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« On me met des bâtons dans les roues »

2 septembre 2007, 00:00

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Qui a dit : « Le sport a reculé de plusieurs échelons, il est grand temps de prendre un nouveau départ » ?

Peut-être Michael Glover.

Non, cette phrase est de vous?

Ah bon?

Ce sont vos propres mots le jour de votre prise de fonctions. Deux ans plus tard, on dirait que cette phrase n?a pas pris une ride?

Aujourd?hui, un cap est fixé. En deux ans nous avons avancé. Je vais continuer sur cet élan et corriger les imperfections. Au niveau de mon ministère, le travail est fait. Mais le sport, ce n?est pas seulement l?affaire d?un ministère. Les sportifs, les fédérations, le secteur privé et l?ensemble de la société civile ont chacun un rôle à jouer.

Beaucoup sont très critiques à votre égard depuis les Jeux des îles. Êtes-vous blessé, choqué ?

Ni l?un ni l?autre. La critique me fait avancer, j?y puise mon énergie pour être meilleur demain. Mais je tiens à dire qu?il n?y a pas à rougir de notre prestation à Madagascar.

Dans le creux de la vague, où trouvez-vous du réconfort ?

En moi-même. Je me renferme dans ma coquille pour trouver la force de poursuivre le travail. Je ne suis pas du genre à baisser les bras.

Si vous aviez la possibilité de revenir en arrière, qu?auriez-vous fait différemment pour préparer les Jeux ?

Ma seule faiblesse s?est située au niveau des fédérations. Dans certaines disciplines, les problèmes internes se sont accumulés et cela a eu un effet négatif sur les athlètes.

Qu?auriez-vous donc fait différemment ?

J?aurais retiré l?agrément du ministère des Sports.

À qui ?

Aux fédérations qui ne fonctionnent pas démocratiquement. À celles, par exemple, qui couillonnent l?opinion publique en organisant des élections tronquées.

Des fédérations « couillonnent l?opinion publique », dites-vous ?

Oui, certaines.

Lesquelles ?

L?haltérophilie, la lutte et d?autres fédérations dans des sports non olympiques, comme le bodybuilding.

Si je vous dis que notre piètre résultat aux Jeux des îles est anecdotique. Que le vrai gâchis ne tient pas au nombre de médailles, mais à notre incapacité à démocratiser la pratique sportive?

Je suis d?accord. Mais le problème ne date pas d?aujourd?hui.

C?est une réponse de rugbyman, vous bottez en touche. Ne pensez-vous pas que l?on se prive d?un formidable outil pour démocratiser les loisirs, faire reculer la délinquance, soigner le vivre-ensemble ou même lutter contre l?obésité ?

C?est bien pour cela que ma priorité, c?est la base, la jeunesse. Je souhaite imprimer une culture sportive dans tous les établissements scolaires, du primaire à l?université. Mais cela demande beaucoup d?infrastructures. Nous avons commencé par signer un memorandum of understanding avec le ministère de l?Éducation, afin de mettre les gymnases du pays à disposition des élèves après les heures de classe. Je demande à tous les Mauriciens de prendre connaissance de ce projet et de se grouper en club.

Vous dites que le sport scolaire est une priorité. Donnez-moi dès lors une seule bonne raison de ne pas relancer les intercollèges ?

Je vais relancer les intercollèges au début de l?année prochaine. Nous peaufinons le dossier, la formule sera un peu plus flexible.

Parlons de votre « sport » : la politique. Les « on-dit » vous assoient sur un siège éjectable?

Je ne me sens aucunement menacé. Mes rapports avec le chef du gouvernement sont même excellents.

Vous êtes dans ses petits papiers ?

Je pense.

On dit qu?un bon politicien a les mêmes qualités qu?un bon boxeur : il sait prendre des coups et sait en donner. Qu?est-ce que cette comparaison vous inspire ?

La politique, pour moi, n?est pas une bataille, mais un engagement au service du peuple. Ceci dit, c?est vrai qu?on prend des coups. Moi, je réponds par le dialogue. Et contrairement à ce qu?on dit, je n?ai pas peur de marcher dans ma circonscription.

Qui dit quoi ?

« Mars dan cirkonskripsyon, guette si pa ou gaign kout roche kout di zef. » Voilà les ragots que j?entends dans les rangs de l?opposition. Ces gens-là sont des oiseaux de malheur.

Si vous aviez à évaluer la performance de votre ministère, quelle serait la médaille : or, argent, bronze? ou chocolat ?

Ce n?est pas le moment de s?attribuer des médailles. L?heure est au travail, les honneurs viendront plus tard. À condition d?adopter un nouveau mindset pour le bien-être du sport.

Que voulez-vous dire ?

Des fonctionnaires de mon ministère agissent en partisans politiques. Je sens de l?hypocrisie à mon égard. On me met des bâtons dans les roues.

Par jalousie, pour vous faire partir ?

Peut-être les deux. Moi, le bla-bla ne m?intéresse pas, la politique politicienne non plus. Je travaille dans l?intérêt du pays.

Ce sont les paroles d?un sage?

Sage, je ne sais pas. On me dit souvent que je suis trop souple et que certains en abusent.

Vous avez le sentiment de vous faire marcher dessus ?

Parfois, mais c?est un bon apprentissage. L?expérience, petit à petit, va m?aider à rectifier le tir.

Vous êtes heureux en politique ?

C?est un défi que j?ai accepté. Peu importe le beau temps ou le mauvais temps, je fais avec.

Diriger un ministère, est-ce une satisfaction passagère ou le début d?une carrière ?

C?est le prolongement de mon implication dans le social. Quant à mon avenir, ce n?est pas moi qui décide mais l?électorat.

Vous avez peut-être des envies?

Travailler dur, la récompense viendra ensuite. Pour arriver en haut, il faut commencer par la première marche et ne sauter aucune étape.

C?est une façon de dire que vous avez de l?ambition ?

Bien sûr.

Quelle est la pensée chinoise qui vous décrit le mieux : « Rester à sa place fait durer longtemps. » Ou bien : « Le silence est un ami qui ne trahit jamais » ?

La seconde, sans hésiter.

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