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« Je me ridiculiserai si je nemaintiens pas le cap de la réforme »
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« Je me ridiculiserai si je nemaintiens pas le cap de la réforme »
<B>Les mots « sacrifice, responsabilité, discipline et patriotisme » revenaient souvent quand vous parliez du budget de l?année dernière. Ces mots correspondent-ils au budget de cette année ? </B>
Nous demandons définitivement de la responsabilité, de l?effort, de la discipline et de la solidarité. Je vais agir comme un ministre très responsable et maintenir le cap de la réforme. On dit qu?il y aurait un U-turn sur la politique économique. Ce ne sera pas le cas. Pour une raison simple, il n?y a pas d?autres alternatives. Une bonne partie des réformes soit a été appliquée soit est en train de l?être : comme celles concernant le marché du travail, la retraite ou le Competition Bill.
La situation est différente par rapport à l?année dernière. Nous avons des résultats, dans certains cas, plus vite que nous le pensions. Nous avons arrêté le déclin de la croissance.
Elle sera de 5 % cette année comparée aux 3 % d?il y a quelques années.
L?investissement direct étranger (IDE) a connu une forte hausse, qui est directement liée aux mesures du dernier budget. Mais la situation reste très difficile au niveau du déficit budgétaire.
La population doit se rendre compte que nous dépensons 25 % de notre budget à repayer les seuls intérêts sur la dette publique. C?est davantage que les budgets de la Santé et de l?Éducation réunis ! Il nous faudra trouver Rs 12 milliards pour rembourser les intérêts l?année prochaine comparées aux Rs 9 milliards de cette année.
<B>Après votre dernier budget rigoureux, certains analystes en un davantage « social ». Comment décririez-vous l?exercice de 2007-2008 ? </B>
Des réformes importantes ont été faites et quelques-unes restent à être mises en ?uvre. On a un déficit budgétaire et une dette publique élevés. Il nous faudra au moins cinq ans pour pouvoir résoudre ces problèmes structurels. S?il y a une philosophie qu?on peut donc accoler à ce budget, c?est la consolidation de la réforme. « Il faut de la sérénité et de la prévisibilité pour continuer la réforme. Nous faisons du ?business as unusual? »
<B>Le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre des Article IV Consultations suggère qu?on prenne quelques mesures difficiles : notamment sur la taxe sur la valeur ajoutée ou les prestations sociales. Êtes-vous tenté de céder ? </B>
Le FMI tenait le même langage l?année dernière. Rarement dans l?histoire de Maurice a-t-on dû mener une politique de stabilisation macroéconomique et de restructuration économique en même temps. Le FMI et tous les experts disent que nous ne disposons pas de 36 solutions pour réussir cela. Si un ménage gagne Rs 10 000 et en dépense Rs 15 000, il s?en sort soit en réduisant ses dépenses ou en cherchant un autre travail pour avoir plus de revenus. Si c?est un gouvernement qui est dans cette situation, il lui faudra contenir la hausse des dépenses et générer plus de revenus.
<B>Concrètement, comment allez-vous procéder pour assainir l?état des finances publiques ? </B>
J?essaie de mon mieux de contenir la hausse des dépenses. C?est compliqué. J?ai presque terminé ce volet du budget. En général, on boucle cela bien avant ! Mais par ailleurs, tous nos bailleurs de fonds, y compris l?Union européenne (UE), ont accepté un principe, ils s?alignent sur les conclusions du FMI dans le cadre des Article IV Consultations pour déterminer le montant des aides qu?ils nous accorderont et la rapidité des décaissements.
Si nous ne pouvons contenir nos dépenses et encaisser plus de revenus, il va falloir imposer des taxes. Un ministre des Finances tente toujours d?éviter de proposer de nouvelles taxes ou d?élargir la base d?imposition. Mais souvent, il n?y a pas de choix face aux pressions des dépenses. Toutefois, si cela doit être le cas, il faudra adopter une formule qui épargne ceux au bas de l?échelle.
<B>L?année dernière, à quelques semaines du budget, vous disiez qu?il y aurait six ou sept mesures très difficiles. Y en aura-t-il autant cette année ? </B>
Il y a de nouvelles réformes que nous introduirons. Un budget, c?est un outil stratégique. On ne peut pas envoyer des signaux contradictoires avec ce qui a été fait l?année dernière. Ce n?est pas bon pour le pays vis-à-vis des investisseurs et des partenaires qui nous soutiennent. Je me ridiculiserai si je ne maintiens pas le cap de la réforme.
