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« Le français appelle à la cohésion par sa caractéristique de langue de raison »

26 mars 2006, 00:00

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<B>Pouvez-vous nous définir ce qu’est la francophonie ?</B>

Il s’agit d’un concept qui a une origine géolinguistique et géopolitique. Il a été élaboré après l’indépendance des pays africains. Ceux qui ont le français comme lan-gue de partage et soutiennent des idéaux de liberté, de solidarité, de démocratie, etc. appartiennent à la francophonie. Sa conception est elle-même est un héritage du siècle des Lumières, époque où on évoquait déjà l’universalité, la volonté d’unité. Ce n’est pas quelque chose de figé car c’est un concept qui s’adapte aux milieux et évolue au gré des politiques.

<B>Vous faites partie du Groupe de recherche de la francophonie (GRF). Depuis quand existe ce groupe et quels sont ses fonctions et objectifs ?</B>

Le GRF est une cellule de recherche issue de la faculté des sciences sociales et humaines, de l’université de Maurice, avec le soutien du doyen, Palma Veerapen. En 2003, quand elle a vu le jour, la cellule regroupait les universitaires du Department of French Studies. Aujourd’hui, je sollicite aussi l’aide et la contribution de nos enseignants à temps partiel pour célébrer la Journée de la francophonie. En fait, le groupe est composé de peu de membres, mais nous recevons beaucoup d’aide venant de gens extérieurs.

Pour le GRF, les directions dans lesquelles on avance sont nettes : nous voulons communiquer et diffuser les résultats des recherches des membres du groupe et d’autres chercheurs qui participent avec nous lors de la Journée. Cela nous permet, par la même occasion, de célébrer avec d’autres partenaires institutionnels, culturels ou autres la Journée internationale de la francophonie en organisant des colloques, tables rondes et autres expositions.

Nous œuvrons aussi de concert pour publier, lancer et disséminer les actes des colloques et des ouvrages, comme par exemple une traduction de Toufan en français par Danielle Tranquille et, en 2006, le livre qui est un ethnotexte et documentaire photographique de V. Ballgobin sur Michel Legris. Si vous voulez en savoir plus sur nos fonctions et objectifs, vous pouvez consulter notre site Web qui a été créé en 2005 avec le soutien de l’Agence universitaire de la francophonie.

<B>Concrètement quel est le rôle de la francophonie dans une société et quelles sont ses fonctions ?</B>

Elle a un rôle vital et élargi qui est à la fois éducatif, culturel et politique.

Il y a dans les États francophones la mise en place d’une politique de formation en lettres françaises, en théâtre, en communication et dans des filières multiples. Les moyens, en termes qualitatifs et quantitatifs, sont bien accordés aux états francophones. L’accent est mis sur la politique de bourses, d’échanges, de coopération entre les pays sans compter les investissements dans l’entrepreneuriat, la culture, les technologies…

<B>Dans une île telle que Maurice croyez-vous que la francophonie revêt plutôt un caractère culturel ou politique, vu qu’elle nous permet de recevoir certains avantages venant de la France ou d’autres pays francophones ?</B>

À première vue, la francophonie a une aura de culture dans tout son prestige. Avec les manifestations continuelles des championnats d’orthographe, le Salon du livre, les expositions d’œuvres d’art, les rencontres avec les vedettes de la chanson… il semble que la société mauricienne soit très imprégnée de culture française. Les retombées d’une politique dynamique de la culture sont évidentes. Mais peut-on dissocier complètement la politique du culturel ? C’est aussi la preuve du développement d’une communauté francophone dans le monde du tourisme, du commerce, des médias.

<B>Où en est la place de la langue française dans le monde ? Pensez-vous quelle perd du terrain en tant que langue internationale ?</B>

Le français a une place stable. À force d’échanges et grâce aux nouveaux moyens technologiques elle arrive à résister à la marée de l’uniformisation anglo-saxonne. L’uniformisation a aussi ses détracteurs dans le monde hispanophone, arabophone et en Asie, et pas seulement dans les communautés francophones.

<B>Considérant la situation du français à Maurice, quels sont vos constats ? Quelle place occupe-t-elle dans notre pays ?</B>

Le français a très certainement une place privilégiée dans l’île. Dans notre quotidien c’est celle qui est le plus souvent utilisée, de même que dans les médias. Ce phénomène est tout particulièrement visible dans la presse écrite. Le français peut être considéré en tant que langue changeante qui ne reste pas figée, surtout dans les écrits des élèves aujourd’hui. L’élève n’écrit plus avec la même élégance qu’autrefois. Par élégance je veux parler de soin, du français pur et classique dont la forme prescriptive est respectée.

De nos jours on enseigne le bon usage du français, mais des formes nouvelles sont aussi autorisées. On pourrait parler d’un français plus « branché » parmi les jeunes, mais aussi d’un français qui s’est régionalisé grâce à l’emprunt d’autres langues. Cette acceptation est due au fait qu’à Maurice, il n’y a pas de guerre entre puristes et progressistes. Comme on n’est plus à la cour du Roi Soleil on laisse le français avancer dans un harmonieux plurilinguisme !

Lorsqu’on parle de langues ancestrales, on fait surtout référence aux langues asiatiques mais le français peut-il être également considéré en tant que langue ancestrale pour une certaine partie de la population ?</B>

Nous devons tout replacer dans le contexte historique. Au xxie siècle le français ne peut être considéré comme langue ancestrale. C’est une langue de civilisation qui a eu son rayonnement depuis la Renaissance au xvie siècle. Il ne faut pas faire l’amalgame entre une langue de civilisation et une langue de revendication identitaire.

<I>« Les langues ancestrales sont des langues de récupération qui sont utilisées à mauvais escient »</I>

Les langues ancestrales sont des langues de récupération qui sont utilisées à mauvais escient dans le compartimentage d’une population. Les politiques et les linguistes devraient décourager cela.

Le français, grâce à la francophonie, remporte mieux que toutes la bataille des promotions des langues dans un esprit d’unité. Le français appelle à la cohésion et à l’unification par sa caractéristique de langue de raison. La raison ne peut créer de tensions. Les langues ancestrales sont des langues qui font appel à l’émotion. Finalement les gens ne se laissent guider que par ce qu’ils ressentent ce qui pourrait, finalement, amener à des dérapages.

La reconnaissance du français à travers le monde est fondée autant sur la raison cartésienne que sur l’amour du français. J’aime le français, je me retrouve dans la communauté francophone. Je suis francophile.

<B>Propos recueillis par S. A.</B>

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