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« Le président de la République doit démissionner »

16 juillet 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Un certain froid s?est installé entre les deux hommes occupant les plus hautes fonctions de la République. Que pensez-vous de la situation actuelle ? </B>

La presse en a beaucoup parlé cette semaine. Nous vivons une situation extrêmement gênante tant pour le président de la République que pour le Premier ministre. Il n?est un secret pour personne que le chef du gouvernement, Navin Ramgoolam, ne fait plus confiance au chef de l?État, sir Anerood Jugnauth. Il faut savoir que la confiance est l?élément clé, le fondement même, la base de l?existence de la présidence de notre République.

Le Premier ministre a publiquement donné les raisons motivant sa perte de confiance de la présidence. Il a, entre autres, énuméré la participation active de lady Sarojini Jugnauth dans la campagne électorale pour soutenir son fils, Pravind. Ce qui veut dire qu?elle a travaillé directement contre le nouveau gouvernement. Le PM avance également que le fils du président est le leader d?un parti politique et, qui plus est, a été présenté, durant la campagne électorale, comme le futur Premier ministre devant entrer en fonction dans trois ans. Enfin, malgré sa défaite et le fait qu?il ne soit pas parlementaire, Pravind Jugnauth aspire à devenir Premier ministre en 2010.

<B>Vous estimez donc que le président est dans une situation inconfortable. Que doit-il faire ? </B>

Le président a un rôle important au sein de la République : celui de prêter une oreille attentive aux « confidences » du Premier ministre en ce qui concerne les affaires de l?État. Il agit comme un sage qui a une certaine vision et une bonne compréhension des affaires de l?État. Il faut savoir que quand il prend des décisions importantes pour le pays, le Premier ministre tient compte des conseils et avis du président.

Il me paraît impératif qu?une confiance totale doit exister entre les titulaires des deux fonctions. Il est évident que pour que cela soit possible, celui qui détient le poste de président de la République ne peut être perçu ou donner la moindre occasion d?être perçu comme ayant la moindre ambition politique ou qu?il est motivé par des raisons politiques.

Or, dans le cas présent, le président de la République n?est pas perçu comme tel. Il me semble que dans les circonstances actuelles, sir Anerood Jugnauth remplit difficilement cette fonction. Je pense qu?il devrait donc reconnaître qu?il ne sera pas très utile au Premier ministre actuel, Navin Ramgoolam, et qu?il serait dans l?intérêt supérieur de l?État de prendre les décisions qui s?imposent.

<B>Le président de la République peut-il être révoqué ? </B>

Pour enclencher la procédure menant à la révocation d?un président, la Constitution prévoit une procédure très précise.

Il faut d?abord que le Premier ministre présente une motion à l?Assemblée nationale pour l?institution d?un tribunal qui enquêtera sur un éventuel viol de la Loi suprême du pays par le président ou s?il n?a pas eu un comportement répréhensible. Il faut impérativement que cette motion reçoive le soutien des deux tiers de la Chambre, soit que 47 parlementaires y soient favorables. C?est une hypothèse qui est, actuellement, très improbable, ces conditions n?étant pas remplies pour l?heure.

Par ailleurs, une chose doit être claire : il n?est écrit nulle part dans la Constitution que le Premier ministre doit rencontrer le président. Dans la pratique, l?hôte du Réduit peut être kept fully informed des affaires du pays sans avoir à rencontrer personnellement le n° 1 de l?hôtel du gouvernement dans des lieux ou à des horaires spécifiques? Il en va de même pour les consultations prévues par la Constitution entre le président de la République et le Premier ministre, par exemple, au sujet de certaines nominations.

<B>« Il est plus que temps que la Nation réfléchisse sur ce que devraient être le profil et le rôle d?un président. Il doit être une source d?inspiration? »</B>

<B>Sommes-nous donc dans une impasse ? </B>

Honnêtement, je ne pense pas que nous avons atteint le point de non-retour, mais nous pourrions bien être en train de nous y acheminer. Comme je l?ai dit plus haut, ils peuvent tous deux exercer leurs fonctions respectives sans avoir à se rencontrer.

<B>La question qui se poserait alors serait la suivante : quelle est la pertinence de la fonction de président si ce dernier n?est d?aucune utilité au gouvernement ? </B>

Souvenons-nous que sir Anerood Jugnauth avait lui-même, en tant que Premier ministre, travaillé sur le rôle et la fonction de président. Sa grande expérience acquise comme Premier ministre ainsi que sa formation de juriste lui permet encore plus de comprendre que plus il demeurera en fonction, plus il diminuera l?importance de la fonction de la présidence.

<B>Quels sont les recours possibles tant pour l?un que pour l?autre ? </B>

Je pense que les choses sont claires : le président de la République n?a pas de choix. Il doit démissionner. Au cas contraire, la fonction de chef de l?État perd de sa noblesse.

<B>Si SAJ refuse de partir, vivrons-nous une crise constitutionnelle ? </B>

Non. Nous ne sommes pas et nous ne serons pas en crise constitutionnelle. J?estime que si la situation de guerre larvée actuelle perdure, c?est la fonction même du président de la République qui en sortira affaiblie. Et je ne le souhaite pas?

<B>Au-delà de la Constitution, quelles seraient les conséquences d?une telle situation sur nos institutions ? </B>

J?estime que sir Anerood Jugnauth privera l?État mauricien, ainsi que la Nation, des conseils avisés d?un président qui aurait la confiance du peuple représenté par la majorité parlementaire du jour. Cette situation serait plus que néfaste à un pays qui a tant de défis à relever.

<B>Quelles sont les conséquences à prévoir sur notre vie parlementaire ? </B>

Aucune, absolument aucune. Il faut savoir que la Constitution prévoit que si le président ne donne pas son assentiment à des projets de loi votés par l?Assemblée nationale deux fois de suite, il peut être révoqué par une simple majorité parlementaire. Autrement, le froid entre le Réduit et l?Hôtel du gouvernement pourrait durer pendant longtemps encore sans qu?il n?affecte la vie parlementaire.

<B>Quelles pourraient être les conséquences politiques ? </B>

N?oublions pas que selon la Constitution, c?est au Premier ministre de proposer à l?Assemblée nationale le nom du président de la République. Je pense qu?il est plus que temps que la Nation entière réfléchisse sérieusement sur ce que devraient être le profil et le rôle d?un président de la République. Le titulaire de cette fonction doit être une personne qui inspire confiance à la Nation et il se doit d?être source d?inspiration pour n?importe quel gouvernement. Je suppose également qu?il nous faudra revoir notre législation afin que le mandat du titulaire de la fonction de chef de l?État dure le temps du mandat du gouvernement qui l?a installé au Réduit.

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