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« Corsair est là pour durer »

29 octobre 2006, 00:00

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Qu?est-ce qui vous fait croire que Maurice sera une destination rentable et viable pour Corsair ?

Il y a un potentiel identifié depuis de nombreuses années à Maurice, et ce, à la fois par la qualité de l?hôtellerie, l?accueil et le service qui est pratiqué. Le dynamisme des partenaires locaux est aussi très fort ? des investisseurs développent régulièrement des infrastructures hôtelières de qualité. Et comme Corsair est une compagnie qui opère déjà dans la région, à la Réunion, au Kenya, à Madagascar, Maurice s?inscrit donc, logiquement, dans cette desserte régionale de l?océan Indien.

Le feuilleton « Corsair arrive? » a duré deux bonnes années. Vous êtes-vous sentis indésirables ?

Le gouvernement en place s?est aperçu que le transport aérien pouvait être l?un des points qui freinait le développement touristique. Il a donc écouté le partenaire hôtelier qui faisait régulièrement valoir qu?il lui faudrait plus de sièges à réserver sur les avions et qu?il n?y avait peut-être pas toujours la bonne politique tarifaire au bon moment.

Et c?est dans le cadre de la désignation d?un deuxième transporteur aérien par les autorités françaises, en concertation avec le gouvernement mauricien, que je me suis déplacé en juillet 2005 pour rencontrer le vice-Premier ministre, Xavier-Luc Duval. J?ai alors commencé à discuter avec lui de notre dossier de candidature. C?est à partir de là que les choses ont avancé de manière significative.

Mais avez-vous senti que les autorités locales étaient trop frileuses sur le dossier de l?ouverture ?

Non. L?ouverture du ciel, dans tous les pays, donne toujours lieu à des discussions et à des appréciations diverses.

Et après de nombreuses années de monopole ou de duopole, la nouvelle phase de développement du tourisme doit être bien préparée. Il ne s?agit pas de mettre en difficulté la compagnie nationale ! Il faut avoir une approche mesurée et être capable d?entendre les différents points de vue. Je pense donc que le débat était légitime. Il fallait un temps pour la réflexion, ce qui a été fait. Puis, il était temps de décider. C?est sur quoi nous insistions.

Vous commenciez en fait à vous impatienter?

TUI, le premier groupe touristique européen auquel Nouvelles Frontières et Corsair sont affiliés, avait clairement exprimé le souhait de développer le tourisme à Maurice. Il avait besoin d?un signal qui lui confirmerait que nous étions prêts à accepter ce partenariat et à favoriser un développement conjoint.

On a développé, au fil des années à Maurice, une aversion pour le touris-me « sac à dos » auquel on a pu associer Corsair. Comment se défaire de cette image ?

Nous constatons que, quel que soit le pouvoir d?achat des voyageurs français, nombre d?entre eux s?attellent à faire des économies sur le budget du transport. Ils veulent avoir, ensuite, un pouvoir d?achat supplémentaire pour dépenser davantage sur un lieu de séjour, faire des excursions ou acheter des produits sur place.

Il faut aussi savoir que 60 % des 10 millions de Français qui sont passés par un tour-opérateur pour partir en voyage durant les trois dernières années ont choisi Nouvelles Frontières. Nous vendons aujourd?hui aussi bien des hôtels de catégorie deux-étoiles ou premier prix que des cinq-étoiles des grandes chaînes comme One and Only et Beachcomber. Notre ambition sera d?offrir l?ensemble de la diversité de l?hôtellerie mauricienne

Nous avons également entendu, avec beaucoup d?intérêt, que la petite et moyenne hôtellerie souhaitaient profiter de cette ouverture aérienne. Il s?agit donc de favoriser leur développement. Il ne faut pas non plus opposer hôtels cinq- étoiles et mode de transport aérien.

Mais l?image peut rester?

Corsair est une compagnie régulière qui a maintenant renouvelé la totalité de ses Boeing 747. Nous avons, par ailleurs, amélioré le confort de notre classe « Grand large » qui n?est en aucun cas une classe destinée à des hommes d?affaires, mais plutôt une classe confort pour des touristes. Corsair est avant tout une compagnie dédiée aux touristes.

Corsair n?arrive donc pas avec une politique de casser les prix et de créer des forfaits à tout va ?

Nous ne sommes pas là pour massacrer les prix, mais nous avons deux particularités. Étant adossé au premier tour-opérateur français, la saisonnalité des prix est clairement orientée vers les saisonnalités touristiques. Nous ferons en sorte d?avoir des tarifs extrêmement compétitifs au moment où la demande touristique est la plus faible, et où les hôtels ont besoin de remplissage.

