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« La situation est grave dans les prisons »
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« La situation est grave dans les prisons »
Aujourd?hui, la police a une meilleure image. D?où vient ce changement ?
La police essuyait des critiques parce qu?on n?avait aucun sens de direction.
Je dis cela sans porter de jugement personnel à l?encontre de qui que ce soit. Je ne désigne aucun responsable pour cet état de choses. L?actuel commissaire est jeune et dynamique. Il est soutenu dans ses actions par un gouvernement qui a su rétablir la confiance dans la police. Ce sont là des éléments qui ont donné une nouvelle motivation aux policiers et qui ont permis à la police de retrouver ses lettres de noblesse.
La police retrouve ses lettres de noblesse et l?administration pénitentiaire perd le Nord. Du coup, le gouvernement vous demande d?aller voir ce qui ne va pas là-bas?
Le gouvernement et le commissaire de police m?ont confié la responsabilité de cette enquête. Je considère cela comme un grand honneur. J?ai été loyal et j?ai toujours fait de mon mieux pour deliver against all odds. Après avoir accepté, j?ai fait le travail en mon âme et conscience. J?ai dit la vérité, sans pour autant essayer de faire tomber des têtes.
Que deviez-vous voir dans les prisons ?
Le Premier ministre et le commissaire de police m?ont demandé de voir si les problèmes de drogue, de paris illégaux, d?accès au téléphone portable et d?homosexualité, entre autres, existaient vraiment comme cela avait été rapporté dans la presse.
Comment avez-vous procédé ?
J?ai parlé à tous ceux concernés par l?administration de la prison, du commissaire des prisons au simple gardien. Je me suis également entretenu avec les prisonniers, hommes, femmes et jeunes. C?est à partir des données recueillies lors de ces entretiens, que j?ai rédigé mon rapport.
Il est sévère, paraît-il?
It?s a damning report, je le reconnais. Mais il faut appeler un chat un chat. Il faut dire la vérité pour qu?on puisse mettre de l?ordre dans la maison. Il n?est pas question de pratiquer la politique de l?autruche et dire que tout va bien alors que rien ne marche. Ce n?est que de cette façon qu?on peut redresser la barre.
Quelle est la situation dans les prisons ?
La situation est grave. Mais on peut reprendre les choses en main. Toutefois, pour y parvenir, il faut obtenir la collaboration de toutes les parties concernées.
Quel est le problème le plus grave
auquel est confronté le service pénitentiaire ?
C?est la santé des prisonniers. Il est vrai que ce sont des délinquants qui purgent une peine. Ils sont déjà privés de leur liberté, mais la moindre des choses est de leur donner des conditions de vie décentes et de leur fournir une alimentation convenable. Cela dit, on ne doit tolérer aucun écart de discipline.
Donc il y a un problème sanitaire?
Il y en a d?autres qui sont tout aussi épineux. Par exemple, les prisonniers ne sont pas regroupés par catégories, alors qu?ils sont censés l?être. Ainsi, les petits délinquants se retrouvent avec ceux condamnés pour grand banditisme. Cela est, sans doute, dû à la surpopulation dans les prisons. Celle de Beau-Bassin peut accueillir au maximum huit cents prisonniers, mais on y entasse 1 500 détenus.
Ce n?est pas un problème qu?on peut résoudre du jour au lendemain.
La question est en ce moment à l?étude. Actuellement, de nombreux prisonniers sont en détention préventive (remanded to jail). Parfois, ils y restent très longtemps parce que les procès prennent du temps. Ensuite, il y en a d?autres qui sont condamnés à la prison pour des délits mineurs.
Quel est le délit pour lequel on compte le plus grand nombre de prisonniers ?
Ce sont des délits liés à la drogue. C?est ce qui explique l?entrée de narcotiques dans les prisons. Si on pouvait placer tous ceux qui sont condamnés pour de tels délits dans une prison spéciale, on exercerait un meilleur contrôle.
Il n?y a, semble-t-il, pas de management dans nos prisons. Partagez-vous cette
opinion ?
On ne peut pas dire qu?il n?y a pas de management. Il y certaines défaillances dans la gestion. On peut faire des reproches à certains employés, mais tous ne sont pas des
brebis galeuses.
Le problème ne se trouverait-il pas au niveau de la qualité du personnel recruté ?
Pour parler franchement, le recrutement
et la formation des gardiens laissent à désirer. Sur papier, toute nouvelle recrue est censée bénéficier d?un entraînement s?étendant sur une année. Mais dans la réalité, la formation dure au maximum deux semaines.
Que faudrait-il faire pour remettre
de l?ordre dans les prisons ?
Mes recommandations s?échelonnent sur le court, le moyen et le long termes. On doit,
à brève échéance, rétablir la confiance des officiers dans leur hiérarchie. Il est impératif de revoir le mode de formation et se pencher sur le bien-être des officiers. Ces derniers sont très nombreux à prendre tous leurs congés de maladie. Il faut également accorder une attention aux prisonniers, surtout à ceux qui sont malades. On doit aussi les classer par catégories. Dans le moyen terme, il faut réduire le nombre de prévenus gardés en détention provisoire. Enfin, à long terme, on doit revoir l?organisation du système pénitentiaire. Il est primordial de s?assurer que le prisonnier ne puisse pas s?évader et qu?il soit réhabilité.
Comment fait-on de la réhabilitation actuellement ?
On n?en fait pas. Dans les ateliers, il y a
80 prisonniers au lieu de 40. Le centre Lotus ne fonctionne plus. Pourtant, c?était une bonne initiative. Je pense qu?il est bon de toujours occuper les détenus. Il ne faut surtout pas les laisser ensemble dans l?oisiveté.
Que préconisez-vous pour les prisons mauriciennes, la privatisation, la gestion par la police ou par l?administration pénitentiaire ?
Je ne connais pas le système de prison privatisée. Je crois comprendre que c?est une pratique courante dans plusieurs pays. Mais il ne s?agit pas de copier ce qui se fait ailleurs. Quant à la police, elle peut tout faire, mais
je ne pense pas que l?administration pénitentiaire soit le métier d?un policier. Il faut confier cette tâche à ceux qui ont été formés pour le faire.
Pensez-vous qu?on pourra vraiment améliorer la gestion des prisons ?
Oui, je pense que la lumière est au bout
du tunnel. Si tous ceux qui sont concernés mettent de côté leurs désaccords, dans six mois on aura rétabli l?ordre dans les prisons.
Le Premier ministre a accordé un moratoire à l?administration pénitentiaire. Est-ce une façon d?attendre que vous soyez disponible pour devenir le prochain commissaire des prisons ?
La réponse à cette question relève de l?éthique. On ne demande pas à quelqu?un de faire une enquête sur une institution pour lui en confier l?administration par la suite. Je n?accepterai pas une telle proposition. Je laisse cela à d?autres.
Propos recueillis par Jérôme BOULLE
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