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« Collection Maurice » place sensuellement la barre
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« Collection Maurice » place sensuellement la barre
Rama Poonoosamy, notre premier ministre des Arts et de la Culture, n?a pas raté son rendez-vous annuel avec les amateurs de belles-lettres en général et les abonnés de sa Collection Maurice de contes et nouvelles. Année après année, il place toujours plus haut le seuil de qualification, ouvrant la voie à l?honneur de faire partie du sommaire de son précieux recueil. Pour le présent cru, il place sensuellement cette barre ouvrant la porte à nos hommes et femmes de lettres les plus audacieux.
Nous ne l?avouerons pas tous, mais nous sommes nombreux à avoir finalement reculé devant cette peur vertigineuse du qu?en-dira-t-on. Nous avons tous été invités, sinon directement du moins par la presse toujours si hospitalière et serviable quand il s?agit de servir la Littérature mauricienne. Mais comme dit un charpentier de Nazareth : « Beaucoup d?appelés mais peu d?élus. »
Prendre la plume, pour rendre public ce qu?on pense profondément sur l?actualité défilant à toute vitesse devant nos yeux effarés, est déjà un exercice de strip-tease intellectuel. Toujours cette peur paralysante d?être jugé et mal jugé sur ce qui est imprimé noir sur blanc. Publie et sois damné. La crainte mortifiante d?avoir laissé passer une absurdité, qu?on devine faisant déjà le tour de la ville pour mieux nous ridiculiser, car ennemis et autres jaloux ne manquent jamais, même dans les cercles se voulant confraternels et amicaux.
Le dévoilement, sinon de l?âme, du moins de sa pensée, de ses convictions, peut se comparer à la souffrance de celles obligées de dénuder les parties les plus intimes de leur corps. Ce strip-tease intellectuel est pourtant peu de chose comparé à l?invitation de Rama Poonoosamy d?ouvrir la boîte de Pandore de nos fantasmes les plus sensuels et de les livrer en pâture à l?île Maurice qui prend encore la peine d?acheter des livres d?auteurs mauriciens et surtout de les lire.
Une incontestable réussite
Les plus courageux d?entre nous à avoir répondu positivement au défi sensuel, lancé par Rama Poonoosamy, ont droit à nos plus chaleureuses félicitations. Vous avez osé. Vous avez droit à notre plus vive admiration. Grâce à votre courage intellectuel et littéraire, quelques-uns de nos tabous les plus tenaces et les plus inhibants reculent. De combien ? Importe peu. Ils reculent et prennent donc la direction appropriée.
Jocelyn Sion est peut-être celui qui touche du doigt le plus habilement les tergiversations de l?écrivain devant les conséquences de toute publication. Il évoque le thème obligatoire et les exigences d?une société moins hypocrite qu?auparavant et en attente. Il avoue : « J?hésite à mettre le moi à nu. » Comment ne pas le comprendre ? Il appelle la secrétaire de l?éditeur : « Je voudrais savoir jusqu?où peut-on pousser l?audace ? » Que répond le lecteur de cette chronique à cette question ? Ne vous défilez pas. C?est trop facile de faire comme si question ne vous est pas posée. Répondez donc à Jocelyn Sion. Vous n?aurez que plus grand plaisir à confronter votre point de vue à celui qu?il fantasme et colle mais bien littérairement sur le dos d?une hypothétique secrétaire de rédaction.
La nouvelle de Jocelyn Sion est pure merveille, en ce sens qu?elle accroche tout de suite le lecteur, le tient en haleine, lui permet de partager des moments pour le moins extatiques pour s?achever sur la note de surprise, le contre-pied, l?inattendu, l?insoupçonné qu?on ne retrouve que chez les meilleurs nouvellistes dont un certain Guy de Maupassant.
On peut adresser les mêmes compliments à Jean-Claud Andou, chez qui on retrouve, avec plaisir, les mêmes qualités littéraires, la même réussite au niveau de la composition du récit, de l?intérêt allant crescendo. On peut certes lui reprocher quelques invraisemblances, telle cette vieille fille bientôt quadragénaire et qu?on laisse stupidement sur la touche, encore qu?elle ne soit pas de ses beautés inaccessibles parce que vous glaçant d?effroi.
L?intérieur de Belle paraît aussi trop bourgeois dans cette cour de chambres, assez ouvrières au point que ses occupants doivent partager, dans la cour commune les mêmes toilettes et autres salles de bains. Mais Andou développe en force le thème amusant de la beauté faite femme prenant plaisir à engluer dans ses filets le voyeur embusqué. Amusant, mais aussi meurtrier.
La nouvelle de Thierry Chateau, e-sensual, offre un bel exemple de récit dialogué. Le lecteur peine cependant à suivre le récit, ne sachant pas toujours s?il est dans le domaine du rêve, du virtuel ou de la réalité.
Clotilde de Boucherville-Baissac entretient le doute sur la beauté, non pas efféminée, mais sexuellement ambiguë, thème déjà mis en musique par l?inégalable Serge Lebrasse avec son séga Bitoule. Il y a pourtant comme un défaut, comme le disait l?inoubliable Fernand Raynaud. À l?entrée de sa nouvelle, Dominique, une personne trouble son héros, mettant prématurément son lecteur sur la piste de l?ambiguïté sexuelle de cette personne. Elle peut la féminiser tant qu?elle veut par la suite, son lecteur est déjà sur ses gardes.
L?épilogue sanguinolent de Vèle Putchay, L?artiste et son modèle, est peut-être de trop, encore que cette réflexion peut relever d?une simple peur trop grande de l?implacable qu?en-dira-t-on. Sa nouvelle est bien construite et se lit d?un trait, signe d?une incontestable réussite.
Édouard Maunick reprend un thème cher de la littérature mauricienne : la convoitise sexuelle prenant naissance au hasard de rencontres fortuites mais ferroviaires. On lui doit ces deux formules irréprochables : « Je ne connais pas de nudité plus nue » et encore... « et si le comble de la sensualité était de faire l?amour nus dans les champs diaphanes de l?arc-en-ciel ! »
De nouvelles définitions et descriptions du sensualisme
Sailesh Ramchurn excelle aussi dans l?art de bien construire une nouvelle. Son héros, Deepak, a de la consistance. Il comprendra notre peine à digérer le morceau de cannibalisme qui mijote sur la vieille primus de sa défunte mère.
Cela dit, chaque nouvelle fourmille de trouvailles et d?inventions, de nouvelles définitions et descriptions du sensualisme made in Mauritius. Autant nous demander à la fin d?un feu d?artifice quelle étoile explosive nous a paru la plus étincelante. Difficile de classer ses préférences parmi l?automobiliste transformant les motards de la route en autant d?Apollon pour faire de nos trajets automobiles, quotidiens et laborieux un Chemin, non de Croix, mais d?Amour, le tatoué repenti (autre victime de filets féminins), ou encore l?humour de Vinod Rughoonundun qui permet à son héroïne (Délices) de cacher ses sous-vêtements sous un... caillou.
Revenons au qu?en-dira-t-on qui établit si bien la différence entre notre siècle et le précédent. Dans les années folles (1900 et suivantes), il fallait écarter beaucoup de tissus pour apercevoir un peu de chair. De nos jours nous devons écarter beaucoup de chair pour apercevoir, enfin et en faim, un peu de tissus. Ainsi va la vie. Que de choses en un seul siècle ! Et nous continuons à craindre le qu?en-dira-t-on.
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