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« Il faut plus de cohésion à l?intérieur du gouvernement? »
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« Il faut plus de cohésion à l?intérieur du gouvernement? »
La réforme radicale du « school feeding project » a été stoppée. Les modalités d?octroi de la « social aid » revues. La « National Residential Property Tax » (NRPT) fait l?objet d?études supplémentaires avant son application. Êtes-vous en train de revoir votre copie ?
La grande majorité des réformes a été acceptée sauf pour certaines liées à l?ajustement fiscal. C?est normal. Personne n?aime payer la taxe. Mais on a hérité d?un déficit très élevé et d?une dette astronomique. Ne rien faire aurait été irresponsable. Il fallait arrêter le cercle vicieux du déficit élevé financé par une dette insoutenable. Dans toute réforme, il y a toujours des aménagements à faire, sans toutefois perdre de vue l?objectif annoncé. Pour la NRPT, il faut faire une distinction entre l?objectif de la mesure et le mécanisme d?application. L?objectif est d?exempter 90 % de nos concitoyens de cette taxe. Ce n?est pas évident de trouver un autre modèle qui puisse faire cela. Nous avons cherché un système simple. Mais il n?y a pas de taxe parfaite. La taxe est souvent un mal nécessaire.
Il faut savoir, toutefois, que beaucoup de ceux qui paieront cette taxe, bénéficient déjà d?une réduction de l?impôt, qui est passée de 30 % à 22,5 %. On cherche à enlever les imperfections sans en rajouter d?autres.
Mais la colère gronde?
C?est aussi une façon d?amener ceux qui ne contribuaient pas leur juste part à la fiscalité à le faire. C?est notamment le cas de ceux qui travaillent dans le secteur informel et à leur propre compte. Aussi, il faut trouver des ressources à long terme. On ne peut pas dépendre de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour tout financer. Et il faut admettre qu?il y a beaucoup plus de personnes qui dépasseront le seuil d?imposition à Floréal qu?à Congomah.
L?autre solution aurait été le zoning mais on aurait passé son temps à dire qu?on devrait se trouver dans une zone plus favorable. Une autre solution encore aurait été de déterminer la taxe à travers la valeur du bien foncier, ce qui nous aurait alors fait passer notre temps devant les tribunaux à déterminer les valeurs.
« Nous avons cherché un système simple. Mais il n?y a pas de taxe parfaite. »
Quand est-ce que la NRPT et la « Campement Site Tax » vont être appliquées ?
La NRPT sera appliquée en septembre 2007. Le cas de la Campement Site Tax est différent. Je suis triste de certaines réactions.
De la coloration ethnique qu?a prise la chose ?
Regardons les choses en face. Il y a des terrains qui appartiennent à l?État, quelques-unes des meilleures plages qui lui rapportent des sommes dérisoires. Nous avons tenu compte des réalités locales et proposé aux bailleurs actuels la sécurité à très long terme contre une prime et une location qui reflètent, dans une certaine mesure, les réalités du marché. Avec des possibilités de paiement sur cinq ans et d?autres facilités. Ils ont aussi le choix de rester avec le système actuel jusqu?à la fin du bail.
Mais il faut être juste avec l?État qui doit mobiliser des ressources pour l?éducation, la santé et pour soutenir les pauvres. L?opposition fait de la démagogie lorsqu?elle propose l?abolition de l?Income Tax, la suppression de la Corporate Tax, l?enlèvement des droits de douane et l?annulation de plusieurs mesures budgétaires. Elle ne dit pas comment elle va financer les dépenses. Une TVA À 22 % ? Des licenciements massifs dans le secteur public ?
Les aides supplémentaires que reçoivent les pauvres ou les économies d?impôts des contribuables s?évaporent avec la flambée des prix. Comprenez-vous la colère de la population ?
