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« Le tsunami a démontré la vulnérabilité des SIDS »
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« Le tsunami a démontré la vulnérabilité des SIDS »
On parle beaucoup de la vulnérabilité des SIDS. Qu?est-ce qui les rend donc si fragiles ?
Il y a tout d?abord des facteurs géographiques : la petitesse, l?insularité, la distance. Mais il existe aussi d?autres faiblesses. Par exemple, ces pays n?arrivent pas à vendre leurs produits car leurs marchés sont trop éloignés. Ils n?arrivent pas non plus à être compétitifs sur le marché mondial. Le coût du fret rend leurs produits plus chers. Ils ne parviennent pas à attirer les investissements directs étrangers, ni les aides internationales. Mais il y a aussi des vulnérabilités d?ordre environnementales et économiques. Les problèmes liés à l?environnement et aux menaces naturelles comme la montée du niveau de la mer et les changements climatiques en font partie. Sans parler des désastres naturels. Leurs cultures et traditions sont également menacées avec les changements dans le monde. Un autre sujet de préoccupation est la sécurité à cause du terrorisme. La propagation du sida est aussi matière à inquiétudes.
Les menaces environnementales et climatiques avaient pris une place importante lors de la conférence de la Barbade en 1994. Avec le récent tsunami en Asie, croyez-vous que ce soient les mêmes thèmes qui vont dominer les débats ?
Le développement durable des SIDS, passe par ces deux éléments. Ce sont des questions essentielles. Le tsunami a démontré la vulnérabilité des SIDS. Les préoccupations traditionnelles de ces pays doivent figurer à une place importante de l?agenda, mais on doit aussi accorder de l?intérêt à cette dimension de fragilité.
La facilitation du commerce pour les SIDS n?était pas une priorité au moment du sommet de la Barbade. Êtes-vous satisfait de l?importance que l?on y accorde maintenant ?
La facilitation est un élément-clé pour aider les SIDS à vendre leurs produits de manière compétitive. Pendant les cinq dernières années, les Nations unies, et plus particulièrement la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), ont soutenu et aidé les SIDS grâce à des initiatives pour promouvoir le commerce. À l?Organisation mondiale du commerce (OMC), la question de la facilitation est un aspect important des négociations du cycle de Doha. Les SIDS doivent y intervenir pour bénéficier de soutiens supplémentaires et ce, dès la réunion de l?OMC à Hong Kong, fin 2005.
Mais les traitements spéciaux et différenciés pour les SIDS tardent à être mis en place à l?OMC?
On arrivera à progresser à l?OMC seulement si les membres consentent à des efforts. Personnellement, je ne suis pas satisfait du progrès sur ces questions. Les SIDS doivent se concerter, rester unis, travailler à une stratégie commune, et continuer à demander que leurs spécificités soient prises en compte, conformément à la déclaration de Doha qui avait reconnu la vulnérabilité des Petites économies vulnérables.
Mais le programme d?action adopté en 1994 à la Barbade n?a pas vraiment été appliqué depuis. Pourquoi ?
It fell far short of our expectations. Il y a eu beaucoup d?enthousiasme après le Sommet de la terre à Rio et à celui de la Barbade. Je crois que nous sommes tombés d?accord sur les mesures qui devaient être prises. Mais nous avons échoué quand il a fallu appliquer ces décisions. Qui fait quoi ? Comment effectuer un suivi d?une manière efficace ? Le « suivi proactif » est important pour savoir ce qui se fait au niveau de chaque pays. Après le Sommet de Maurice, je crois qu?on devrait effectuer un suivi chaque année et ce, d?une manière proactive, pour ajuster les soutiens en conséquence. On ne va pas attendre encore cinq ou dix ans et revenir dire « désolé nous n?avons pas atteint nos objectifs ».
Vous parlez de suivi, mais il semble que le financement des projets ait été également insuffisant?