L?un de mes grands regrets, c?est qu?on ne dépense pas assez sur le budget de développement. Il y a tellement de pression pour financer les dépenses courantes et la solution la plus simple est de couper celles de développement au profit du budget de fonctionnement. Ce sont les investissements dans l?infrastructure publique d?aujourd?hui qui détermineront la croissance de demain. Et qui déterminent ensuite l?emploi d?après-demain. Mais on n?en fait pas assez.
<B>Le climat parfois très tendu entre le gouvernement et le secteur privé permet-il de poursuivre la réforme dans de bonnes conditions ? </B>
Il faut de la sérénité et de la prévisibilité pour continuer la réforme. Nous faisons du business as unusual. J?ai le souci de m?assurer que la nouvelle architecture économique qui émergera d?ici cinq ou six ans agrandira le cercle des opportunités et la base de l?entrepreneuriat. Et que cela bénéficiera à tout le monde. Il y aura des tensions de temps en temps, mais j?espère qu?on pourra poursuivre dans le calme.
Il n?est pas nécessaire de se forcer pour démontrer qu?il y a de la sérénité grâce à de grandes embrassades et de grands discours. Je rencontre tous ceux qui veulent me voir. L?industrie sucrière a toujours généré des passions et des ressentiments. Souvent, on réfléchit un peu plus avec le c?ur qu?avec la tête. Mais nous arrivons à un tournant où la raison doit primer. Il faut éviter l?affrontement et sortir de cet engrenage.
<B>Vous avez rompu avec la tradition des consultations prébudgétaires cette année. Est-ce par peur de la confrontation ? </B>
J?ai reçu environ 300 propositions. Mais je me suis retrouvé dans une situation où chacun est arrivé avec sa liste de commission. Sur les 300 que j?ai reçues, 98 % me demandent soit d?augmenter les dépenses ou d?enlever les taxes. C?est impossible. Je ne veux pas perpétuer un système où des personnes viennent me voir pensant qu?elles vont avoir quelque chose en retour, alors qu?honnêtement je ne suis pas en mesure de les satisfaire. C?est pour cela que cette année, j?ai choisi de ne pas convoquer ces réunions.
« Devant toutes ces pressions, je me dis que je suis un politicien et que dans la vie, il me faut faire des compromis »
<B>Vous n?allez pas échapper par contre aux consultations avec vos collègues ministres. Subissez-vous toujours autant de pression qu?en 2006 ? </B>
C?est le rôle du ministère des Finances de gérer ces pressions avec le soutien du Premier ministre. Je suis souvent triste de devoir dire non, faute de moyens, à certains très bons projets que quelques collègues présentent. Quand je n?accède pas aux requêtes, cela ne veut pas dire que je suis contre les projets, mais simplement qu?on n?a pas les moyens de les financer. Et qu?il faut établir des priorités.
<B>Le soutien ostensible du Premier ministre (PM) l?année dernière vous avait été utile. Vous sentez-vous toujours aussi soutenu ? </B>
C?est la réforme du gouvernement. D?ailleurs, le PM et moi avons eu plusieurs longues réunions de travail avant qu?il ne parte hier. L?année dernière, le soutien du PM devait effectivement être plus ostensible, car nous étions en train de prôner une cassure avec un modèle économique dépassé.
<B>Mais depuis l?année dernière, des choses se sont passées?</B>
Heureusement !
On peut dire qu?on vous a désavoué ou recadré sur certaines mesures budgétaires en rapport avec l?éducation notamment.
Il faut faire des choix. J?ai des convictions profondes. Je préfère donner davantage aux pauvres que peu à tout le monde. Il y a beaucoup d?hypocrisie dans le pays à ce sujet. Je suis vraiment en colère quand je vois que des personnes supposément de gauche prennent des positions qui sont diamétralement opposées aux intérêts de ceux qu?elles sont censées défendre. Certains font croire que tout est possible en économie. Ca ne l?est pas. Mais devant toutes ces pressions, je me dis que je suis un politicien et que dans la vie, il me faut faire des compromis.
<B>Après une démission proposée puis reprise, et des divergences entre vous et le PM étalées sur la place publique, votre position n?est-elle pas fragilisée ? </B>
Je n?ai pas ce sentiment. Au sujet de ma démission, j?ai dit ce que j?avais à dire au PM, il en a fait de même.
