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« Il m?a trompé(e)? j?ai pardonné »

2 décembre 2007, 00:00

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Pourquoi est-ce si difficile de pardonner quand on a été trompé ?

Pardonner lorsque l?on a été trompé est toujours difficile pour deux sortes de raisons : certaines tiennent à la souffrance que l?on éprouve, et d?autres aux influences idéologiques que l?on subit, sans toujours le savoir, et que l?on repère dans la langue.

En effet, « tromper » et « pardonner » sont des mots qui renvoient au registre de la faute. Quand on « trompe » son (ou sa) partenaire, on est donc censé commettre un acte répréhensible. Qu?en est-il vraiment ? Éprouver du désir pour quelqu?un d?autre et céder à ce désir, avoir le sentiment que quelque chose manque dans sa vie et vouloir y remédier, est-ce vraiment une faute ? Cela devrait pouvoir, au moins, être discuté. Trop souvent, hélas, ce n?est pas le cas, et chacun se met à penser et à agir en fonction de critères auxquels il n?a pas réfléchi.

Qu?est-ce qui fait que l?on ne peut pas passer l?éponge ?

Il est toujours très difficile de le faire lorsque l?on s?estime trompé, parce que l?on souffre et que, de plus, on revit souvent inconsciemment des sentiments d?abandon ou de trahison qui viennent de l?enfance. L?aventure de l?autre porte toujours atteinte à l?image que l?on a de soi, on se sent rejeté et dévalorisé, et c?est l?occasion d?une blessure narcissique douloureuse.

Si le narcissisme n?était pas au préalable assez solide ? si déjà on n?était pas très sûr de soi ? on peut être amené à s?enfermer dans une jalousie obsédante et pathologique dont l?objet ne sera pas, contrairement à ce que l?on pourrait croire, le partenaire, mais le rival, censé posséder tout ce dont on se sent soi-même dépourvu.

Par ailleurs, il faudrait, pour pardonner, pouvoir reconnaître que l?aventure de l?autre ne « tombe pas du ciel », qu?elle est sans doute le signe que quelque chose n?allait pas bien. Il faudrait pouvoir faire un bilan, d?autant plus difficile à réaliser que l?on est la proie d?un certain nombre de conceptions fausses.

Le pardon est-il toujours un acte positif ?

On considère souvent ? notamment en raison de la tradition chrétienne ? le pardon comme un acte positif. Il conviendrait de nuancer cet éloge de la mansuétude. Il arrive, en effet, que l?on ne pardonne que par facilité, ou dans le seul souci de préserver ses habitudes. Ce qui n?a rien de particulièrement glorieux.

À l?inverse, il serait positif qu?une expérience comme celle que nous évoquons permette de porter un autre regard sur le couple et de comprendre qu?il est l?union de deux personnes qui ont chacune leur vérité à vivre. Cela peut être parfois douloureux pour le partenaire, mais c?est seulement à ce prix que chacun peut rester vivant et que le désir peut continuer à exister.

Si l?on n?accepte pas cette évidence, on risque de s?enfermer dans une mort lente, comme tant de couples en vivent, parce que chacun s?est fait un devoir de tuer la vie en lui au nom des bons sentiments, et que l?on n?a jamais vu deux morts fabriquer du vivant.

Vijay Ramanjooloo, psychologue clinicien

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