Sur dix prix qui ont augmenté, huit n?ont rien à faire avec le budget. Pendant longtemps, il y a eu très peu d?ajustement sur le taux de change malgré les faiblesses structurelles de l?économie. Jusqu?aux dernières élections générales, on a fait de la politique avec le taux de change tout comme avec l?Automatic Pricing Mechanism. Les autres squelettes que nous avons découverts à la cybercité, à la Mauritius Post et ailleurs, nous placent devant une dette supplémentaire de Rs 4 milliards.
En excluant les facteurs internationaux comme la flambée des cours du pétrole, que pouvez-vous faire pour contenir la hausse des prix qui assomme en ce moment les ménages ?
Il n?y a pas de remède magique. Il faudra appliquer la réforme pour améliorer le niveau de vie à moyen terme. La valeur de la roupie reflétera toujours les fondamentaux de l?économie. Quels sont-ils pour l?heure ? Moins de recettes en devises à cause de la baisse du prix et de la production du sucre. Le textile, par ailleurs, a connu une contraction durant cinq années d?affilée. Le taux de croissance du tourisme n?a pas été suffisamment élevé. On dépense deux fois plus sur l?essence et d?autres produits car soit leur coût ou le fret a augmenté !
Si on réussit à attirer l?investissement direct étranger (IDE) et qu?on génère plus de recettes dans les secteurs tournés vers l?exportation, le problème de la roupie sera réglé. Mais cela prend du temps.
Dans trois ans donc, le temps que la réforme porte ses fruits. Difficile d?attendre si longtemps?
Deux ans plutôt. En 2007, nous aurons beaucoup de résultats dans le domaine de l?IDE et de l?investissement local. Nous discutons d?un gros projet avec une grande entreprise chinoise qui compte mettre en place une zone de développement orientée vers l?exportation. Cela aura des implications énormes avec des investissements de l?ordre de 300 à 400 millions de dollars.
Plusieurs grands chantiers de construction devraient commencer en 2007. Nous aurons aussi des résultats avec le développement des Petites et moyennes entreprises (PME). Si on gagne la bataille de l?investissement, on aura la croissance qui générera de l?emploi. Ce sera le début de l?embellie.
Il est facile d?annoncer que 2 000 PME se sont enregistrées. Il faut encore les faire démarrer après?
La Small Enterprise and Handricraft Development Authority, le Board of Investment, Enterprise Mauritius, la Development Bank of Mauritius et les autorités locales font des politiques d?accompagnement. Il y aura une période de recherche. Mais il faut bien commencer quelque part. Plusieurs vont démarrer leurs activités en 2007.
Certains de vos collègues ministres disent ne plus pouvoir mettre les pieds dans leurs circonscriptions. Vous ont-ils convaincu de changer certaines choses depuis le budget ?
J?ai expliqué à mes collègues qu?il n?y a pas d?autres alternatives. D?ailleurs, il y a des critiques de l?opposition, mais pas d?alternatives valables pour sortir de la crise. La tentation d?être populiste est très forte. Je comprends que certaines mesures sont difficiles, mais on a trop tardé à s?adapter au contexte international. Et on a eu un très mauvais héritage. Mais c?est faux de dire qu?on ne peut plus descendre dans les circonscriptions. Nous le faisons tous. Je reçois des mandants chaque mercredi. Évidemment, quand les prix et les taxes augmentent, les personnes qui sont affectées ne sont pas contentes. Il faut expliquer et la population comprendra. Mais il faut plus de cohésion à l?intérieur du gouvernement pour atteindre nos objectifs.
On parle beaucoup de sacrifice et de responsabilité pour le peuple. Qu?a fait le gouvernement dans la pratique pour démontrer son esprit de sacrifice et de responsabilité ?