Par exemple, du 25 juin au 30 juillet, ce n?est pas la haute saison touristique à Maurice. Les hôtels ne sont pas remplis, mais les avions le sont souvent parce qu?il y a des Mauriciens, vivant en France, qui reviennent pour passer des vacances en famille.

« Nous n?avons rien à gagner si l?un des transporteurs en place connaît des difficultés »

Vous positionnez-vous comme le challenger d?Air Mauritius et d?Air France ou plutôt comme un nouveau partenaire ?

Nous proposons 100 000 sièges sur la destination en 2007, ce qui représente 20 % de l?offre. Notre ambition n?est certainement pas de nous opposer à Air Mauritius et à Air France. Mais nous voulons plutôt être clairement identifiés comme le transporteur touristique le plus actif, et ainsi créer une certaine émulation.

Partout où on est dans un système où il y a une certaine compétition, il y a une émulation positive qui se fait. Les compagnies redoublent d?efforts pour développer leurs activités, les communications se multiplient et, en général, le marché grossit pour tous. Je ne crois pas au succès des uns au détriment des autres. J?estime que, dans cet ensemble, tout le monde va y gagner. Et la concurrence apporte ceci de sain que le consommateur en tire souvent des profits.

Qu?adviendra-t-il si vous n?atteignez pas vos objectifs ? Vous repenserez la desserte sur Maurice ?

Corsair est là pour durer. Notre ambition avec deux vols par semaine est mesurée. Nous serons là tout au long de l?année et nous ne nous inscrirons pas dans une politique ponctuelle. Je ne souhaite pas arriver avec l?ambition de multiplier les fréquences très rapidement. Il faut nous laisser le temps de nous installer et que chacun trouve son équilibre. Il ne faut pas non plus qu?il y ait des acteurs qui se trouvent en difficulté. C?est fondamental. Nous n?avons rien à gagner si l?un des transporteurs en place connaît des difficultés. Il est essentiel d?avoir une appro-che concertée, intelligente et durable.

Les Mauriciens ont acquis, au bout de 30 ans, le réflexe de choisir soit entre Air France ou Air Mauritius. Comment comptez-vous les attirer ?

Nous leur offrirons des prix plus incitatifs et nous allons inaugurer une agence à Port-Louis. Nous avons un agent de TUI ici, Summertimes, qui est très actif. Puis, nous communiquerons, nous multiplierons les actions pour trouver notre place dans cet environnement. Nous pensons aussi que les Mauriciens bénéficieront d?offres désormais plus compétitives qui leur permettront de voyager plus souvent.

L?un des reproches que fait Air Mauritius aux compagnies qui veulent desservir Maurice est qu?elles ne seront pas des partenaires fiables du tourisme. En quoi Corsair et Nouvelles Frontières vont-ils aider le tourisme local à se développer ?

Je ne peux pas être d?accord avec cette approche. Nous sommes très impliqués et nous avons l?ambition de développer l?hôtellerie de concert avec des partenaires. Ainsi, nous avons engagé des fonds en partenariat avec le groupe Veranda pour rénover le Paladien Marina et l?étendre. Les engagements qui nous lient aujourd?hui sont d?une durée minimale de trois ans. La logique d?un groupe fortement intégré comme le nôtre est de prendre des engagements à tous les niveaux de la chaîne de valeur ajoutée qui permettent de développer un tourisme durable et de qualité.

Notre ambition est plus que jamais de nous installer ici et de poser les jalons de notre développement futur. Nous avons pour ambition de développer un deu-xième Paladien qui s?adressera davantage aux couples, sur un segment quatre-étoiles.

Toujours en association avec un groupe mauricien ou avec vos propres ressources ?

Oui. Je suis convaincu que la qualité de l?hôtellerie mauricienne répond très largement aux standards du Paladien. Nous avons aussi la chance d?être en relation avec les principaux groupes présents à Maurice qui souhaitent nous accompagner dans ce développement et investir à nos côtés.

Quelles autres initiatives comptez-vous mettre en place ?

Nous nous sommes engagés, d?ici deux ans, à doubler le nombre de touristes susceptibles de partir des pays européens où TUI est présent. Nous souhaitons tenir ce cap. Il y a aussi un tourisme régional auquel on peut s?intéresser. Nous avons déjà des structures à la Réunion et à Maurice. On réfléchit aussi à l?implantation des Clubs Robinson à Maurice pour le compte de TUI en Allemagne.

■ Propos recueillis par Rabin BHUJUN

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