Cet épisode est derrière nous. À un certain moment, le ministère du budget ne m?intéressait plus. C?est celui où l?on se querelle le plus avec les gens. C?est un job ingrat. J?ai voulu qu?on me le retire, mais le PM m?a convaincu qu?il fallait garder ce gros ministère intact. Bien sûr, il y a des discussions en Conseil des ministres. Évidemment, il y a des divergences. Mais rien d?insurmontable, surtout sur l?essentiel de la réforme.
<B>Vous faisiez allusion à un manque de cohésion à l?intérieur du gouvernement l?année dernière. Les choses se sont donc beaucoup améliorées, même après votre démission avortée ? </B>
Souvent je pose la question à mes collègues, à la population et au Parlement. Quelle est l?alternative à la réforme ? On laisse la situation pourrir ? Le Mauricien, de par sa culture et ses habitudes, n?aime pas contester l?ordre établi. Or, il faut le faire parce que le monde a changé.
<B>Vous parlez de la continuité des réformes. Mais celle concernant les organismes parapublics paraît aller nulle part?</B>
Nous avons fait certaines réformes. Mais il y a des résistances. Aujourd?hui, nous nous retrouvons dans une situation où, au lieu d?investir dans les infrastructures, nous utilisons cet argent pour payer la compensation de ces travailleurs. La Development Works Corporation était arrivée à un point de non retour. Après sa fermeture, tous ses employés auraient pu retrouver un emploi ailleurs. Le secteur de la construction cherche des travailleurs et paye bien. Mais tout le monde veut travailler dans la fonction publique. Ces mêmes personnes qui veulent qu?on augmente les dépenses du gouvernement exigent qu?on n?augmente pas les taxes !
« ?Ena crime ki fer? dans certains organismes parapublics. On ne réalise pas que c?est la population qui paye pour ces trous sans fonds. »
<B>Mais la question doit être tranchée?</B>
Nous devons poursuivre la réforme des organismes parapublics pour la bonne et simple raison que dans certains d?entre eux, il y a des gaspillages et des pertes énormes.
Ils ne peuvent pas continuer à dépendre du gouvernement. Ena crime ki fer dans certains organismes parapublics. On ne réalise pas que c?est la population qui paye pour ces trous sans fonds ! C?est inacceptable. On a commencé le travail, malgré les résistances.
<B>Ce qui est préoccupant, c?est que vous donnez l?impression de ne pas pouvoir faire grand-chose !</B>
Il faut le soutien de tout le monde. J?essaye, mais j?ai des résistances partout. Jusqu?au sein même du gouvernement ! C?est la population qui paye pour l?immobilisme, car ce sont nos impôts qui financent ces canards boiteux.
<B>Attirer l?IDE est l?un des pans essentiels de votre politique économique. En 2006 et en 2007, le pays devrait recueillir environ Rs 17 milliards. Est-ce suffisant ? </B>
Il nous faut à peu près 4 milliards d?euros, soit Rs 170 milliards sur dix ans pour financer la réforme. Dont une partie doit venir de l?IDE. Jusqu?ici, nous avons reçu plus que la moyenne annuelle à laquelle nous nous attendions. Et nous devons tout faire pour que cela continue.
Toutefois, il ne faut pas croire que l?IDE n?est que de l?argent. C?est aussi de la technologie, des marchés, des connaissances en management, des transferts de savoir. Nous avons bien fait l?année dernière et nous ferons bien cette année. La machine est en marche. Il faut s?assurer qu?elle s?accélère.
<B>Il semble toutefois y avoir une divergence d?appréciation entre vous et le gouverneur de la Banque centrale sur la « qualité » de l?IDE dans les Integrated Resorts Schemes (IRS)?</B>
Je ne crois pas, d?après les derniers chiffres en ma possession, que le poids des IRS dans l?IDE est moins élevé que celui de l?année dernière. La part des IRS a diminué, quoiqu?en valeur absolue, elle a en fait augmenté. Ce qui veut dire que les autres types d?investissements ont aussi connu de fortes hausses. Notamment dans les secteurs bancaires, le seafood, l?hôtellerie, le médical et la formation.
Cette année, nous nous attendons à d?autres développements avec la mise en place de l?université privée de médecine Ramachandran et l?hôpital privé Apollo.
Propos recueillis par Rabin BHUJUN
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