Si un suivi effectif n?est pas fait, on n?arrive pas à obtenir des résultats, même si les financements existent. Il faut donc voir comment les fonds d?aides sont dépensés. Bien évidemment, il faut des aides au développement, des réaménagements de la dette de certains pays, un investissement direct étranger et l?accès aux marchés. Mais même avec ces éléments, il est absolument nécessaire d?avoir une approche pour appliquer les décisions. Je suis de ceux qui estiment qu?il faut impliquer les organisations régionales. La Commission de l?océan Indien par exemple, pour votre zone. Ces instances connaissent les problèmes de leurs régions, travaillent déjà avec les gouvernements et les différents acteurs régionaux. Elles sont les mieux placées pour suivre l?application des décisions prises à la Barbade ou à Maurice. L?Onu peut ensuite offrir tous les soutiens nécessaires, mais aussi en suivre l?application.
Les SIDS progresseront également grâce aux partenariats avec les blocs économiques comme les États-Unis ou l?Union européenne. Êtes-vous satisfait de leur implication jusqu?ici ?
L?UE, les États-Unis, le Japon, l?Australie, la Nouvelle-Zélande et la Norvège nous ont beaucoup soutenus, dès la phase préparatoire de la Conférence de Maurice. Les SIDS ont un extraordinaire goodwill. Ils doivent capitaliser sur cet élément, et essayer de répondre à l?attente de la communauté internationale. Ces pays doivent prendre l?initiative pour faire certaines choses, ce n?est qu?alors qu?ils recevront les soutiens internationaux pour les appliquer. Il faut dire que le groupe des SIDS a été très actif et constructif. Mais pour le suivi du programme d?action de la Barbade, il n?a pas été aussi méticuleux qu?il aurait dû être. Dans ce sens, la réunion de Maurice innovera. Durant les journées du 13 et du 14 on se penchera sur l?application des décisions discutée avant même qu?on n?adopte le document final.
On parle beaucoup du « Mauritius Outcome ». Qu?espérez-vous y voir ?
Je souhaite y voir deux choses. Des leçons ont été apprises depuis le sommet de la Barbade en 1994, nous devons réajuster nos objectifs en tenant compte de ce qu?on a appris entre-temps. Le monde a également changé depuis, il y a de nouvelles questions d?intérêt pour les SIDS comme le sida, la sécurité, le terrorisme.
Il existe des opportunités dans les technologies de l?information et de la communication. Et bien évidemment il y a les négociations commerciales. Le Mauritius Outcome devrait définir les actions à être prises. Je souhaite persuader les SIDS de soumettre des plans d?actions futurs de la manière la plus concrète possible. Beau-coup de documents de l?Onu ne contiennent que des mots qui ne se traduisent pas en actions. Je crois que nous pouvons éviter cela à Maurice. Les SIDS veulent que les choses avancent. Ils doivent le démontrer en adoptant des mesures pratiques, et en prouvant ce qu?ils peuvent faire d?eux-mêmes. Au lendemain du tsunami, je crois que la question d?un système d?alerte mondiale pour ce type de catastrophe devrait être abordée. Nous aurons un accord de principe sur le sujet ici. Je suis optimiste, mais beaucoup de choses dépendront des négociateurs eux-mêmes. Mais quels que soient les résultats, nous devons poursuivre l?effort. Je pense que nous pouvons être créatifs et innovants.
Le sommet de Maurice s?intéressera à plus d?une quinzaine de questions parfois très différentes. N?aurait-il pas été plus judicieux de se montrer moins ambitieux pour atteindre des résultats plus concrets sur un nombre réduits de sujets ?
Je suis d?accord avec cette façon de voir les choses. Il y a 14 priorités dans le programme de la Barbade. De nouvelles ont même été ajoutées. On doit choisir ses top priorities, sans toutefois abandonner les autres. On ne va pas pouvoir faire tout à la fois. Il faut décider, dans les deux ans à venir, quelles sont nos top priorities et concentrer nos efforts sur elles.
Mais la priorité d?un pays n?est pas nécessairement celle d?un autre?
C?est exactement le cas. Chacune des 14 priorités revêt une très grande importance pour certains groupes de pays. Nous travaillons par consensus, alors il est difficile d?arriver à l?application des décisions sans qu?on ne décide par avance quelles sont les top priorities. Si les SIDS ne parviennent pas à choisir, le processus d?application sera lent. Il faut amener certains sujets sur un fast track et laisser les autres suivre. Si nous ralentissons, l?attention de la communauté internationale risque d?être tournée ailleurs entre-temps et nous serons revenus à la case départ.
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