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« On est capable de n?importe quoi, pour que cette douleur s?arrête »

27 mai 2007, 00:00

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Le monde de la drogue, il l?a côtoyé tous les jours, douze ans durant. Ludovic (prénom fictif), 34 ans, ancien héroïnomane, a accepté de nous raconter sa descente aux enfers, mais aussi le long chemin parcouru depuis pour remonter la pente. À demi-mot, il nous a parlé de ses souffrances et nous a fait entrevoir ses rêves.

Rien chez lui ne laisse deviner un passé de toxicomane. Il arbore une chemise blanche sur un pantalon bleu, le tout relevé d?une cravate sur laquelle Bart Simpson expose une partie de son anatomie. « C?est bien de rire un peu de temps en temps », laisse-t-il entendre, accoudé à la table de son salon. Il faut un moment à Ludovic pour repenser à cette période sombre de sa vie. « Même si ça fait partie de mon passé, je préfère ne pas y penser », explique-t-il. Il replonge dans ses souvenirs comme on saute du haut d?une falaise. Avec la peur au ventre.

Il veut s?assurer une dernière fois que personne ne pourra le reconnaître (il occupe aujourd?hui un poste de cadre commercial) et accepte finalement de nous livrer un aperçu de son passé de toxicomane. Les mots viennent difficilement. Il ne se souvient plus vraiment du jour où il s?est injecté pour la première fois de l?héroïne dans les veines. Il croit savoir que c?était lors d?une soirée entre amis « pour faire comme les autres, pour montrer qu?on est dans le coup ».

Des veines violacées

Sa crainte d?être mis à l?écart des « autres » l?a poussé à découvrir les plaisirs artificiels de soirées passées à se shooter, mais aussi la souffrance déchirante des jours de manque. « Je ne crois pas qu?il existe des mots assez forts pour décrire cette souffrance. On est capable de n?importe quoi, je dis bien de n?importe quoi, pour que cette douleur s?arrête », explique Ludovic. Et d?ajouter : « J?ai toujours eu peur de savoir jusqu?où j?aurais pu aller pour avoir ma dose. Heureusement pour moi et pour les autres, je n?ai jamais eu à le découvrir. »

Presque honteusement, il admet s?être injecté « à peu près toutes les drogues possibles et inimaginables ». Il retrousse ses manches et nous montre son bras gauche. Les milliers d?injections qu?il s?est faites durant douze ans ont laissé quelques séquelles. L?on distingue, sous sa peau, ses veines violacées qui ont transporté « la Mort » dans tout son corps. Il a bien tenté de se faire désintoxiquer. Mais il retombait à chaque fois dans cette vie de plaisir facile. Artificielle. Sans issue.

Jusqu?au jour où il s?en est sorti. In extremis. Comme il le confie lui-même, il lui fallait une « raison valable » pour se lever le matin et ne plus toucher à la drogue. Sa raison, il l?a trouvée dans les yeux d?une femme. « Si Fabienne n?était pas entrée dans ma vie, je serais sûrement mort il y a longtemps », lâche-t-il, au bord des larmes.

« J?ai pleuré et hurlé des nuits entières »

Il fait sa connaissance alors qu?il est au plus bas. Ludovic ne lui cache rien. Fabienne lui pardonne ses excès, mais elle lui fait comprendre qu?il lui faudra tôt ou tard choisir. Ce sera elle ou la drogue. Il choisira Fabienne. « ça a été dur. J?ai pleuré, hurlé des nuits entières parce que l?état de manque dans lequel j?étais me faisait souffrir. Il m?est arrivé de préférer la mort à ce que j?étais en train de subir. Si ce n?était pas pour elle, j?aurais replongé », explique Ludovic.

Il marque un temps d?arrêt et détourne la tête pour que l?on ne voie pas ses larmes. Il lui faudra trois ans pour retrouver un semblant de vie normale. « Je peux dire aujourd?hui que j?y suis arrivé », dit-il. Sorti de cet enfer, Ludovic est parvenu à trouver un travail, un toit et quelqu?une avec qui partager tout ça. Une vie somme toute ordinaire.

Ludovic songe même à fonder une famille. Une façon pour lui de tourner définitivement la page et penser à l?avenir. « Pendant longtemps, je n?ai pas voulu d?enfants. J?avais peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être le héros que sont tous les pères aux yeux de leurs enfants », nous confie-t-il.

Mais avec Fabienne, ils veulent simplement essayer d?être de bons parents. Pour ce qui est de l?héroïsme, ils verront plus tard. Et d?ajouter : « Je veux entendre ce petit être m?appeler papa. »

Et goûter enfin au bonheur. Le vrai.

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