Le Premier ministre a réduit le nombre de ministres et de Private Parliamentary Secretaries. On a diminué le salaire des ministres, changé la régularité à laquelle on a droit à des voitures neuves. Les modalités d?octroi des pensions ont été modifiées. Nous maîtrisons les dépenses de l?État là où c?est possible tout en tenant compte des réalités. Nous consolidons le Medium Term Expenditure Framework, nous discutons avec les ministres des moyens pour éviter des gaspillages et pour mettre en pratique les recommandations du directeur de l?audit.
« L?opposition fait de la démagogie lorsqu?elle propose l?abolition de l?Income Tax. »
Le financement de la transition pose problème. Sur quel mix d?aide étrangère, d?IDE et de prêts comptez-vous ?
Plus on a d?IDE et d?investissements locaux, moins lourd sera le fardeau de la dette pour nos enfants. C?est notre priorité. Nous viserons ensuite les dons des pays amis, des assistances techniques, des prêts à taux bonifiés et enfin, les prêts aux taux du marché. Mais les pays sont maintenant devenus plus exigeants dans leur démarche d?aide. Nous avons un handicap, beaucoup de bailleurs de fonds pensent que Maurice ne mérite pas de dons ou de prêts à taux bonifiés parce que notre produit intérieur brut par habitant est élevé. Ils nous demandent aussi de mettre de l?ordre chez nous.
Il y a aussi les engagements non tenus du passé qui nous handicapent. Un problème de crédibilité. « J?espère que la signature du ministre des Finances aura plus de valeur que celle de son prédécesseur ». C?est ce qu?ont dit les négociateurs d?un de nos bailleurs de fonds à mes collaborateurs. Aujourd?hui, on est obligé de satisfaire plus de conditions. L?ancien gouvernement a pris des engagements sur la dette ou le déficit budgétaire qu?il n?a jamais respecté.
L?un des « appâts » pour attirer l?IDE est le nouveau cadre des affaires. À quels résultats vous attendez-vous ?
Nous avons quelques uniques selling propositions. Certains tentent de faire croire qu?il y a une horde d?investisseurs qui cherchent à venir à Maurice. Ce n?est malheureusement pas vrai. Maurice n?a jamais attiré beaucoup d?investissement étranger qui ne représente que 4 % de l?investissement global. À Singapour, c?est 60 % et 40 % en Malaisie. Nous sommes l?un des pays qui sous-estime l?importance de l?IDE, des talents, de l?innovation, de la connaissance et du savoir-faire. Les pays qui se sont ouverts comme Hongkong, Dubayy ou Singapour ont connu des réussites.
Avec le nouvel environnement des affaires, la taxe à 15 %, les facilités qu?on offre aux étrangers pour s?installer ici, et une économie plus ouverte vers l?extérieur, on aura plus d?investissement. Dans le textile, l?hôtellerie, l?énergie, l?irrigation, l?épierrage, l?éthanol et la canne. La clinique Apollo arrive, peut-être l?école de formation médicale Ramachandran. J?ai aussi évoqué le projet chinois. Sur le volet Property Development, la State Land Development Company va procéder à un appel d?offres sur 1 500 arpents de terrain sur lesquels nous comptons développer des projets de partenariats public privé (PPP).
Les dernières statistiques publiées par le Central Statistics Office vous permettent-ils d?être optimiste pour 2007 ?
Ce sera l?année où la réforme aura été mise en ?uvre. Et nous commencerons à voir les résultats. Les secteurs seafood, le textile, les technologies de l?information et de la communication, le sucre, l?Hospitality et le Property Development vont connaître une phase de croissance. La population doit comprendre que le seul salut est de mettre en chantier les réformes. Sans réformes, la situation va empirer et on aura une grave crise. Dans le contexte actuel, ne rien faire aurait été la pire des solutions, car on a hérité d?une économie qui est très malade. Empirée par le contexte international. Je suis consterné par l?agitation et le populisme de certains qui portent la responsabilité de la crise économique. Et sans réformes, la communauté internationale ne nous soutiendra pas.
Propos recueillis par Rabin BHUJUN
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