poser sur dix points en Europe de l?Ouest.
Pourquoi cela revient-il plus cher de voyager sur Air Mauritius que sur les avions d?une autre ligne ?
Ce n?est qu?une perception erronée.
Selon vous Rs 10 000 de différence sur un billet est une perception...
Avec cette différence pourquoi donc choisir Air Mauritius ? Laissez-moi vous expliquer : les places à bord d?un avion sont des produits périssables. Quand il en reste d?invendues, elles sont écoulées au rabais. Cela nous arrive rarement chez Air Mauritius et de tels sièges sont en nombre limité.
Les industriels se plaignent du coût élevé du fret. Est-ce aussi une perception ?
Ceux qui doivent payer le fret le trouveront toujours cher. N?oubliez pas que nous sommes dans un marché concurrentiel. Mais certains habitués aux subventions de l?État considèrent que le transporteur national devrait fournir un service à perte pour soutenir leur activité d?exportation. Malheureusement, ce n?est pas possible. Le fret représente 14 % de notre chiffre d?affaires.
Est-ce pour ces mêmes raisons que vous vous opposez aux charters ?
Les charters classiques ne viennent qu?en période de pointe pour écumer le marché. Cela est nuisible à tous les secteurs économiques et pas seulement à Air Mauritius qui, comme les autres transporteurs, offre un service pendant toute l?année. En revanche, les low cost carriers constituent une réalité incontournable. Il nous faudra repenser notre produit pour faire face à cette concurrence. Je suis confiant que nous y parviendrons.
Êtes-vous optimiste pour l?avenir d?Air Mauritius?
Je suis optimiste parce que le constat que je fais me permet d?affirmer que nous pourrons remédier à nos faiblesses. Nous réviserons nos procédures afin d?améliorer notre efficience. Par ailleurs, nous avions pris des habitudes parfois coûteuses et le plus souvent non productives. Je crois que les actionnaires ont reconnu que la compagnie doit être gérée comme n?importe quelle autre entreprise.
Lors de votre nomination vous aviez réclamé une totale indépendance des politiques. L?avez-vous obtenue ?
Il y a deux dimensions à cette question. La première est la suivante : une compagnie d?Etat de l?envergure d?Air Mauritius ne peut travailler dans un univers coupé de la politique nationale. Il est extrêmement important que nous comprenions les objectifs nationaux afin de nous aligner sur des stratégies visant à la réalisation de ces objectifs. L?Etat demeure l?actionnaire principal d?Air Mauritius et on ne devrait jamais faire abstraction de ce fait.
Quelle est l?autre dimension ?
C?est l?ingérence politique. Ce n?est un secret pour personne qu?il y a eu autrefois des ingérences souvent nuisibles à la bonne marche de la compagnie. Le gouvernement, et le Premier ministre en particulier, sont conscients qu?une entreprise de cette importance ne saurait être gérée correctement s?il y a une ingérence quasi-permanente dans la gestion quotidienne. Les dirigeants actuels n?ont aucune intention de le faire.
Comment pouvez-vous faire une telle affirmation ?
Je sais, pour avoir travaillé ailleurs avec le gouvernement, que cela ne se fera pas. Je l?ai toujours affirmé : l?ingérence politique n?est en général pas à l?agenda d?un gouvernement. Ce sont les entreprises qui se laissent faire qui encouragent de telles pratiques. J?ai passé dix ans à la direction de Mauritius Telecoms et je ne me suis jamais plaint d?ingérence politique. Je ne dis pas qu?il n?y a jamais eu des tentatives, mais il faut savoir se prémunir de toute velléités d?ingérence.
Vous êtes ,vous-même, un nominé politique car il n?y a pas eu d?appels de candidatures pour votre recrutement...
Certainement pas. En tout cas pas dans son sens étriqué. A ce niveau, dans une entreprise de la taille d?Air Mauritius, on ne fait généralement pas d?appel de candidatures. Le Premier ministre a publiquement expliqué pourquoi le gouvernement a proposé mon nom à l?assemblée des actionnaires. Par la suite je fus moi-même très surpris de l?unanimité qui s?est faite autour de ce choix. On recrute généralement une personne qui a la confiance des actionnaires. Je constate que la valeur des actions en Bourse a grimpé de 6,3 %, le jour suivant ma nomination. Je note aussi que la valeur boursière de la compagnie s?est accrue de 32 % pendant ces deux derniers mois. C?est une indication que la confiance est revenue. Et cela malgré une performance médiocre durant les premiers six mois de cette année financière.
« Je constate que la valeur des actions en Bourse a grimpé de 6,3 %, le jour suivant ma nomination. Je note aussi que la valeur boursière de la compagnie s?est accrue de 32 % ces deux derniers mois. »
Propos recueillis par Jérôme Boulle
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