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« On ne fera pas de miracles »

5 octobre 2008, 00:00

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« On ne fera pas de miracles »

«Cold Case ». C'est ainsi que l'on nomme, à la télé vision, les investigations sur les affaires non résolues. C'est justement la spécialité du commandant de police Philippe Bishop. Son collègue, le capitaine Nicolas Pajani, et lui sont arrivés à Maurice dimanche dernier. Leur mission jusqu?à mercredi prochain : aider notre force policière à « identifier les facteurs responsables de la non résolution d?enquêtes », selon la formule du commissaire de police, Dhun Iswar Rampersad. En clair : exhumer en dix jours une dizaine de crimes sans coupable et tenter de comprendre ce qui a coincé. Mission impossible ?

« On ne fera pas de miracles », prévient d?emblée l?expérimenté Bishop. « Nous sommes là pour partager notre expérienceet donner un avis sur des dossiers, mais certainement pas pour élucider des crimes ni même rouvrir des enquêtes », renchérit le capitaine Pajani, chargé, avec son partenaire, de rendre des comptes au quotidien à l?assistant commissaire de police, Clifford Parsad.

Durant la semaine écoulée, trois affaires non résolues ont occupé les deux experts : le meurtre de Vanessa Lagesse en 2001, celui des amants de Bassin-Blanc en 2002 et le bûcher de Tyack, où quatre individus avaient été retrouvés brûlés vifs début 2008. Dans un premier temps, il s?agit d?étudier la procédure et d'extraire tous les renseignements dont la police mauricienne dispose. « C?est un travail de fourmi, il faut aller vite et on n?a malheureusement pas le temps de lire tous les procès verbaux », indique le commandant Bishop, qui refuse d?entrer dans les détails.

« Pour gagner du temps, précise-t-on aux Casernes centrales, ils ont tenu à rencontrer un maximum d?interlocuteurs, notamment des enquêteurs en charge des dossiers et des témoins. » En réalité, l?éventail serait plus large : du Premier ministre aux proches de Vanessa Lagesse, en passant par le médecin légiste Satish Boolell et des analystes du Forensic Science Laboratory.

<B>« Ces policiers ont un regard neuf et aucun préjugé »</B>

« Dans certains cas, on les a emmenés sur les lieux du crime », précise un haut gradé, qui ne se dérobe pas face aux questions qui fâchent. « Du cinéma pour rassurer les familles des victimes, des pressions sur le DPP? j?ai entendu tout ça, mais je n?y crois pas. Ces policiers n?ont pas de potion magique, mais un regard neuf, du recul et aucun préjugé. Leur point de vue sera forcément intéressant. »

C?est en effet la seconde partie de leur travail : émettre un avis sur les investigations. « Ils nous ont fait comprendre que dans un cas, ils n?auraient pas fait mieux, mais que dans un autre, l?enquête avait été bâclée », confie une source policière.

D?où une série de propositions qu?auront à formuler les policiers français. Propositions qui sont susceptibles de faire avancer tel ou tel dossier, ou, plus généralement, d?améliorer l?efficacité de la police.

Le commandant Bishop : « En France, on n?hésite pas à réexaminer les pièces à conviction, même dix ans plus tard.

La science a tellement évolué que des crimes sont finalement élucidés grâce aux analyses génétiques pratiquées sur des scellés. »

Son homologue, le capitaine Pajani, est plus concret : « Prenons l?exemple d?un vêtement retrouvé il y a dix anssur une scène de crime et qui a fait l?objet d?un prélèvement. A l?époque, ce prélèvement aurait pu servir à des recherche de fibres, mais aujourd?hui, il y a l?ADN. » Fin du raisonnement : « Si le prélèvement de l?époque a été bien conservé, il va devenir plus bavard. On y trouvera de l?ADN alors qu?au départ on y cherchait des fibres? »

La génétique serait donc une des pistes à creuser. En attendant, c?est un autre problème qu?ont dû solutionner les deux experts français : décrypter des centaines de procès-verbaux? rédigés en créole !

Traqueurs en série

Les photos, ils n?aiment pas. Par contre, « coincer un meurtrier », là, c?est différent. « Je ne connais rien de plus valorisant », assure le commandant Philippe Bishop, 53 ans, dont la moitié en brigade criminelle. Affecté aujourd?hui à l?Office central pour la répression des violences aux personnes, près de Paris, il gère l?unité Selvac1 ( du nom d?un logiciel informatique qui permet de débusquer les tueurs en série). Le Selvac a été inspiré du Vicap2 américain, utlisé par le FBI. Depuis sa création en 2003, cette unité a intégré 7 800 dossiers énigmatiques de meurtres, viols et agressions sexuelles, qui paraissent gratuits et répétitifs. Une aide précieuse pour les recherches des policiers et pour celles des profileurs. Ainsi, après chaque apparition en France d?un « grand criminel », le commandant Bishop ressort ses cold cases, ses affaires non élucidées. Elles le restent parfois, comme une fillette de 9 ans disparue en 2003. « Ces affaires-là, je les garde en travers de la gorge. Le métier, si vous le prenez à bras le corps, il vous bouffe », explique-t-il.

Le capitaine Pajani, lui, a plutôt tendance à bouffer son métier. A 38 ans, il est en poste à la police judiciaire de Nice, dans le sud de la France. En 2005, déjà, la traque d?un pédophile le conduit à l?autre bout de l?Europe, en Norvège. Bonne pioche : le violeur de fillettes restera en prison jusqu?en 2020. Il y a deux ans, son service arrête en quatre jours, en France et en Suisse, les ravisseurs d'un couple de riches industriels. Cette mission à Maurice, il l?a acceptée « tout de suite ».

Ce qui le fait courir ? « La recherche de la vérité, jusqu?au bout. Parfois, je me sens comme un mathématicien qui peine devant une équation et qui sait qu?il n?a pas le choix : trouver la solution. »

(1) : Système d?analyse des liens de la violence associée aux crimes.

(2) : VIolent Criminal Apprehension Program.

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